Agnostic Front - The American Dream Died

Quatre ans après My Life My Way, les parrains du hardcore New-Yorkais sont de retour avec une production qui jette une fois de plus l'opprobre sur l'Oncle Sam, The American Dream Died. On ne présente plus la bande à Roger Miret qui, depuis la sortie du premier éponyme United Blood en 1983, est le chantre d'un mouvement qui se veut à la fois musical, politique et spirituel.

Line-up:

Roger Miret (Chant)

Vinnie Stigma ( Guitare)

Joe James (Guitare)

Mike Gallo (Basse)

Pokey Mo (Batterie)

Dans les années 80, Agnostic Front a fait perdurer le feu CBGB qui a vu fouler à ses planches les légions du punk new-yorkais tels que Iggy & The Stooges, The New York Dolls ou encore Richard Hell & The Voivoids. Souvent considéré comme une légende vivante du hardcore américain, le gang ne déroge pas à sa réputation en ayant à son actif dix albums politisés, un passage en prison pour le chanteur Roger Miret, une vie entrecoupée de pérégrinations à travers la capitale ainsi qu'une traversée du désert avant que le phénix ne renaisse de ses cendres. De quoi alimenter l'inspiration pour une vie toute entière.

Ce onzième effort présente tout ce que le hardcore américain à de meilleur à servir. On a souvent entendu dire "au commencement était le Verbe". A l'écoute d'un nouvel opus d'Agnostic Front, au aurait plus tendance à déduire "au commencement était l'Alarme". "It's all about money, they don't care about people". C'est le genre de parole récurrente qu'un des groupes les plus intrinsèquement politisés – à l'instar des Dead Kennedys et de Jello Biafra- ne peut s'interdire de scander lors d'une introduction pamphlétaire. L'artwork de l'album, incarnant une statue de la liberté à la complexion mortuaire, ne pourrait être plus actuel pour pointer du doigt (ce qu'Agnostic Front sait parfaitement faire à l'aide du majeur) une Amérique dont la spéculation est reine et reigne.

Des morceaux tels que "Police Violence", "No War Fuck You" ou" Only In America" affichent une hargne face à des problèmes majeurs tels que le racisme dans un cynisme rageant et pur, en contenant un rythme très agressif du côté des fûts de Pokey Mo. "We Walk The Line" dénote par son aspect plus punk qu'hardcore en bonne et due forme et Miret ose nous dévoiler un chant clair plus expérimenté que par le passé avec "Test Of Time". Ce chant un peu plus lascif quoique éraillé (perçu également sur "Just Like Yesterday" sur lequel Vinnie Stigma nous fait grâce d'un de ses fameux solo) apporte de la mélodie à la colère d'un peuple et prouve ainsi que le protest song, même hardcore, peut être protéiforme.

Les plus difficiles se plaindront d'une recette vue et déjà vue, d'un thrash qui n'est plus ce qu'il était. Qu'en moins de trente minute plier un album c'est plus facile et que ça minore les faux-pas. Bien évidemment, ces positions sont des vérités, et en plus de vingt ans de carrière il est difficile de sans cesse se renouveler. Toutefois, l'authenticité se dénote encore malgré les années et la deuxième partie de l'album marque une volonté de se réaffirmer."Never Walk Alone" est très punchy, et ses choeurs à la "Gotta Go" ponctués de "hey hey hey" et de "whoao" sont accompagnés par Freddy Cricien de Madball, Lou Koller de Sick Of It All ainsi que Toby Morse de H2O. "A Wise Man" ou" Old New York" se différencient de la masse par leur intro lente , une basse plus puissante ainsi qu'un certain groove. On peut majoritairement saluer" Old New York" et sa nostalgie édifiante, très émotive. Le désespoir face à l'évidence d'une ville qui n'est plus ce qu'elle était et d'une scène qui, bien que toujours présente de nos jours, peine à changer le monde et à avoir l'impact qu'elle avait su obtenir au siècle dernier.

En définitive, le combo a su garder la formule qui lui seyait le mieux, à savoir une haine électrique qui colle parfaitement à la voix de Miret, des rythmes et des riffs ciselés juste comme il faut, et une ligne politique traditionnelle qui convertirait un apolitique. L'impact majeur que l'on ressent lorsque l'on écoute Agnostic Front, c'est nécessairement le sentiment d'être concerné par une cause universelle : l'égalité de chacun. Et rien que pour cela chapeau messieurs car vous ne l'ignorez point, les chansons du vingt-et-unième siècle ont perdu leur politique.