Annihilator - De Kreun - Courtrai - 06/11/15

Inutile de vous faire part une nouvelle fois de notre frustration après la prestation avortée d’Annihilator dans le cadre de l’Alcatraz Festival 2015. C’était deux morceaux et basta, Jeff Waters quittait la scène et laissait un de ses ingénieurs se charger de communiquer la mauvaise nouvelle: le groupe ne reviendra pas. Alors les mauvaises langues s’étaient chargées de répandre leurs rumeurs dans tout le festival. Néanmoins, les Canadiens tenaient à s’excuser en revenant passer le bonjour à Courtrai. Cette prestation était donc l’opportunité pour les Belges de tester une nouvelle fois les capacités vocales de Jeff Waters qui a dû combler le vide laissé par le départ controversé de Dave Padden. Mais avant cela, un échauffement s'est imposé avec Harlott et Archer ! 

Harlott ouvre les hostilités avec son Thrash Metal « Old School » ou comment maintenir l’attention des puristes présents d'emblée de jeu ! Personne n’est resté indifférent face à la monté en puissance des formations estampillées « Thrash Metal Revival » comme Municipal Waste et Toxic Holocaust ces derniers temps. Et les membres de Harlott ont prouvé qu’ils faisaient partie intégrante du mouvement ! Certes, jouer et chanter comme Slayer en 2015 n’a aucun intérêt mais il faut avouer que cela fait son petit effet quand les titres sont bien exécutés, ce qui est le cas pour ces Australiens. L’originalité n’est donc pas au rendez-vous ! Mais les petites pépites issues de leur dernier album Proliferation ont été l’occasion pour un bon nombre des Metalheads de se défouler en pratiquant le Headbanging. Mention spéciale à Ryan Butler ! Lui qui a fait valser sa tignasse tout au long du concert a fait preuve d’un feeling sans précédent pendant les parties techniques qu'il exécutait, si bien que les fans présents au devant de la scène (l’absence de Pit photo et barrière oblige) s’amusaient à l’imiter lors de nombreuses parties de Air Guitar ! Une prestation simple et efficace pour les partisans du renouveau du Thrash Metal. 

Si les Australiens de Harlott ont conquis leur public, cela n’a pas forcément été le cas d'Archer pour qui la prestation semblait un chouilla trop aseptisé. Néanmoins, les Américains venus promouvoir Culling The Weak, leur deuxième album en neuf ans (!), étaient partis d’une bonne intention en jouant une musique aux accents tantôt Hard, tantôt Thrash qui puait la testostérone à des kilomètres. Isaiah, en tant que fontman accompli, n’hésite pas à prendre la parole pour vanter les mérites du Thrash Metal Californien de la Thrash Bay Area. Car il le sait très bien, le public auquel il doit faire face est partisan de ce mouvement ! Dommage que la composition du groupe en trois membres ne lui ait pas permis de jouir d’une intensité suffisante pour décoincer le public, la guitare demeurait un poil en retrait comparé aux autres intruments... Dès lors, la foule semblait parfois un peu trop insensible face à la performance de leurs titres de Hard. Et pourtant, Isaiah, trempé jusqu’au os était à son aise sur scène et n’a pas hésité à reprendre les mimiques et les plans de Zakk Wylde… Dommage que seule la reprise de Megadeth, « Tornado Of Souls », qui a vu Ryan Butler (Harlott) au poste de guitariste rythmique, a su démêler et enthousiasmer les fans du combo de Dave Mustaine… Peut-être aurait-il fallu que Archer se produise avant Harlott comme ce fut le cas en Octobre dernier au Divan du Monde à Paris ?

Quoi qu’il en soit, tout le monde présent ce soir s'était déplacé dans le but d’assister au show d’Annihilator. Revenu en 2015 avec son nouvel album, Suicide Society - assez mal apprécié dans son ensemble - , Jeff Water devait non seulement se charger de la promotion de l'album en question mais aussi prouver qu’il pouvait assurer à la fois le rôle de chanteur et de guitare. Un programme chargé me diriez-vous ! Pendant que l’entracte révèle au public le Back Drop reprenant l'artwork de Suicide Society, nous commençons à perdre patience. Il aura fallu attendre que « Rock You Like A Hurricane » de vous-savez-qui soit diffusé en fond sonore pour voir les Canadiens s'acheminer au compte-gouttes derrière la scène. C'est parti ! Jeff et sa bande arpentent le plancher de la scène sur « King Of The Kill », titre toujours aussi bien apprécié par les fans Die-Hard. La voix de Jeff Waters, quant à elle, bien qu'elle gagne en rigueur à chacune des performances, semble toujours un peu embrouillée. Il ne faut pas oublier que le frontman continue à prendre des cours de chant afin de gagner en rigueur et s'approcher de l'intensité vocale dégagée par Dave Padden. Après la tornade de « King Of The Kill », le Canadien s’adresse à son public en demandant s’il a aimé le dernier album. Mais le bougre en est conscient, Suicide Society n’a eu pas le succès escompté et il comprend ! Lui-même avoue qu’il y a quelques albums de ses groupes préférés qu’il n’aime pas. Et pourtant, il lui faudra interpréter quelques morceaux de l’album dans le cadre de cette tournée. Le pourquoi le Canadien a décidé d’en jouer trois à la suite (« Snap », « Suicide Society » et « Creepin’ Again ») pour ensuite laisser place aux classiques ! Ces trois titres, sans pour autant être des tubes, reçoivent toutefois un bel accueil. L’aspect « groovy » de « Snap » et « Suicide Society » n’y est sans doute pas pour rien. 

Après ce court interlude, retour aux choses sérieuses avec l’interprétation sans faille des morceaux qui ont marqué la carrière des Canadiens. À commencer par « No Way Out » (Feast), « Set The World On Fire » (Set The World On Fire) puis « Tricks And Traps » pendant lesquels les animations de la fosse ont repris de plus bel. Mais il est bien évident que les titres qui reçoivent le plus de suffrage de la part des partisans d’Annihilator sont ceux tirés de leurs deux premiers albums, Alice In Hell et Never Neverland, où le combo affichait une créativité sans faille. Comment rester insensible aux guitares de Jeff Waters et Aaron Homma qui s’entremêlent lors du break technique de « W.T.Y.D. » ou bien aux parties effrénées de guitare de « Never, Neverland » ? Ces tranches, toutes enchainées sans réel temps mort font preuve d’une rigueur assez déconcertante. Le solo de batterie où Mike Harshaw a pu mettre en avant ses capacités de marteleur de tambours après « Refresh The Demon » prouvera une fois pour toute que l'on ne rigole pas chez Annihilator ! 

Le caractère humain des Canadiens en aura également marqué plus d'un dans la salle. Car les membres se sont aussi efforcés d’entretenir une communication sans faille avec leur public. Non seulement, Jeff s'est s’excusé d'avoir annulé de manière incongrue son show à l’Alcatraz Festival, mais tenait également à demander à son public s’il avait bien apprécié les derniers Iron Maiden et Slayer, tout cela en passant la plupart de son temps à faire des « fistbumps » pendant des morceaux comme « Second To None » ou bien « City Of Ice ». Vous l’aurez donc compris, un concert d’Annihilator, c’est avant tout un échange entre des musiciens et leurs aficionados ! Et bien sûr, quand les meilleurs moments semblent être définitivement effacés, Annihilator a su en remettre un couche pour divertir les spectateurs les moins convaincus à chaque moment clef de la prestation. La dernière partie du concert constitué de « Brain Dance », « Phantasmagoria », « Chicken and Corn » et de « Kraf Dinner/21 » a réussi, en à peine un quart d’heure de jeu, à installer une ambiance sympathique et des plus positive. « Chiken and Corn » avec ses faux airs de Punk a contrarié l'ambiance technique de « Brain Dance ». Pour faire court, le concert est riche, varié et frôle la perfection à tout point de vue. Néanmoins, le clou du spectacle demeure le moment tant attendu de « Alison Hell » qui a vu au poste de choristes Dylan Rose (Archer) et Ryan Butler (Harlott) et « Human Insecticide ». Toujours aussi classieux, Jeff Waters a réussi à réunir le temps des deux derniers morceaux les fans d’Annihilator, toutes générations confondues. Chapeau bas l’artiste ! 

Malgré une prestation estivale à l’Alcatraz Festival qui nous est restée au travers de la gorge, Jeff Waters s'est repenti de bien des façons lors de cette unique date sur le territoire Belge de la tournée « In The Blood Tour 2015 ». À l’année prochaine !

Crédit photos: Eric Meuriche