Black Sabbath - 13

Le 11/11/11, le monde du métal est secoué par une annonce qui produit l’effet d’un tremblement de terre. A Los Angeles, dans la salle mythique du Whiskey A Go Go, les quatre membres originaux de Black Sabbath (à savoir Ozzy Osbourne, Tony Iommi, Geezer Butler et Bill Ward) annoncent leur reformation et l’enregistrement d’un nouvel album, plus de 40 ans après avoir sorti l’album Black Sabbath, considéré comme le premier véritable album de métal, posant les bases  du doom, peu avant que Paranoid ne pose celle du heavy.

Depuis cette annonce, le chemin a été mouvementé pour les quatre musiciens. Il y eu tout d’abord le début de lymphome du guitariste Tony, ce qui a forcé le groupe a annulé la tournée prévue (dont notamment une date au Hellfest), à l’exception du Download festival. Puis ensuite ce fut le départ du batteur Bill Ward début février, évoquant des problèmes de contrat. Il sera remplacé par la suite par Brad Wilk, batteur de Rage Against the Machine. Le groupe donnera finalement un nom à ce 19ème album studio, à savoir 13. Chance, malchance ? C’est ce qu’on va savoir tout de suite.

L’album avait pu être écouté en cherchant sur youtube les chansons interprétées en live, d’une qualité laissant la plupart du temps à désirer étant filmé par des amateurs, ou celle mise en ligne par le groupe, à l’image de God is Dead ? Mais c’est depuis quelques jours seulement que l’album est disponible en intégralité sur Internet, par le biais d’ITunes d’abord puis youtube.

Après une première écoute, on peut remarquer que le son est meilleur que sur les premiers albums. Je réalise qu’il ne s’agit que d’un détail, que ça parait évident vu le temps qui sépare les premiers albums et celui-là, mais on n’a l’impression de perdre le petit côté nostalgique que l’on a en écoutant Master of Reality ou Sabbath Bloody Sabbath. Black Sabbath retourne aux sources dans le son mais pas dans le mixage, qui n’est pas mauvais en soi, au contraire. On peut d’ailleurs noter que c’est Rick Rubin qui s’en est chargé, personnage que l’on ne présente plus. Pour ceux qui ne connaissent pas on peut citer Slayer, Metallica, System of a Down, Danzig mais également des noms plus surprenants tels que Shakira, Lil’ Jon ou encore Justin Timberlake.

Passons à l’album maintenant, qui semble avoir été placé sous le signe de la philosophie. On retrouve en effet deux références à des philosophes. D’abord God is Dead de Nietzsche, phrase qui apparait pour la première fois dans Le Gai Savoir, et Zeitgeist, terme allemand désignant l’esprit du temps, l’ambiance intellectuelle et spirituelle d’une époque, attribué à Hegel bien qu’il n’est jamais prononcé ou écrit ce mot. A moins qu’il ne s‘agisse d’une référence au distributeur indépendant de film américain Zeitgeist Films, mais ça m’étonnerait. On peut d’ailleurs remarquer que les sonorités de ce dernier rappellent fortement un certain Planet Caravan. Ce ne sera pas la seule fois où un titre me fera penser à une autre création du groupe, mais j’y reviendrai plus tard.

Dès les premières secondes, on se sent voyager dans le temps, de retour dans les années 1970. La structure du début de End of the Beginning ne peut que nous faire penser, de près ou de loin, à la chanson Black Sabbath de l’album Black Sabbath du groupe Black… bref vous avez compris. La chanson continue alors sur un rythme à tendance plus heavy, plus rapide, avec une voix d’Ozzy très mélodique, et la présence de plusieurs solos de guitare. C’est bien organisé, ça se laisse écouter très facilement, c’est puissant tout en restant suffisamment lent, on a donc affaire ici à une très bonne chanson d’introduction qui nous laisse penser que le reste sera tout aussi bon.

Le premier single de l’album cité plus haut démarre plus rapidement, avec un son rappelant cette fois Children of the Grave, un autre classique du Sabbat Noir. God is Dead aborde une structure assez classique avec un couplet moins puissant suivi d’un refrain plus rentre-dedans. Un morceau bien doom, jusqu’à l’arrivé d’un riff inattendu qui vient booster la chanson.

Cependant il serait erroné de réduire l’album aux trois titres que j’ai pour l’instant cité, ou de s’imaginer qu’ils sont représentatifs du reste, car la suite n’est d’après moi pas aussi brillante. En effet la voix d’Ozzy semble ne pas coller à certains moments. Je me suis surpris à essayer d’imaginer ce que Ronnie James Dio aurait fait à la place, et je dois reconnaitre que sa voix aurait été plus adaptée. Il arrive également que les paroles ne soit pas à la hauteur : il y a par exemple le ‘I don’t wanna live forever, but I don’t wanna die’ répété à travers le morceau Live Forever, qui devient assez rébarbatif.

Enfin on remarque certaines lenteurs comme sur Age of Reason qui peine à se démarquer malgré de bonnes idées et la chanson Damaged Soul qui n’apporte pas grand-chose.

Je pense que l’on peut séparer l’album en deux parties. Une première moitié très bonne, où les fans pourront s’amuser à associer les anciens classiques aux nouvelles chansons, et une deuxième partie qui se traine un peu et qui vient ternir le début, même la dernière Dear Father redresse le niveau, avec une très bonne structure, un riff bien heavy et une voix inspiré.

Cependant Black Sabbath semble toujours avoir la force qui les animait à leurs débuts ce qui m’a, je dois le reconnaitre, surpris. Les dernières prestations solos de Ozzy Osbourne n’était pas mauvaise mais pas non plus exceptionnelles. En revanche l’album du groupe Heaven & Hell, avec le défunt Ronnie James Dio au chant et Vinny Appice (deux anciens de la maison Sabbath) à la batterie était très bon.

Cette puissance dans le jeu peut être attribuée au jeu de batterie de Wilk, apportant du sang neuf à la formation, ou aux solos incroyablement exécutés par Iommi, s’inspirant de ses racines blues sur Damaged soul par exemple. Pour la petite histoire, avant de s’appeler Black Sabbath, le groupe jouait du blues, une musique qui fut d’ailleurs une grande inspiration au moment de créer le rock.
Mais je pense que malgré leurs âges, les pères du heavy sont toujours là et nous le montrent avec cet album. Il ne reste plus qu’à attendre le concert du 2 décembre à Bercy pour voir si la prestation live est toujours à la hauteur, ce que j’espère. J’y serai en tout cas. Et vous ?