Drawers - Drawers

Un premier EP (This Is Oil) en 2008, un premier opus (All Is One) en 2011, un split avec Hangman's Chair l'année suivante et voilà les franciliens de Drawers qui signent sur le label belge Kaotoxin Records plus habitué au death metal et au grind qu'au stoner/doom.

Line-up :

Nicolas Bastide (chant)
Olivier Lolmède (batterie)
Jérémie Ruiz (basse)
Alexandre Berenguer (guitare)
Laurent Bringer (guitare)

Lors d'une interview avec les excellents Mudweiser je leur avais demandé ce qu'ils pensaient de la qualité de la scène stoner française, après quelques secondes de réflexion le nom de Drawers avait été évoqué.

Seulement après l'écoute de Drawers (qui est bien le nom de ce deuxième album. Faisant de celui-ci un album éponyme, bravo au monsieur dans le fond qui suit) je me dis que l'on peut pas vraiment ranger nos amis dessinateurs dans cette (ces) case(s). Son style va bien au delà de ces deux genres que l'on retrouve indéniablement dans leur musique. La plupart des riffs principaux lorgnent clairement du côté du post-hardcore et du Mastodon de Leviathan ; appuyant sur la dissonance autant que sur la lourdeur. D'où un rendu parfois proche du sludge.Un style auquel on est encore amené à penser grâce à la voix de Nicolas Bastide.

Dans un côté assez « core » et éraillé proche de Scott Kelly et dont le placement m'a fait pensé à un certain Kirk Windstein. Il se lance aussi dans un style plus « crooning » sur le break de Bleak ainsi que sur le plus étrange Take Stock. Le début de Words rappelle fortement les dingos de C.R.O.W.N et leur musique à la fois lourdingue et hypnotique. Les soli sont eux plus dans un esprit sudiste, particulièrement sur les premiers titres. Down étant une influence indéniable que l'on sent à plusieurs moments du disque cela n'a rien d'étonnant. Mais au sein même de tout cet aspect très lourd, les frenchies n'hésitent pas à placer des plans bien plus rapides rythmiquement.

Comme ces blast beats sur le début et le pont de Mourning (alors même que les guitares sont bien plus mélodiques sur ce second passage) au sur la fin de Once And For All, ou encore bien d'autres plans sur lesquels Olivier Lolmède se laisse aller pour notre plus grand plaisir. Car aujourd'hui les styles étant tous très bien définis il est de plus en plus rares de voir des combos issus du doom (sludge, stoner, etc...) proposer des passages vraiment rapides. Hors la dynamique en souffre et Drawers se foutant complètement de coller à une étiquette à 100%, ces variations enrichissent énormément son propos et lui donne une vraie personnalité.

Si le rendu manque un poil d'accroche, l'ensemble est tellement riche et intéressant musicalement qu'on ne viendra pas s'en plaindre (un reproche infaisable à l'énormissime Shadow Dancers et son final complètement électrisant). Surtout alors que nous n'avons droit qu'à huit titres pour trente petites minutes de musique. Encore un choix gagnant qui évite l'écueil de l'ennui et préfère aller droit au but (tel l'OM de José Anigo). Le groupe ayant opté pour un enregistrement en condition live, ce qui est particulièrement flagrant sur la batterie, le disque a un son brut et pur mais dont le rendu n'a pour autant rien de dégueulasse.


A une époque où le stoner est devenu une sorte de mode, Drawers vient donner un joli coup de latte dans les parties d'un style qui a trop tendance à se laisser happer par ses propres codes (lui qui à la base, est pourtant des plus ouverts).

En projetant ce qu'ils veulent au travers de la lourdeur et du groove de leur musique, leur dessin final regroupe ce qu'il faut pour enflammer n'importe quel fan de musique lourde, originale et unique.