6:33 - Deadly Scenes

Fondé en 2008, 6:33 est un quintet progressif dénué de batteur. Leur premier album, Orphan Of Good Manners (2011), les a vu collaboré avec Arno Strobl (We All Die (Laughing)) et Guillaume Bideau (One Way Mirror, Mnemic) sur le titre éponyme. Deux ans plus tard Strobl rejoint le projet pour The Stench From The Swelling (A True Story), une extension de l'EP Giggles, Garlands & Gallows (2012) qui fût élu deuxième du référendum VS Webzine, plus mature et cohérent que son prédécesseur. Après la perte et le remplacement de ses deux claviéristes, 6:33 va revenir avec Deadly Scenes le 12 janvier prochain. Le groupe s'est notamment produit avec Shakaponk, Devin Townsend, Dirty Shirt ainsi qu'au Paris Metal France Festival.

Line-up :

Rorschach (chant)
Niko (guitare)
S.A.D (basse)
Hawakhan Ituna (claviers)
# (claviers)

Il y a deux ans The Stench From The Swelling (A True Story) arrivait de nul part et me foutait littéralement sur le cul. Deuxième album de 6:33, qui en plus d'être un recueil magistral de rock/metal progressif complètement barré aux influences allant de Faith No More à Danny Elfman en passant par Devin Townsend, se payait le luxe de remettre Arno Strobl (crédité comme membre à part entière) sur le « devant » de la scène (nul doute que c'est cette expérience qui lui a donné envie de rejouer avec Carnival In Coal peu de temps après). Et si le groupe ne s'est pas montré hyper-actif en matière de concert depuis, Deadly Scenes est bien là et publié sur le label Kaotoxin Records (Dehuman, Drawers...), que l'on est plus habitué à voir dans l'extrême.

Le quintet a repris les choses où il les avaient laissées il y a deux ans à ce détail près qu'il a magnifié sa musique et a varié encore plus son propos. « Magnifié », le mot n'est pas trop fort car le groupe a fait appel à choeur gospel que l'on retrouve sur la quasi-totalité des neuf titres de Deadly Scenes qui s'apparente à la représentation la plus proche du Joker de Tim Burton sous forme de fusion. A la fois absurde, surprenant, frappant dans le dos lorsqu'on s'y attend le moins et se faisant parfois plus menaçant. Comme sur « The Walking Fed » et ses percussions tribales, rampant et ambiant au feeling industriel. Le chant était l'un des points forts de The Stench..., car les compositions des masqués de « Paname » sont toujours très complexes mais les lignes vocales restent immédiatement dans la tête. Encore plus cette fois grâce aux choeurs dans tous les coins, parfois d'église (« Hellalujah », « I'm A Nerd ») ou à la Danny Elfman, nous ramenant aux superbes chansons de L'étrange Noël de Mr Jack. Pour son premier opus en tant que chanteur principal, Rorschach montre qu'il n'a pas grand chose à envier à Strobl (on a d'ailleurs l'impression de reconnaître sa voix sur « Black Widow »), en pratiquant un chant très proche de Mike Patton, particulièrement sur « Ego Fandango » qui évoque un mix vocal entre du Mr Bungle avec quelques intonations à la Corey Taylor. Sa palette « extrême » est cependant moins complète et le bougre ne s'en sert qu'avec parcimonie. Preuve ultime de la folie de ses géniteurs, le premier single « Black Widow » est un monument dressé au culte de la musique absurde : break reggae, refrain magistral absolument imparable et surtout un texte complètement débile (« ha tchik aie aie aie », « pa-papa-pa », enfin bref...). On a l'impression de se retrouver dans un cabaret enfumé complètement barré, lieu du vice et de toutes les folies !

Comme tout groupe complexe qui se respecte, 6:33 nous laisse respirer le temps de l'interlude « Last Bullet For A Gold Rattle » qui fleure avec le Sud et le flamenco, rappelant de ce fait le break de « I Should Have Known (Her Name Was Boogie) » sur l'album précédent. « Lazy Boy » quant à lui lorgne plutôt du côté du taré canadien Devin Townsend et d'un « Triumph » (Synchestra, 2006) avant l'éponyme, longue composition divisée en trois parties par des dialogues et dont l'intro rappelle celles de Trey Parker et Matt Stone pour les premières saisons de South Park.

6:33 fera partie des premières sorties de l'année et pourtant on peut d'hors et déjà dire que Deadly Scenes fera partie des albums de 2015. Les parisiens ont travaillé dur et se sont montrés audacieux à une époque où les prises de risque se font rares. Un recueil de folie et de créativité qui fera entrer la bande dans la cour des grands. Sans quoi j'annonce mon départ pour Mars dans les mois à venir, car il n'y aura plus aucun doute, nous serons bel et bien dans un « monde de merde » si cela devait ne pas se produire.

A noter que des dates avec Trepalium ferait un superbe package