Cowards - St Dié Des Vosges - 03/06/2015

« La haine urbaine s'invite à la campagne. »

C'est ainsi que la venue de Cowards dans les Vosges aurait pu être vendue.

Accompagné pour l'occasion par Anunaki, que je n'avais plus vu sur une affiche qui lui corresponde depuis mars (il avait alors joué avec Eryn Non Dae) et les locaux de Affres qui donnent leur premier concert ce soir. Voulant découvrir le phénomène des lâches sur scène j'ai donc pris mes boules quiès et mes tripes afin de voir si le groupe était aussi vindicatif que sur ses galettes. Mercredi dans les Vosges oblige l'affluence est loin d'être à tomber par terre mais elle reste plus que convenable.

 

C'est donc par des cris écorchés que Rémy (guitare) lance le set de ce nouveau projet « made in 88 ». Car si Affres donne son premier concert, ses membres ont tous roulé leur bosse depuis des années sur la scène grind/crust lorraine, une chose qui saute aux oreilles dès les premiers riffs, le jeu de batterie de Guillaume étant complètement resté dans ce style. Bien qu'il reste très grind/crust le groupe se fait plus intéressant en intégrant des passages plus atmosphériques typés black metal. Les morceaux s'enchaînent sans réel temps mort (étonnant vu le style me direz vous...), souvent liés par des larsens. Pas ultra original mais une agréable surprise plutôt efficace.

 

Chez Metal Cunt nous soutenons Anunaki depuis un moment, je vais donc essayer de ne pas répéter ce que j'ai pu dire lors de mon report de 6:33 pour lesquels ils avaient ouverts dans cette même salle il y a deux mois. Il faut dire que le groupe enchaîne les bons plans depuis quelques temps : Eryn Non Dae, 6:33, Burning Heads, When Reasons Collapse... Pas forcément très en accord avec leur post-hardcore sludgy et blackisant mais assurément des expériences intéressantes.

Grande nouveauté cependant Mathieu a échangé son poste avec Rosie, le premier passant à la basse et le second à la guitare (c'est bon vous suivez?). Encapuchonné le groupe démarre avec « Cult Of Palourde » qui par sa montée crescendo en fait la parfaite ouverture pour le quintet, sur lequel Mathieu se montre immédiatement plus à l'aise scéniquement parlant. On ne peut pas en dire autant de son « remplaçant » à la six-cordes, lui qui passe la majorité du set dos au public. Se concentrant uniquement sur son dernier EP éponyme en l'interprétant en intégralité, force est de constater que le groupe se montre dans son ensemble plus frontal qu'auparavant sur scène bien que son postcore entre Pelican, Cult Of Luna et Neurosis ait besoin d'être rôdé à cet étrange changement de line-up. Rosie nous offre d'ailleurs un beau pain à la fin de « Cult Of Palourdes » avant la fin du lourdingue « Temple Of Trilobites » assez aléatoire donc moins « tripal » que d'ordinaire. Reste qu'il est toujours aussi impressionnant de voir Kali éructé en mettant autant d'elle-même dans sa prestation, la jeune femme lâche même une unique larme qui n'a rien d'une « dalida ». En définitive Anunaki doit rôder sa nouvelle formation mais de belles choses peuvent naître de ce changement qui paraît plus naturel pour lui.

 

Setlist Anunaki :

Cult Of Palourdes

Mouette

Temple Of Trilobites

 

On se demande souvent jusqu'où peut aller l'objectivité d'un chroniqueur et pour répondre en quelque sorte à la question je dirais simplement ceci : je ne n'aime pas Cowards. Leur musique m'agresse au point que j'ai eu beaucoup de mal à écouter Rise To Infamy d'une seule traite. Mais tel est le but du combo, agresser son auditeur, cela fait donc de leur musique une totale réussite.

Sur scène l'expérience est la même... en pire !

L'attitude de Cowards colle parfaitement à sa musique anxiogène et haineuse : Julien Henri (chant, Death Mercedes) court de tout côté en s'égosillant à mort, Adrien Lederer (guitare, choeurs, ex-Hangman's Chair) fixe le public avec rage tout en glissant des doigts et quelques crachats au public. Une posture très provocatrice qui amène Adrien à balancer un petit « Vous êtes mous comme d'habitude » après « Bend The Knee » premier extrait du dernier album : Rise To Infamy. Posture qui finira par mettre votre serviteur quelque peu mal à l'aise au point de se demander deux secondes si une pause clope n'était pas une bonne idée pour souffler deux minutes. Le son est très bon, fort mais clair donnant une place parfaite à la basse de Guillaume Taliercio (basse, ex-Glorior Belli), audible mais pas envahissante. On se laisse vite impressionner par Cédric (ex-Yorblind) qui martèle méchamment ses fûts tout muscle dehors, en plaçant quelques blasts méchants qui ont eu le mérite de réveiller les magnats de la vitesse. C'est que ce sludge/black/hardcore est loin d'être fait pour tout le monde, l'univers développé par les lâches n'est pas très complexe mais encore faut il se pencher quelque peu dessus et le comprendre. Les fans de Kickback, de Eyehategod et de Shining (SW) peuvent largement trouver leur compte dans ces riffs saturés au possible et cette voix d'écorché vif surpuissante. Les parigots achèvent les quelques survivants avec « Where Lies The Anchor », extrait de Hoarder (EP-2013), à la fin duquel Adrien et Thibault déposent leur gratte sur leurs amplis avant de laisser Guillaume et Cédric seul sur scène pour un « bass/batt » écrasant.

Cowards accule son public au fond d'une ruelle sombre avant de le malmener sans aucune honte. Pas étonnant que face à une telle musique des gens aient préférés sortir de la salle mais comme l'avais dans ma chronique : pour aimer Cowards il faut aimer se faire mal, alors amis SM venez vous en prendre plein la tête. Pour les autres ne vous auto-flageller pas inutilement, je viens de le faire pour vous et ça n'a rien d'agréable.

 

Setlist Cowards :

Old City

Bend The Knee

Frustration (Is My Girl)

Low Esteem

Beyond My Hands

Never To Shine

Anything But The Highroad

Wish For Infamy

Where Lies The Anchor

 

Bonne soirée qui aurait mérité plus de succès et qui en aurait sûrement eu plus si la date était tombée un vendredi ou un samedi. Pas forcément des plus agréables pour votre serviteur mais le contraire eut été étonnant.

En attendant je vais me mettre un petit de Whitesnake, j'ai besoin d'amour et de tendresse.