Dirty Shirt - Dirtylicious

Fondé en 1995, Dirty Shirt est l'une des figures de proue de la scène roumaine. Leur retour fracassant avec Freak Show il y a deux ans leur a permis notamment de finir deuxième à la dernière Wacken Battle Metal et de jouer avec 6:33 chez nous. Dirtylicious leur nouvelle offrande se veut un mélange délirant de metal et de folk, pour lequel le groupe a fait appel à un véritable orchestre, qu'il qualifie lui même de folkcore.

Line-up :

Dan « Rini » Craciun (chant)

Robert « Metalistu » Rusz (chant)

Mihai Tivadar (guitare, synthés)

Cristian Balanean (guitare)

Dan Petean (guitare)

Pàl Novelli (basse)

Vlad « X » Toca (batterie)

La plupart d'entre vous n'a probablement jamais entendu parler de Dirty Shirt et pourtant avec Freak Show (2013), le groupe avait livré l'un des meilleurs essais de fusion métallique de ces dernières années. Mixant habilement metal, rock, reggae (sur le titre éponyme notamment), world music, electro, folk, funk le tout au sein d'hymnes imparables à l'humour bien senti cet album fût une véritable révélation pour votre serviteur.

Convaincu par leur expérience mêlant folk roumain et metal sur « Bad Apples » et « Saraca Inima Me » le groupe a décidé de prolonger sur un album entier avec l'apport d'un orchestre pour ce Dirtylicious.

Grosse frayeur en attaquant la première écoute, car le folk n'est pas vraiment ma tassé de thé. Danser à poil dans les vastes fôrets du Nord en buvant comme un trou et en chantant des chansons à boire ne fait pas partie de mes passes temps.

Pourtant après une intro purement folk (« Ciocarlia ») et malgré un enchaînement plutôt bancal « Moneyocracy » rassure pleinement par son refrain imparable et surtout par son aspect folk délirant (Robert Rusz (chant) va jusqu'à prendre un accent roumain caricatural assez... prononcé) qui s'intègre parfaitement à la musique du combo. Un véritable hymne qui va faire un malheur en ouverture de leurs concerts !

Bienvenue dans les balkans, depuis l'équivoque « Balkanique » qui ravira tous les gitans véners en passant par le thrashy « Mental Csardas » (sur lequel Robert use de son chant death, assez rare sur Dirtylicious) juqu'à « Cobzar » et sa mélodie chaloupée le sextet nous plonge dans les racines de leur pays. De pur folk metal il n'est pas question ici, les instruments folk n'accompagnent pas toujours la section metal, de core il n'est pas question non plus, puisque l'on a plutôt à faire à un metal groovy furieusement accrocheur.

L'on peut regretter que sa nouvelle orientation musicale rende Dirty Shirt moins surprenant qu'auparavant, ceux qui préfèrent l'unité et la cohérence apprécieront cependant ce virage. Cependant difficile de ne pas reconnaître que ces morceaux sont bien plus fouillés, le groupe a vraiment travaillé sur ses arrangements folks (le break de « Dulce-i vinu' ») sans oublier sa section metal.

Avant l'outro « Calusarii » un peu funky le groupe livre « My Art », encore un titre au refrain imparable, véritable manifeste d'humilité dont nombreuses formations devraient s'inspirer.

Pari risqué et réussi pour Dirty Shirt qui propose un album plus fouillé que son prédécesseur, très crédible pour les folkers, sans perdre en humour, en groove ou en accroche. Même les plus réfractaires au folk peuvent laisser une chance à Dirtylicious, j'en suis la preuve vivante.

Belle preuve qu'après vingt ans un groupe est capable d'évoluer et de rester créatif dans l'adversité.

C'est « dirty » en Roumanie !