Deplacement - Carousel

 

L'Italie n'est pas le pays le plus connu pour ses racines metal pourtant certains résistants se battent pour cette culture. C'est le cas de Deplacement, duo de new-wave électronique qui puise dans le riche terreau de cette scène avec des influences telles que The Cure, Banhaus ou encore Sisters Of Mercy. Le groupe est signé sous le label Epictronic (Ashes To Ashes) qui met en avant les artistes indépendants. Avec leur premier album Carousel, ils nous font découvrir un univers unique et savamment orchestré.

La new-wave est réputée, depuis sa création à la fin des années 70, pour ses odes magnifiant l'élégie et la mélancolie. Alors qu'aujourd'hui elle est parfois classé comme un genre poussiéreux et passé d'époque, certains amoureux lui redonnent ses lettres de noblesse et nous font voyager à travers un espace intemporel. C'est le cas de Still & Fade, les deux membres fondateurs de Deplacement.

Les premières notes de "Sadness And Solitude" plantent le décor avec un thème electronica embrasé par les synthétiseurs et les claviers. L'ambiance est résolument post-punk et les influences majeures de Depeche Mode ainsi que Joy Division se ressentent dans le chant froid et plaintif. "Memory" offre quant à lui une production intensément mélodique où les voix en duo allient légèreté et langeur. Les paroles emplies de mélodie " memory is like a mirror to look deep inside ourselves" sont contagieuses. L'aérien "Hypostasis Of Life" laisse une place plus importante aux riffs de guitares se fondant aux synthétiseurs.

Sur "Emily's Tears", le chant est teinté de nuances indus. L'orchestration mélancolique de Still & Fade a la sensualité d'un Cold Cave, mais avec les graves en moins. Dans cette continuité, "Angelman" explore la palette des émotions glacées et mélodiques. A l'écoute de "Frequency", le groupe s'énerve un peu et sort de sa lente agonie afin de produire un morceau plus énergique. Plutôt moderne, cette instrumentation peut rappeler l'ambiance du Linkin Park des débuts. Le plus symphonique "Throwing Faces" atteint des sommets d'élégie. Piano et voix susurrent et se lamentent dans la souffrance.

Le titre "Emotional Pain" résume, par son seul nom, l'atmopshère de l'album. Les sonorités si froides et ambiantes du groupe sont notamment dûes à leur travail de recherche sur les chambres du décadent et ancien hôpital pyschiatrique d'Aguscello (ndlr: habité par des rumeurs horrifiques sur des enfants fous et des nonnes sadiques). Enfin, "Black Shape" et "Voices" sont à la fois orchestraux et minimalistes. Le côté électrique n'est pas en marge de cet univers grâce aux guitares qui apportent une puissance progressive. L'album s'achève sur les même résonances que celles qui habitaient leurs premiers morceaux: celles d'une douleur sans fin à la beauté tragique.

Carousel est de ces oeuvres qui vous immergent dans un monde hypnotique et buccolique. Les structures répétitives des morceaux que l'on reprocherait à d'autres artistes ne sont pas effectives pour Deplacement, car cet effet-là n'incarne que mieux l'élégie dans laquelle on souhaite s'engouffrer à la découverte de l'univers de Still & Fade, fragile et à fleur de peau.