Avantasia - Sarrebruck (Saarlandhalle) - 31/03/2016

 

Tobias Sammet ne sait jamais si Avantasia va continuer à sortir des albums, et si c'est le cas, il ne sait jamais si le groupe va pouvoir tourner afin de les défendre. Pourtant, depuis la sortie de The Scarecrow (2008), ce fut toujours le cas et de très belle manière puisque le « Metal Opera » donne presque à chaque fois des concerts oscillant entre 2h30 et 3 heures. Le très bon petit dernier, Ghostlights, est donc l'occasion de remettre le couvert, de reprendre les choses là où The Mystery Of Time les avait laissées, tout en enregistrant le retour de Jorn Lande, pièce maîtresse du projet depuis la sortie de The Scarecrow.

La tournée en est déjà à mi-parcours, on est donc sûrs que le groupe sera parfaitement rodé et de plus, le rhume qui semblait avoir circulé entre les musiciens en début de tournée est passé, ce qui veut dire que tout le monde sera en pleine forme. Pour l'occasion, la Saarlandhalle est amputée de ses gradins latéraux mais la fosse est presque remplie à son maximum (pour faire large, entre 2000 et 3000 personnes présentes). Il faut dire que la cote de popularité atteinte par Avantasia dans son pays est impressionnante comme en témoigne le nombre de tee-shirts à l'effigie du groupe ou à celle d'Edguy, « l'autre groupe » de Tobias Sammet. Ponctualité allemande oblige, vers 20h, les lumières s'éteignent, l'intro retentit et nous sommes partis pour 3 heures de show riches en émotions.

Sans surprise, Avantasia déboule sur scène au son de « The Mystery Of A Blood Rose », chanson sur laquelle ne figure aucun invité, alors que des fans au premier rang tendent des roses aux membres du groupe, déjà amusés. Les premières constatations sont édifiantes. Tobias a rarement été aussi en voix ces dernières années puisqu'il allie à la fois puissance et chant haut perché mais aussi, les lights et le son sont aux petits oignons et nous promettent une soirée magnifique. Le titre éponyme de Ghostlights voit l'apparition du premier invité de la soirée, à savoir un Michael Kiske accueilli comme il se doit (il en sera de même de tous les autres invités). Alors si évidemment, Michael Kiske a troqué sa chevelure blonde et ses spandex pour un look de motard, sa voix n'a pas pris une ride et sa prestation sur le refrain de « Ghostlights » nous montre que, lui aussi, est très en forme. A partir de ce moment là, le concert est définitivement lancé. Les invités s’enchaînent, notamment Ronnie Atkins (et encore Kiske) et puis Bob Catley, pour lequel Tobias fait part de son admiration sans faille, dans son style tout particulier qui sied parfaitement à Avantasia.

La setlist est très bien pensée puisqu'elle s'efforce se focaliser sur les morceaux dont les invités mais elle essaye également de leur accorder un temps de jeu équivalent. Le parti a été pris de tabler sur les longues pièces épiques plutôt que sur certains morceaux plus direct. Pas moins de 5 morceaux avoisinent ou dépassent les dix minutes, ce qui est assez énorme mais jamais pompeux ou « chiant » comme certains seraient tentés de le penser. Il faut dire qu'il se passe vraiment quelque chose dans cette Saarlandhalle ce soir. Le public est entièrement dévoué à la cause du groupe et participe de toutes les manières possibles. Tobias semble sincèrement touché par la réponse du public et ne lésine donc pas sur les compliments et remerciements. Il est vraiment remarquable de voir un groupe établir un tel lien avec son public, encore plus quand on voit la complicité criante et le plaisir pris par tout le monde sur scène. C'est bien simple, sur scène comme dans le public, des sourires et des yeux illuminés décorent tous les visages. Même Sascha Paeth d'ordinaire plutôt discret, ne cesse d'haranguer les premiers rangs. Comme c'est toujours le cas, « The Scarecrow » fait encore monter l'ambiance d'un cran supplémentaire et voit l'arrivée sur scène de Jorn Lande, lui qui n'avait pas participé à la tournée précédente, et que dire... Le chanteur norvégien est tout simplement dans une forme olympique et vient éclabousser ce morceau, ainsi que tout ce concert, de tout son talent.

Entre les morceaux, l'ambiance est plus que détendue. Tobias enchaîne les calembours à tel point qu'il en oublie bien souvent ce qu'il voulait dire à la base. Autre moment de gloire pour Jorn avec le magnifique « Lucifer », composé en son honneur. La voix du norvégien est vraiment à couper le souffle et on ne peut que se réjouir de son retour. A ce moment du concert, « Lucifer » est déjà le cinquième extrait de Ghostlights, alors si Tobias est évidemment très fier de cet album, il était visiblement moins sûr de l'accueil que lui réserverait le public mais le petit chanteur allemand est rapidement rassuré. On ne se plaint pas d'entendre un « ancien » morceau avec « The Watchmaker's Dream » (2013) où le très bon Oliver Hartmann est mis à l'honneur puisqu'il reprend les parties accordées sur album à Joe Lynn Turner (ex-Rainbow, ex-Deep Purple...) mais qu'il assure aussi le taping en début de morceau. Petit moment d'émotion avec la power ballade « What's Left Of Me » transcendée par la classe folle de Eric Martin. Celui-ci prend d'ailleurs les rennes pendant « The Wicked Symphony » puisqu'il occupe la place de Tobias, qui s'accorde une pause méritée. Le chanteur de Mr. Big assure donc l'intérim, en compagnie de Jorn Lande, Oli Hartmann et Herbie Langhans, le petit nouveau qui assure les chœurs pendant l'intégralité du concert, en compagnie de la toujours présente Amanda Sommerville. Tobias de retour, prend le temps de présenter Herbie Langhans, le guest le moins connu de la tournée, mais c'est sans compter sur le public de Sarrebruck qui montre au maître de cérémonie qu'il sait à qui il a affaire. Langhans reçoit donc une très belle ovation à laquelle il ne s'attendait sûrement pas. C'est l'occasion pour lui de chanter un « Draconian Love » qui passe définitivement bien le cap de la scène.

Nous avons droit à un autre grand moment avec « Farewell », premier extrait du premier album, sur lequel le public se donne à l'exercice des « essuie-glace avec les bras » sans que Tobias ait besoin de le demander. Encore une fois, le bonheur se lit sur toutes les têtes. Après un « Stargazers » plus dispensable mais qui a le mérite de faire souffler une nouvelle fois Tobias, les tubes vont s’enchaîner à n'en plus finir et cette grosse dernière heure de concert sera tout simplement folle. « The Story Ain't Over » voit le public sautiller et chanter à l'unisson, il faut dire que le « magicien » Bob Catley le tient dans le creux de sa main. Dernière pièce épique de la soirée, « Let The Storm Upon You » est déjà considéré comme un classique par Tobias (« on jouera ce morceau en rappel si on refait une tournée »). Nous étions un peu plus sceptiques quant à l'idée de balancer une telle chanson (12 minutes tout de même) à ce moment du set, mais vu l'explosion du public dès le début du morceaux, tous nos doutes sont balayés par cette vague de headbanging.

Après un échange de blagues graveleuses qui aura bien faire rire l'assistance, le combo nous assène le magnifique « Promised Land » où Tobi et Jorn Lande nous sortent une nouvelle fois une performance de très haut niveau. Les lumières s'éteignent alors que retentit le bien connu « Prelude », cela ne peut annoncer qu'une chose : « Reach Out For The Light ». Évidemment très attendu et d'ordinaire joué en début de set, ce morceau old-school reçoit tous les suffrages et nous prouve que Michael Kiske sera à tout jamais le maître du Power Metal qu'il le veuille ou non ! « Pourquoi tu pars ? Reste plutôt chanter une autre chanson avec nous », lui dit Tobias avant « Avantasia ». Et celui-ci de blaguer sur la présence de nombreux français dans la salle : « c'est pour ça que l'ambiance est aussi bonne aujourd'hui ! »... Ce qui aboutira à un déjà culte « voulez-vous mon kilo de jambon dans les fesses ? » balancé en français dans le texte par Sammet. Comme nous l'avons déjà dit, cette décontraction et cette bonne humeur font vraiment plaisir à voir, d'autant plus que l'interprétation frôle la perfection. Nouveau moment de répit pour le petit frontman, avec « Twisted Mind » où Eric Martin et Ronnie Atkins s'affronte en duel, non sans avoir chanté un passage du « Bohemian Rhapsody » de vous savez qui, passé par la Saarlandhalle il y a plusieurs décennies de cela. Tobias prend tout le monde à contrepied en balançant « Lost In Space » alors que la salle entière réclame « Sign Of The Cross » mais ce n'est qu'une question de minutes puisque « Sign Of The Cross » en compagnie de tous les invités, ainsi qu'un court extrait de « The Seven Angels », vient mettre un point final d'anthologie à ces trois heures de concert qui sont passées en un éclair.

Setlist Avantasia :
Mystery Of A Blood Red Rose
Ghostlights
Invoke The Machine
Unchain The Light
A Restless Heart and Obsidian Skies
The Great Mystery
The Scarecrow
Lucifer
The Watchmakers' Dream
What's Left Of Me
The Wicked Symphony
Draconian Love
Farewell
Stargazers
Shelter From The Rain
The Story Ain't Over
Let the Storm Descend Upon You
Promised Land
Prelude/Reach Out For The Light
Avantasia
Twisted Mind
Dying For An Angel
Rappel :
Lost in Space
Sign Of The Cross/The Seven Angels

Vous l'avez sans doute très bien compris, nous avons assisté à une soirée exceptionnelle, à une communion belle et sincère entre un groupe et son public. Tous les musiciens présents sur scène ce soir ont donné le meilleur d'eux-mêmes et ont encore une fois élevé Avantasia à un niveau supérieur. Les prestations du groupe restant tout de même assez rares, on ne peut que les savourer encore plus. Les plus chanceux d'entre vous auront sans doute la chance de croiser la route du groupe sur quelques festivals cet été, des shows à ne manquer sous aucun prétexte.