Cradle Of Filth - Hammer Of The Witches

De nombreux bouleversements sont venus troubler la créativité du groupe anglais Cradle Of Filth, après la sortie de leur dixième album, The Manticore And Other Horrors. Avec la perte d'un des membres fondateurs du groupe, Paul Allender, le guitariste mythique, mais aussi la création de Devilment, le nouveau groupe de Dani Filth, ainsi que le départ de la claviériste et choriste Sarah Jezebel Deva, les fans de la première heure ne s'attendaient certainement pas à un opus qui vienne combler leurs attentes. C'était sans compter sur la capacité de Cradle à rebondir et à se recentrer sur les principes fondamentaux qui ont fait la notoriété du groupe, acquise au cours des années 90. Car, n'en déplaisent à ses nombreux détracteurs, Cradle Of Filth nous sert aujourd'hui Hammer Of The Witches, un album de qualité et plutôt bien fichu !

Quand j'évoque les principes fondamentaux du groupe, je veux parler dans un premier temps des sujets abordés dans leurs morceaux par Dani Filth et sa joyeuse troupe macabre. Comme son nom l'indique, Hammer Of The Witches ("le marteau des sorcières" en français) nous plonge dans l'univers de la sorcellerie, de la religion et de ses travers, mais également de la virginité et de la sexualité (que serait un album de Cradle sans érotisme?), à la manière de Dusk...And Her Embrace, le deuxième opus du groupe, dont s'est largement inspiré Dani Filth pour l'écriture de Hammer Of The Witches. "Walpurgis Eve", le morceau introductif de l'album, évoque d'ailleurs les nuits de Walpurgis, célébrations néo-païennes apparentées au sabbat des sorcières.

Dans cette nouvelle galette, on retrouve également les instruments et les sons qui ont fait les beaux jours de Cradle Of Filth, comme les introductions gothiques menées ici par le clavier de Lindsay Schoolcraft, la nouvelle recrue du « berceau de la crasse », les riffs et les guitares dévastatrices, la batterie assommante, ainsi que la voix mutante de Mr Filth, tantôt grave, tantôt suraiguë. Ces fondamentaux se retrouvent dans le démoniaque titre éponyme, ainsi que dans "Deflowering The Maidenhead", "Displeasuring The Goddess", le quatrième et selon moi, meilleur morceau de l'album, tant par sa complexité que par son efficacité à accrocher l'oreille.

Mais, puisqu'il est toujours bon de se renouveler, Martin Smerda et Richard Shaw, les deux nouveaux guitaristes de Cradle Of Filth, font souffler un vent nouveau et appréciable sur ce nouvel opus. "Yours Immortality", le premier morceau de l'album, témoigne d'ailleurs de ce changement et explore des voix encore inusitées par Cradle, grâce à des riffs flirtant avec le thrash metal, pour un rendu presque death mélodique. Plutôt déroutant, mais pas désagréable.
Autre changement majeur, la voix claire a été largement délaissée dans Hammer of the Witches. En effet, seulement quelques titres font intervenir Lindsay Schoolcraft, comme "Right Wing Of The Garden Triptych", un morceau reprenant les codes du groupe, où clavier et roulements de batterie diaboliques s’emmêlent sur les cris d'un Dani Filth vociférant. "The Monstrous Sabbat", l'introduction inquiétante de Hammer Of The Witches, la piste suivante, revêt quant à elle une atmosphère gothique et oppressante chère à Cradle, rappelant celle de Nimphetamine Fix.

Malgré quelques points dispensables, comme le solo décousu de "Blackest Magick In Practice", Hammer Of The Witches est un album de qualité, qui témoigne d'un désir de renouveau, sans pour autant abandonner ce qui a fait de Cradle of Filth un groupe autant apprécié que décrié. Voilà qui laisse présager encore un long et bel avenir pour le groupe. Les inconditionnels seront ravis, les détracteurs aussi.