Emergency Gate - Infected

Emergency Gate est un pionnier de la scène death metal mélodique allemande. Fondé en 1996, le combo n'a conservé qu'un seul de ses membres originels: le bassiste, manager et fondateur du groupe Mario Lochert. Un premier EP de la bande sort en 2000, sans succès. Le Phénix renaît véritablement de ses cendres en 2008 lors de la sortie du premier album Nightly Ray. S'ensuivent 4 autres productions, une par an, jusqu'à notre intéressée sortie le 26 septembre sous le label Fast Ball Music : Infected.

Line-up:

Mario Lochert (basse)
Matthias Kupkas (chant)
Udo Simon (guitare)
Daniel Smidle (synthétiseur)
Romain Lutz (batterie)

Après la sortie de You en 2013, Emergency Gate a maintes fois essuyé la critique. Critique de pasticher musicalement Soilwork, les maîtres du genre en Suède, Emergency Gate fait figure de reproduction vue et revue. Seulement, le groupe sort un album par an, a déjà tourné avec les plus grands tels qu'Eluveitie, Caliban ou Kreator, et accumule près de 250 000 scrobbles sur Lastfm. Qui plus est, les allemands se renouvellent, et Infected signe le nouveau tour d'horizon pris et abordé par nos germains.

Dès l'intro de Sons of the Second, pas question de commencer par un instrumental gentillet et mou du genou. Non, Kupkas ayant déjà officié au sein de la formation, commence par nous faire entendre sa voix criant quelques secondes, avant de prendre un tournant plutôt old-school. Le clip de cette plage, affichant les membres du groupes on stage, est à l'image des paroles de la chanson : un lendemain en forme de majeur, pas de place au futur : "Got nothing to lose/ Live today, pay tomorrow/What's your excuse?".Sur Going Under, le penchant mélodique est très présent, grâce aux riffs dignes d'une ballade doublés par la guitare en distorsion et le chant clair que s'accapare le refrain. Les choeurs christiques présents en fond ne sont pas sans nous rappeler les groupes de christiancore en vogue ces dernières années tels que Betraying The MartyrsRevelation détonne sur un beat extrêmement electro qui serait fidèle à ce qu'à pour coutume de nous offrir Show Me The Glorious Death ou encore Enter Shikari. Fûts et guitare sont tonitruants, rapides, masquant la basse, et mettant en avance un chant en urgence, growlé et erraillé pour entonner que " we don't need your fucking sympathy to rise".

Your Last Smile débute comme un morceau de post-hardcore, les instrumentaux sont très modernes (les excentricités du synthétiseur y étant pour beaucoup), et cela tranche avec la voix 80's de Kupkas. La plainte chantée suggère un coeur qui se soulève, qui tourne et qui a mal, à l'image des paroles, un énième chagrin d'amour qui se plaint et se laisse suffoquer. Crushing Down, est, quant à lui, moins mélodique que ses partisans prédécesseurs. Death Metal basique, avec une voix en continuité de celle de Your Last Smile. Hasard ? Non, un autre amour à la dérive : " your lips burned my skin/ and my world is crashing down". Avec We Wanna Party, le changement de registre est total, nous transposons à la tristesse la plus totale, le symbole de la joie complète, le carpe diem du death metal électronique. L'invasion de synthés superposés à l'hymne à la joie fonde un tout très happy hardcore, presque comparable, je dis bien presque, à A Day To Remember. Guitares triviales et joviales pour la célébration, l'initiation à l'épicurisme, au goûter de la vie : " mix the Jeager and the Bacardi/We show you how to party/We wanna see everybody fucking party". Intonation à la joie fût brève, We Wanna Party est calqué entre deux plaintes, celle lui succèdant étant la moins succinte: Infected Nightmare. Songe apocalyptique retranscrit sur fond de colère mais avec l'effort d'un chant assez clair, même s'il se fait assez brutal par mélodies. Death Metal certes, mais non sans mélodie.

Drowning in Hate apporte à l'album un chant plus maîtrisé. Enervé, cointraint, obtus. Il y a de la colère, mais avec de la mesure. Sur une instrumentalisation plutôt d'ordre médiévale la nostalgie d'un homme se transcrit sur des accords glissant les uns sur les autres: " memories fade/want to hold on to something/ but I guess it's too late "The Beginning fait figure de transition à ses précédents morceaux grâce au retour d'un électro qui s'impose. Nouveau départ dans le cd ? Très métalcore et deathcore, cette plage est énervée. Si l'instrumental n'était pas si metal, on pourrait percevoir des accents hardcore dans la voix de Kupkas de temps à autre. Mais les instrus font le yo-yo entre pogo et parade électronique. Un grand huit présent pour notre plus grande friandise.

Sur Pathetic Me en revanche, l'ensemble est plus homogène. Petite electro timide au milieu d'un ensemble metal, très justement metal. Remerciement en forme de cri de guerre, pour des parents qui ne doivent pas avoir à rougir de leur rejeton" hey Father are your proud/hey Mother look at me". Loving Hate est sur la même longueur d'onde musicale.

Pour finir, le groupe décide de clôturer son album tout en douceur avec Peace of Mind, une pure ballade. Parlons de paix, oui, il s'agit de paix sur ce morceau. Une paix désespérée, mais une paix tout de même. Là où nous nous attendrions à une montée crescendo, le seul ton auquel nous ayons droit est piano. & cela n'est pas un mal.

Dans l'ensemble, cet album reste très homogène, tout en équité, et sans véritable surprise. Ce nouvel Emergency Gate ravira en priorité ses fans, mais à défaut d'une originalité prenante, les fans du genre ainsi que tous les curieux pourront aussi succomber à Infected. Pourquoi ? Parce que c'est un sans faute.