Antropofago - Æra Dementia


Avec une démo autoproduite en 2010, un premier album en 2011 et un EP en 2012, les montpelliérains d’Antropofago sont de retour ce 14 août 2015 avec Æra Dementia. Sous le label Kaotoxin Records (Otargos, 6:33, Deep In Hate) – comme toutes leurs productions à l’exception de leur démo -, Gordon Huillery, Clément Roig, Alaric Déléris, Vincent Labelle et Melmoth The Wanderer nous proposent dix titres pour environ 35 minutes de « Technical Brutal Death Metal », comme ils se définissent eux-mêmes. Formé en 2009, le groupe n’en est plus à son coup d’essai, même si l’on a pu relever une évolution subtile de leur style musical au fil des productions.

On pourrait passer plusieurs minutes à examiner l’artwork de cet album tant il est énigmatique. Une silhouette sous un linceul semble frappée d’une vive lumière, sur un sol de dentelle noire et avec en fond un symbole où l’on peut apercevoir entre autres des noms d’archanges. Le nom du groupe est inscrit en haut de l’image et le titre de la production en bas, ce dernier s’accordant parfaitement avec cet artwork alambiqué.

Le premier titre de l’album est une introduction de 53 secondes qui vous laissera une drôle d’impression. Une fillette à la voix chevrotante semble prise de panique, et prononce des mots difficilement compréhensibles, entrecoupés de growls violents. Elle semble tenter d’échapper à un monstre ou une créature qui parviendra à la rattraper, étant donné le cri qu’elle finit par pousser. Des effets sonores glauques sont ajoutés pour un effet cauchemardesque réussi. On n’a pas le temps de se remettre de cette angoisse que les choses sérieuses démarrent sur les chapeaux de roues avec « Encounter With The Doppelgänger ». On note immédiatement que le tempo est très rapide et agressif, le chant est guttural et les riffs efficaces. En revanche, le son de la batterie retient aussi l’attention, et pas forcément de façon très positive. En effet, malgré le talent indiscutable de Vincent Labelle, le son - et notamment celui de la caisse claire - dérangent au premier abord. Assez peu nuancé et sec, il n’est pas du meilleur effet, a fortiori sur les passages aux blasts très rapides comme sur le titre « Body Cell ». Parti pris ou défaut de production ?

Les quatre premiers titres s’enchaînent à un tempo très rapide, jusqu’au morceau éponyme qui commence calmement. Sur la première minute et demi, on n’a que de l’instrumental doux, puis le chant fait ensuite son entrée et semble s’adresser à Dieu sur un ton de reproche, s’écriant entre autres « I lost my soul ! ». Le morceau accélère progressivement jusqu’au rythme effréné qui prédominait jusqu’alors. L’irrégularité de la piste et son côté torturé sied parfaitement à son titre. Ce dernier se termine sur une voix mystérieuse a cappella, uniquement soulignée par une grosse caisse pouvant évoquer des battements de cœur.

On repart au tempo de croisière avec « Paranoïd Visions Pt2 ». À noter que ce titre est également présent sur l’EP Between Fear And Madness (2012). La première partie de ce titre se trouve sur leur album de 2011 « Beyond Phobia ». Deux morceaux qui semblent liés mais qui sont cependant bien différents : la partie deux présente un début plus explosif et un tempo globalement plus soutenu. Dans ces deux titres, la répétition de la phrase « I am not mad » nous fait douter de cette même affirmation et renvoie une fois encore au côté psyché du nom du morceau. La fin de l’album arrive vite avec les quatre derniers morceaux dans la lignée des précédents : un rythme toujours très soutenu, et un chant incisif. Petite originalité sur le titre « The Other Me » qui se termine sur une instrumentation orchestrale, mais qui garde tout de même un rythme très martial jusqu’à la fin.

Si l’on devait résumer cette production en quelques adjectifs, on pourrait dire violent, rapide, technique, efficace, sans concession... En effet, l’album passe très vite, et laisse l’impression d’une gifle cuisante. Les titres s’enchaînent à un rythme effréné et ne laisse absolument pas le temps à l’auditeur de reprendre son souffle ! On regrette juste le son de la batterie, un peu trop artificiel, mais plus présent que sur les albums précédents où il était un peu trop discret. On peut relever l’omniprésence de la folie sur cet opus, comme le laissait suggérer son titre : il suffit de lire les titres des morceaux comme « The Other Me », « Insania Lupina » ou encore « Paranoid Visions » pour avoir une idée du thème global. Cette ambiance est bien rendue par l’ajout d’effets sonores aux moments opportuns. On peut dire en conclusion que Æra Dementia est une perle dans son genre malgré un léger manque de nuances au niveau instrumental et vocal, et qu’il ravira les fans du genre.