Architects - Lost Forever, Lost Together

Architects est un groupe de métalcore formé en 2004 et originaire de Brighton, en Angleterre, près de Londres. Sous contrat avec Epitaph Records, la quartette a souvent changé de line-up et ces modifications ont entraîné de nombreuses critiques, notamment au départ du chanteur Matt Johnson en 2007 remplacé dès depuis par Samuel Carter qui a réussi à forger et mériter sa place dans la team. La quartette qui a souvent tourné avec Suicide Silence et Bring Me The The Horizon est souvent comparée à des groupes tels que Underoath ou The Devil Wears Prada.

Line-up du groupe:

Samuel Carter (chant, claviers)
Dan Searle (batterie, percussions)
Tom Searle (guitare)
Alex Dean (basse)

Lost Forever, Lost Together est le septième opus de la bande très attendu depuis la sortie de Daybreaker en 2012 qui était l'album ayant eu le plus de succès auprès des fans, alors comment mieux faire? Sam Carter a révélé dans MyRock que c'était parce qu'il avait eu l'opportunité d'apprendre à maîtriser sa voix en enregistrant les démos au studio de Tom (guitare) car "on ne peut pas juste crier et radoter sur tout l'album".

Aux premières notes de Gravedigger (dont les paroles et le titre ont le mérite d'être clairs au niveau du sens: Gravedigger signifie littéralement "creuseur de tombes" ndlr), nous pouvons aisément nous rendre compte qu'il ne sera pas question d'une introduction à la The Bitter End comme cela était le cas sur Daybreaker. D'emblée, c'est d'un métalcore puissant qu'il s'agit avec une envolée de riffs et un scream très représentatif et indicateur de ce que sera l'ensemble de l'album. Très bon titre pour introduire un album plus heavy que les précédents "le plus excitant que nous ayons produit depuis Hollow Crown" (le troisième album du groupe, sorti en 2009) (ndlr MyRock).

Naysayer, seconde pépite de l'enregistrement est aussi le single qui a été dévoilé en avant-première et qui a su ravir le public et les fans de la première heure déçus du tournant du groupe qui était un peu trop "screamo" à leur goût. En effet, il n'est pas question de chant clair sur ce morceau et l'ensemble est très rapide très énergique, et on considère avec admiration le travail que la quartette a réalisé car ce morceau sait aussi bien être heavy et rapide que plus planant et atmosphérique. Il faut plusieurs écoutes pour faire attention à ce genre de détails mais plus on écoute le cd, et plus on remarque les travaux d'orfèvres réalisés par le combo de Brighton.

Broken Cross, débutant tout en breakdown et taillé pour les mosh pits qui auront indéniablement lieu sur les dates de la tournée qui a commencé le 7 mars à Manchester, est toujours brutal et heavy, avec une touche de mélodie que l'on apprécie. Oui, le metalcore tel qu'il est joué ici est lyrique.

 On apprécie également The Devil Is Near avec ces coeurs entraînants. Aussi puissant que ses prédécesseurs, cet extrait se fait léger et agressif, doux à la fin et la voie du frontman est très travaillée. Les morceaux s'enchaînent impeccablement, il n'y a rien de particulièrement négatif à souligner, les Architects sont de bons élèves qui ont envie de s'éclater en live et d'offrir de quoi headbanger en concert, qu'à cela ne tienne, c'est chose faite! Même si les morceaux se ressemblent, ils s'assemblent et pour nombre de critiques et de fans, le groupe semble avoir retrouvé ce qu'on lui avait précédemment enlevé: son inspiration. C'est ce que les plus durs diront, d'autres savent être plus indulgents face à l'artillerie musicale des anglais. Cela est aussi du aux paroles de Samuel qui ne seront pas approfondies ici (bien que cela soit très intéressant) car dans les interviews, le frontman assure avoir beaucoup réfléchir sur des thèmes assez philosophiques (quelle est notre place dans le le monde, pourquoi telle ou telle décision a été prise). Le résultat sincère et réfléchi d'un groupe devenu mature.

Dead Man Talking est très post-hardcore, et aurait très bien pu servir d'ouverture de l'album à la manière de Gravedigger. Comment pouvons-nous qualifier ce morceau ? D'une production entraînante dans laquelle on se perd. Chant lent ou rapide, il est toujours crié.

Très bonne idée sur cet album extrêmement énergique: un interlude appelé Red Hypergiant. Interlude d'autant plus ingénieux qu'il est placé au milieu de la production, telle une entracte ou une pause entre deux combats de fauves. Pour mieux tenir en haleine l'auditeur entraîné qui au milieu d'une telle agitation précédente se demandera sans doute, "pourquoi"?. Mais appréciera. Lors de cette interlude, Carter cite Carl Sagan, scientifique et astronome américain. Les sujets de prédilection du groupe sont variés, recherchés, et encore une fois, on apprécie cette touche d'originalité qui est la bienvenue.

C.A.N.C.E.R. réveille brutalement ceux qui auraient été bercés par Red Hypergiant avec un morceau énervé ayant pour sujet la maladie qui porte le nom du titre et n'est pas exempt de métaphores: "watch the sun sink into the sea, there is a perfect peace but don't wait up for me, when we all fade away".Une merveille pour se donner du courage.

Comme si tant de brutalité avait calmé le groupe, un premier chant clair qui se déroule sur un suspense musical ouvre Collony Collapse, qui se fait tantôt violence et rapidité, tantôt paisible et réfréné.A l'annonce d'un titre énigmatique qui porte le nom de Castle In The Air, on pourrait s'attendre à quelque chose d'aérien mais le Architects que l'on retrouve ici est le Architects d'avant l'interlude, rapide et parfois lourd (dans le bon sens du terme s'entend).

Youth Is Wasted On The Young répète le chant auquel on s'est habitué tout au long de l'album, crié et discipliné, et la recette s'essoufle un peu car ce morceau ressemble un peu trop à Dead Man Talking ou à Castles In The Air, seuls les instrumenteux se lâchent un peu plus. La batterie cogne et on apprécie cette fièvre donnée au morceau.

Enfin, le long Distant Blue clôture merveilleusement l'album avec une rythmique plus langoureuse, presque sensuelle. Cette mesure et cette lenteur nous font regretter un album qui se termine en ravissant nos tympans et en leur faisant prendre un tournant à 90 °. Quand un album se conclue trop rapidement à notre goût, c'est plutôt bon signe.

Bilan de l'écoute pour une des pépites annoncées comme une des plus attendues de 2014: Architects n'a pas à rougir de sa production. A la fois éclectique et inattendu, surprenant, cette bande sonore d'une quarantaine de minutes saura convaincre ceux qui sont parfois les plus difficiles, à la condition de l'écouter attentivement plusieurs fois et en acceptant de se focaliser sur les plus petits détails du travail des anglais qui ont été méticuleux et sérieux pour Lost Forever Lost Together. Ils méritent la promotion qui a été faite ainsi que l'agitation réalisées autour d'eux.