Cancer Bats - Searching For Zero

Il y a de ces groupes qui effectuent un virage à 180 degrés, parfois pour le meilleur (ou en tout cas du très bon) d'un point de vue commercial et artistique ou pour le pire. Par exemple The Haunted s'est littéralement sabordé avec Unseen en 2009, conduisant à la défection de trois de ses membres ainsi qu'à un bide qui a obligé ses membres à retrouver un travail « normal » (je tiens à dire que j'adore cet album). Et puis il y a l'exemple du jour qui parlera à tous (sauf à ses détracteurs), le Black Album de Metallica, succès interplanétaire sur lequel les thrashers ont réussi à se réinventer en proposant des chansons imparables bien plus produites, plus lentes et mélodiques que tout ce qu'ils avaient proposés jusqu'alors. Avec Searching For Zero, Cancer Bats effectue un virage assez similaire bien que moins définitif.

Pour ceux qui ne connaissent pas les canadiens voici une petite présentation : Cancer Bats est un quartet issu du punk/hardcore fondé en 2004 qui a au fur et à mesure de ses quatre précendents albums mêler tout cela à du stoner ou encore du sludge. Faisant d'eux de fières représentants du « core'n'roll », qui enquillent les tournées dans le monde depuis 2010 (avec Dillinger Escape Plan, Red Fang, Bring Me The Horizon...) comme le veut la tradition dans le punk/hardcore.

Revenons donc à ce cinquième essai, qui vous l'aurez compris se montre plus lent, plus produit et surtout foutrement plus accrocheur que tout ce que les Bats ont proposé depuis leur début. Dès le single « Satellites », dévoilé il y a déjà deux mois, on comprend que le style a été poussé à fond : intro qui monte doucement sur fond de choeurs punky qui déclencheraient une guerre urbaine, couplets rageurs, refrain génialissime, break parlé qui ne fait aucunement retomber la pression avant une fin sur ces choeurs punk de l'introduction. Et un tube, un vrai !

Là où le mélange du groupe s'il n'était pas décousu était clairement plus découpé auparavant il est ici bien mieux géré, par exemple lorsque le groupe voulait écrire un titre bien heavy sur Dead Set On Living (2012), son précédent opus, cela donnait « The Void » bonne réussite sludge par ailleurs mais en total opposition avec la « punkerie » « Road Sick ». Ici nous avons droit à « Beelzebub », qui sonne au final comme une ballade avec des guitares qui puent le Black Sabbath à plein nez, ce qui n'a rien d'étonnant lorsque l'on sait que le groupe a déjà donné des tournées dédiées à la légende anglaise sous le nom de Bat Sabbath, jusqu'à la publication d'un EP de reprise l'an dernier (Bastards Of Reality), encore une fois relevé par un refrain à pleurer.

Attention cependant au « Devil's Blood » qui suit cette « accalmie » ou encore à ce « All Hail » d'une petite minute trente, sur lesquels Liam Cormeer montre qu'il est toujours bien énervé et renoue bel et bien avec ses bases hardcore. Tout comme ce « Arsenic In The Year Of The Snake » au break absolument fabuleux sur lequel Scott Middleton (guitare) montre tout l'étendu de son talent, preuve que si le groupe a évolué et se montre plus mélodique il est encore capable d'envoyer méchamment lorsqu'il en a envie. « Dusted » est quant à lui une alternance de couplets murmurés et de refrains rageurs efficaces, les riffs de « Buds » ramènent aux meilleurs du premier Down tandis que « Cursed » révèle une saveur légèrement postcore un peu plus ambiante.

Car oui l'ensemble est tout de même bien plus mélodique et la production bien moins granuleuse, rien d'étonnant puisque le combo s'est alloué les services de Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit). On se retrouve avec un effet de réverb assez souvent sur les vocaux, donnant un côté plus psychédélique mais aussi plus mélodique bienvenue, faisant du refrain de « True Zero » un grand frisson à chaque écoute. Certains l'auront peut être remarquer mais je gueule bien souvent sur la longueur démesurée des albums récemment (on parle du dernier Slash?), là pas moyen de l'ouvrir : trente-trois minutes de musique ! Hé bien quand elles sont aussi réussies, c'est simple, on se repasse les dix titres qui les composent (deux bonus seront disponibles sur Itunes : « Rust And Bone », « Kill Me Please ») juste après qu'il nous ait achevés.

Certaines mauvaises langues vont peut être dire que le groupe veut profiter de l'effet de mode stoner actuel, ce qui est peut être le cas mais l'essentiel est de voir une prise de risque courageuse mais surtout réussi d'un groupe qui n'en avait pas besoin.

La grande question va être de voir si les fans des Bats vont suivre ce changement de style, en tout cas il faut respecter cette prise de risque partielle, le groupe n'a pas viré commercial non plus et conserve ses bases punk/hardcore car il lui aurait facile de recomposer un album dans la veine de Dead Set... et de retravailler avec son producteur Eric Ratz (qui s'est occupé du nouveau Danko Jones). Il n'en est rien et cela lui permet de proposer son meilleur opus à ce jour, plus accessible et plus riche que jamais.

Searching For Zero est un recueil de tubes qui vont faire un malheur, gorgés de riffs bien lourds tout en conservant l'intensité qui a toujours fait la force des Cancer Bats, je ne saurais donc que conseiller d'aller jeter une oreille déssus en mars prochain.