Enslaved - In Times

Avec presque 25 ans de carrière au compteur, les Norvégiens d'Enslaved reviennent avec un treizième album, In Times, qui n'a pas fini de faire parler de lui. Affirmation d'un style unique, propre à Enslaved pour les uns, un album aux airs de déjà vu pour les autres, dans tous les cas, le groupe nous sert ici une proposition musicale affirmée et sacrément bien pensée, que je vous propose de décortiquer ici.

Comme pour son excellent prédécesseur Riitiir, sorti en 2012, Enslaved récidive et signe chez Nuclear Blast pour son treizième opus. Après tout, pourquoi changer une équipe qui gagne ? Cela vaut également pour le style musical des norvégiens : un subtil mélange entre la voix gutturale et éraillée de Grutle Kjellson (basse) et le chant clair et mélodieux de Herbrand Larsen (claviers). Le premier titre, "Thurisaz Dreaming", donne d'ailleurs le ton : cinq minutes pendant lesquelles guitares et voix s'affrontent à grands coups de riffs épiques et de lignes de chant mélodiques, le tout dans une parfaite harmonie. "Building With Fire" témoigne lui aussi de la faculté des norvégiens à marier les styles, avec les envolés lyriques de Larsen, ponctuées par un rythme soutenu et entêtant.

Les puristes du black metal seront peut-être déstabilisés par ce mélange des genres, mais les codes sont scrupuleusement respectés. C'est d'ailleurs là que réside la performance d'Enslaved : une composition équilibrée et cohérente mêlant deux styles diamétralement opposés. Sur le papier, l'exercice ne paraît pas évident, et pourtant ! Il suffit d'écouter "One Thousand Years Of Rain", où le chant clair vient simplement soutenir Grutle Kjellson, ou encore l'excellent "Nauthir Bleeding", malgré une introduction plutôt planante guidée par Herbrand. D'ailleurs, ce dernier titre est peut-être le meilleur de l'album, grâce à un pont et solo absolument incroyables qui raviront les plus mélomanes.

Avec In Times, les membres d'Enslaved confirment une nouvelle fois leur identité et leur marque de fabrique. Cela dit, n'en déplaise aux mauvaises langues, le groupe a pris un nouveau tournant, en proposant un album plus court que les précédents : seulement six titres, pour une durée totale de moins d'une heure. Cependant, pas un seul titre ne dure moins de huit minutes ! D'ailleurs, l'excellent morceau éponyme In Times avoisine les onze minutes. L'album s'achève sur "Daylight", un morceau à la fois terriblement bien composé, complexe et intense : une sorte de résumé de l'album et une belle conclusion, qui fait se côtoyer passages lyriques et solo endiablé.

Côté pochette, le code couleur est sans équivoque : rouge et noir, pour une plongée dans les mystères et les profondeurs de l'âme. Les silhouettes errantes représentées nous invitent à pénétrer dans l'univers d'Enslaved, entre black metal torturé et rock progressif plus optimiste. On pourrait se demander, après la première écoute, si les norvégiens ne se reposent pas sur leurs lauriers, mais peu importe. Enslaved fait du Enslaved et c'est une réussite !