Epica, Eluveitie, Scar Symmetry - Aéronef - Lille - 09/11/15

Jamais nous n’avions vu autant de Metalheads se pointer devant l’Aéronef avant le début d'un concert. Il faut dire que la tournée agencée par Epica « The Ultimate Enigma » en compagnie d’Eluveitie en invité d’honneur et Scar Symmetry en ouverture a fait parler d'elle. De nombreux signes avant-coureurs exposés sur les réseaux sociaux dessinaient déjà le succès qu'allait rencontrer Epica un peu partout en Europe et en France. La preuve: deux shows Français « sold-out » et un public Nordiste (et Belge) dans les starting-blocks pour accueillir comme il se doit la jolie Rousse et ses acolytes. 

Vous expliquer qu’ouvrir pour deux formations comme Eluveitie et Epica est une tâche compliquée dont se passeraient de nombreux groupes. Il faut dire que les deux formations ont su établir une fan-base respective solide qui fait preuve d’une ambition démesurée quand il s’agit d’assister à chacune des prestations de leurs idoles. Autant vous dire que ce soir, ces fanatiques n’avaient pas besoin d’être échauffés pour que l’adrénaline monte. Et pourtant Scar Symmetry ouvre et arrive tant bien que mal à motiver les troupes à s’ambiancer sur leur Death Melodique teinté de touches progressives. La foule a eu droit à un show construit qui vante un professionnalisme sans borne ! Per Nilsson assure ses parties guitares et le duo Roberth Karlsson/Lars Palmqvist fait encore des prouesses vocales en alternant chant clair et chant crié sur des titres comme « Neuromancers » et « Morphogenesis ». Néanmoins, malgré une setlist qui a souvent pris des allures de Best Of, il est regrettable que l’agencement-même des morceaux a formé un bloc intrinsèque. Ainsi, quelques longueurs se sont faites ressentir au fil que les classiques « Symmetric In Design » ou bien « The Iconoclast » se sont enchainés...  Pourtant, le groupe est heureux d’être là et est en forme, ce qui n’est pas pour déplaire aux fans du combo qui ont souvent fait le déplacement de loin pour assister au show. Mais bien qu’il s’agissait là d’un concert honnête, les spectateurs étrangers à la cause de Scar Symmetry ont pu être déstabilisés face aux nombreuses démonstrations techniques des Suédois. Un bon concert bien qu’un poil frustrant. 

 

Après la prestation en demi-teinte de Scar Symmetry, les partisans de la cause Folkorique souvent restés au bar pendant le show des Suédois se sont acheminés vers la scène pour assister à la nouvelle intervention scénique d’Eluveitie sur le territoire Nordiste. Souvenez-vous, le cortège d’Anna Murphy avait soufflé sa verve poétique à Loos-en-Gohelle en Septembre dernier lors du Gohelle Fest. Et à croire que leurs fans n’ont pas été rassasiés ! Car c’est totalement comble que nous avons retrouvé l’Aéronef après un petit passage obligatoire à la buvette. Néanmoins, si le groupe rencontre toujours le même succès après tant d’années de service, il est évident que la qualité de leurs prestations scéniques laisse souvent à désirer. Tout ça à cause d’une disposition scénique et des arrangements musicaux qui peuvent donner du fil à retordre à l’ingénieur son. Il doit sans cesse se battre avec sa table de mixage pour rendre le tout homogène. Quoi qu’il en soit, Eluveitie est resté fidèle à son poste de leader du mouvement Folk Metal en jouant l’intégralité des morceaux qui reçoivent le plus de scrutins de la part de leurs partisans. Vous l’aurez donc compris, les Suisses ont misé sur leurs hymnes « mainstream » de l’album Helvetios (« Luxtos », « Scorched Earth », « Alesia », « Havoc ») pour installer une ambiance festive dans la salle du début à la fin du set. Le show jouit d’une cohérence scénique et les fans s’en sont donnés à coeur joie dans le pit. Étaient donc de la partie de nombreux « Slams » et « Walls Of Death » improvisés ! Certains en ont même profité pour chanter en choeur le refrain du kitchissime « The Call Of The Mountains » interprété en Français pour le coup. Il faut dire que tous les gentlemen en herbe dans la salle étaient aux aguets quand il a fallu aider Anna Murphy qui, malencontreusement, ne maitrise pas très bien la langue de Molière… Cela pris à part, il est agréable de voir que l’alchimie entre les membres d’Eluveitie et leurs fans prend toujours. Tout ça grâce à des musiciens qui maitrisent à merveille leur objet d’étude. Et chanceux que nous sommes, ils avaient l’air plus ou moins en forme ce soir comme une grosse majorité de la foule qui a testé les vertus procurées par le « air-pipe » et « air-violin » sur des titres comme « From Darkness ». Chacun des instruments était dissociable malgré une batterie et deux guitares au son relativement faible pour un groupe de la trempe. Peu importe, l’ambiance était bonne et le festin s’est bien déroulé jusqu’au titre final, le tant attendu « Inis Mona ». Néanmoins, il est toutefois regrettable qu’aucune présentation de la nouvelle violoniste n’ait été faite. Cette musicienne avait pourtant l’air d'être très bien intégrée au cortège ! 

 

Après un Eluveitie plutôt convenable, c’est dorénavant à la reine de la soirée de venir valser sur la piste de l’Aéronef. Epica, qui enchaine les tournées et les albums d’année en année, affiche en 2015 un professionnalisme sans faille depuis la sortie du très bon The Quantum Enigma ! L’album révélait une formation qui avait réussi à se renouveler en prenant en compte des erreurs du passé commises sur Requiem For The Indifferent. Et comme il est agréable de voir que l’ambiance si particulière insufflée par la venue d’Epica dans le Nord de la France est restée intacte. 

Dès l’arrivée progressive des musiciens sur scène sur « Originem », c’est toute une paroisse qui se manifeste devant Simone Simons, toujours aussi radieuse ! Bien sûr, toujours dans le cadre de la tournée visant à promouvoir The Quantum Enigma, le groupe a fait le choix de mettre en avant dès le début deux morceaux iconiques de ce rejeton: « The Second Stone » et « The Essence Of Silence ». Vite après la prestation millimétrée de ces morceaux, cette fameuse sensation d’assister à un concert qui restera dans les annales s'est vite faite ressentir. Pourquoi ? Tout est cohérent ! L’ambiance épique mise en place par les chants lyriques de Simone et les orchestrations synthétiques dépaysent ceux qui avaient mal commencé leur semaine. Les musiciens font preuve d’une précision remarquable quand il s’agit d’alterner toutes les intonations placées dans chacun de leurs titres. Mais ce n’est pas tout. Ces tranches revêtent souvent une seconde nature une fois interprétées en Live. Contre toute attente, les arrangements qui semblaient futiles à première vue subliment des chansons comme « Chemical Insomnia » où la basse grasse de Rob Van Der Loo bénéficie d’une intensité rarement véhiculée par une formation de Metal Symphonique. 

Un concert d’Epica, c’est un spectacle total où tout est ordonné en plusieurs actes comme une pièce de théâtre. Tout est fait pour que le spectateur soit plongé dans un univers homérique du début à la fin. La bande sonore introductive « Originem » et le pré-méridien « The Fifth Guardian » fonctionnent comme de véritables passages obligatoires. Ils ont pour but de rythmer le concert et combler les éventuels temps morts. Tout s’enchaine de manière logique créant ainsi un scénario des plus élaboré jusqu’à l'apothéose de « Consign to Oblivion ». Le show repose non seulement sur son aspect musical mais aussi visuel. Certes, la tenue plus ou moins tendancieuse de Simone Simons en aura gâté plus d’un dans la salle. Elle, qui sait faire un usage tempéré de son charisme, sera souvent mise sous les spotlights. Les jeux de lumière entrent souvent en connivence avec les extases lyriques de la rouquine et les coups de claviers de Coen Janssen pendant « Unleashed » ou bien « Martyr Of The Free World »: les projecteurs assassinent les spectateurs à coup de faisceaux lumineux ! Bluffant !  

 

Le groupe a aussi réussi à incorporer ce petit truc en plus qui a permis de rendre le concert mémorable. En effet, Epica maîtrise les ficelles de la communication et cela force le respect. Une fois n’est pas coutume, les Hollandais ont révélé au grand jour leur complicité sur des titres phares comme « Sancta Terra » où Isaac Delahaye et Coen Janssen se sont amusés à se répondre à coup de pianotement de clavier. Mais la formation multiplie aussi les touches d’humour et les interactions avec le public entre les morceaux. Quand Mark Jansen lancera un « Foutez-moi le bordel » Simone Simons fera plaisir à ses fans quand elle versera ses derniers flots de paroles: « You’ve been an amazing audience, we will play a last song because you deserve it » à la fin du show avant que les derniers accords de « Consign To Oblivion » ne se bousculent. 

Inutile d’épiloguer, le concert était parfait à tout point de vue. Et de ce fait, nous comprenons vite la raison pour laquelle Epica ne cesse de rafler de nouveaux disciples à chacune de ses interventions scéniques. Grandiose ! 

Crédit Photos: Raphaël Meert