All Hell - The Red Sect

De temps en temps, il nous arrive de nous réfugier dans des vieux albums des années 80 pour ressentir l’énergie particulière et la hargne des groupes de cette époque. On se dit alors, heureusement qu’il y avait eu ces précurseurs pour qu’aujourd’hui le monde du métal soit aussi développé et plus reconnu. Une reconnaissance relative mais une reconnaissance quand même. A l’heure où de nombreuses formations se donnent tant de mal pour se démarquer, avec plus ou moins de réussite, d’autres se contentent de perpétuer l’héritage laissé par ces pionniers. C’est le cas des Américains d’All Hell qui nous reviennent le 16 octobre avec The Red Sect chez Horror Pain Gore Death Productions après le très prometteur The Devil’s Work sorti il y a tout juste un an.

Si The Red Sect était sorti au début des eighties, nul doute qu’il serait tombé dans le cliché d’un artwork aussi sombre qu’approximatif à l’instar de nombreux groupes Thrash de l’époque. Parce que c’est ainsi qu’il nous avait été présenté. Mais on est au vingt-et-unième siècle et All Hell est un groupe jeune qui a commencé tout juste à jouer ensemble voilà deux ans.

Le trio nous prend carrément à contre-pied en proposant une pochette sobre et dépouillée à l’image même du logo du groupe. Juste une tête de mort sur fond noir, surmonté semble-t-il d’une lune peinte au pinceau sans plus. On comprend très vite que cette pochette dépeint de manière très juste et pertinente son contenu.Ici, point d’artifices ni de styles alambiqués, tout est question de sobriété et de simplicité. The Red Sect commence par le titre « Crossroads » qui vous fait décoller littéralement de votre siège. Le morceau démarre doucement mais dès que les hostilités s’y invitent, plus rien ne les arrêtent. Un déluge de riffs très heavy, avec ce son particulier un peu vintage, granuleux et râpeux. Le morceau suivant « Mass Possession » est tout aussi pêchu que le précédent. Avec The Red Sect, All Hell nous tient constamment en haleine en enchainant les titres les uns après les autres sans jamais faillir. La seule fois où le trio s’accorde un petit répit, c’est sur le titre « Graveyard Dust » joué à un tempo plus modéré que les autres, mais n’entame en aucun cas la crédibilité de l’ensemble. A plus forte raison, la compléméntarité et l’homogénéité des titres de cet album font aussi sa force. Du Thrash sans compromis parfois saupoudré d’influences black, voilà ce que nous propose le trio d’Asheville (Caroline Du Nord). Cette oeuvre ne souffre d’aucun handicap insurmontable. Au contraire, le savoir-faire de Joel Grind (Toxic Holocaust) qui a mixé et masterisé l’album la transcende au firmament des influences cultes d’All Hell dont la plus évidente est certainement celle de Tom G. Warrior, époque HellHammer. All Hell vont même aller au-delà. Les textes sont aussi obscurs que ceux de ces derniers et osent de temps en temps du blast beat histoire de rappeler qu’ils ne sont pas totalement atemporels. Rien qu’à écouter le titre « The Unseen » pour s’en convaincre.

Cette deuxième offrande du groupe est un concentré d’excellents morceaux nerveux et brutaux qui ne demandent qu’à être apprivoisés par nos oreilles déjà si habituées à des sonorités plus contemporaines. A défaut d’être des pionniers du genre, All Hell ressuscitent de très belle manière cette force brute et entrainante de leurs ancêtres. Malgré une carrière aussi jeune, le trio affiche une maturité exemplaire se traduisant par ce chef-d’œuvre qu’est The Red Sect.