Annihilator - Suicide Society

Annihilator n’avait jamais porté aussi bien son nom que ces dernières années où Dave Padden avaient su insuffler au groupe un nouvel élan lui permettant de titiller à nouveau les sommets avec l’éponyme de 2010 et surtout Feast (2013). Cette fois-ci, le joujou de Jeff Waters nous revient avec Suicide Society qui est particulièrement attendu vu qu’il s’est chargé lui-même de la partie vocale suite au départ impromptu du premier cité.

Vous l’aurez compris, chez Annihilator on change de membre comme on change de chaussettes et la vie continue. En occultant le fait que Mike Harshaw ait remplacé Ryan Ahoff derrière les fûts, c’est surtout le départ de Dave Padden qui attire notre attention. Avec sa tessiture particulière, Annihilator retrouvait une « nouvelle » identité qui lui seyait à merveille. Peu importe la raison de son départ, la tâche s’avèrait périlleuse pour le sieur Waters bien qu’il ne s’agisse pas de son premier essai derrière le micro et surtout quand on sait que le chant n’est pas sa qualité première. Conscient de ses limites, il a tout de même pris des cours de chant avant de s’y atteler. Et qu’on se le dise, cela se remarque. Sur des morceaux énergiques tels que « My Revenge » ou « Narcotic Avenue », il parvient à nous plonger dans du pur Annihilator sans toutefois atteindre la classe d’un Dave Padden. Mais là où le bât blesse, c’est quand il s’agit surtout des parties nécessitant davantage de variations et de capacité vocale. Du coup, on a l’impression que Jeff Waters ne sait pas sur quel pied danser et retombe inéluctablement (ou intentionnellement) dans un registre très « mustainien », très marquant sur des titres comme « Suicide society» ou « Creeping Again ». Bien sûr, il essaie de reproduire ici et là la signature vocale de Dave Padden sans forcément y parvenir. Alors ça plait ou ça ne plait pas. Pour ma part, exception faite du morceau « Snap » qui est totalement hors-sujet et incompréhensible, je trouve que musicalement les compos ne manquent pas d’inspiration et préservent l’esprit Annihilator avec ces riffs aériens et complexes, saupoudrées de mélodies entrainantes dont seul Waters détient le secret. Cependant, les tentatives vocales hasardeuses de celui-ci minent l’ensemble. Il faut dire que Suicide Society était tout d’abord composé pour Dave Padden, parti juste avant l’enregistrement de la voix et l’on peut aisément imaginer sur certains titres tels que « Break, Enter » ou « The One You Serve », sa patte vocale aurait été particulièrement utile et plus appropriée. De là à dire que cet album est complètement mauvais serait un cap que je ne franchirais pas parce qu'on sent qu'il y a la volonté de bien faire mais le résultat n'est pas forcémént à la hauteur de ses ambitions. A mon avis, le fait de sonner vocalement comme Dave Mustaine et a fortiori Megadeth,  n'est que fortuit et vient plus du tâtonnement de Jeff Waters qu'une volonté d'imitation manifeste.

Avec Suicide Society, on a vraiment un goût d’inachevé. Les compos tiennent la route dans l’ensemble malgré un couac insignifiant. Cependant, il sonne comme une alerte pour l’insatiable Jeff Waters parce qu’à force de vouloir tout faire tout seul, il va finir par se brûler les ailes. On aimerait bien le croire quand il dit qu’il n’a trouvé personne pour le chant mais il doit se rendre à l’évidence que c’est lui-même qui plombe cet album. Après tout, il fallait essayer et qui sait, peut-être que le départ de Padden n’est pas une si mauvaise chose quand on connait la détermination de Jeff Waters à maintenir à flot ce monument qu’est Annihilator.