Bumblefoot - Little Brother Is Watching

Fort d'une carrière solo de vingt annnées au court desquelles il a publié huit albums (dont deux sous son « vrai » nom), Ron « Bumblefoot » Thal est surtout connu aujourd'hui pour être le guitariste de Guns'N'Roses. Sous peu nous pourrons aussi découvrir son nouveau projet Art Of Anarchy avec notamment Scott Weiland (ex-Velvet Revolver, ex-Stone Temple Pilots) et John Moyer (Disturbed). Mais pour l'instant c'est bien de lui qu'il est question avec Little Brother Is Watching (déjà dispo), son dixième album solo et le premier depuis Abnormal (2008).

Que les choses soient bien claires dès le départ je ne connais pas la carrière de Bumblefoot avant de m'atteler à cette chronique je ne connais qu'un seul morceau du bonhomme : « Real » extrait du Normal de 2005. C'est donc l'occasion pour moi de découvrir ce six-cordiste excentrique (rappel : il aime jouer sur une guitare en forme de fromage ou de pied) dont l'esprit tordu à l'air de toucher autant ses paroles que sa musique.
Après rapide découverte de la disco de Ron, Little Brother Is Watching est un peu l'album de la rétribution, de la maturité. Si le gratteux garde une facette fun et délirante dans ses paroles (« Little Brother Is Watching », « Women Rule The World », « Don't Know Who To Pray To Anymore »), les titres sont beaucoup plus classiques, fédérateurs que tout ce qu'il a pu faire auparavant. « Cuterebra » reste complètement délirant et ferait bien son affaire dans un film de Quentin Dupieux (Steak, Wrong Cops), un titre qui rappelle à quel point la folie peut s'emparer de Bumblefoot.
Il s'est en plus considérablement amélioré au chant, on pense parfois à Apollo Papathanasio (Firewind) ou Ritchie Kotzen (Winery Dogs) dans certaines intonations et s'il se lâche sur ses solos (encore heureux), notamment ceux de « Don't Know... » et « Higher », il évite globalement la branlette de manche et propose de vraies chansons. Pas un seul instrumental n'est à signaler, ce qui serait presque surprenant pour un « guitar-hero » mais que j'apprécie énormément car l'exercice s'il peut s'avérer excellent est loin de toujours parler au débile que je suis.
Et quelles chansons, de véritables tubes en puissance sont au rendez-vous : l'introducteur « Clots », la déclaration d'amour aux femmes « Women Rule The World » et son refrain aux grattes véloces, « Never Again ». que des tueries qui entrent très vite dans la tête pour ne pas en sortir, gare aussi à l'éponyme plus groovy et dansant ou à ce « Livin' The Dream » plus FM qui rappelle un peu le travail de Paul Stanley. Certains refrains ont ainsi relevés par des choeurs ou de légers arrangements un peu kitsch mais absolument imparables. Là où l'on est gâté, c'est en matière de power-ballads, ce « Argentina » superbement bien chanté par Ron sur lequel sa guitare se mêle à des violoncelles, ce « Eternity » aux influences reggae ou encore l'aérien « Higher » grandiloquent mais pas pompeux avec ses magnifiques grattes acoustiques. La production n'a rien de putassière et l'on se surprend même à ce dire qu'elle est moins « fat » que certaines productions que l'on peut entendre dans notre beau pays.

Little Brother Is Watching est une pure réussite de hard rock racé mené par un guitariste de génie, qui peut rappeller certains des meilleurs travaux de Michael Schenker, sans que celui-ci ne tombe dans la démonstration stérile. De pures chansons, bien écrites, bien chantées, juste un excellent opus de rock'n'roll comme on aimerait en écouter plus souvent et ce sans aucune prétention.