Faith No More - Sol Invictus

Ce serait un vilain jeu de mots de dire que nous avons presque failli perdre la foi à l'idée d’avoir une nouvelle galette de Faith No More à se mettre sous la dent. Souvenez vous en 1997, la bande à Mike Patton était revenue avec Album Of The Year et illustrait une formation au top de sa créativité, mais à la fois si essoufflée -Boum- Séparation en 1998. Retour scénique en 2009 et split en 2012 pour un come-back en 2013. Clairement, on y comprend plus rien… Alors, nous avons peine à croire l’annonce d’un nouvel album. Il faut dire que de faux espoirs en faux espoirs, nous avons du mal à nous avancer quant à l’avenir si incertain de Faith No More. Et pourtant...

...L'album voit le jour. Une illustration artistique pour un titre plein de sens. Sol Invictus ou « Soleil Invaincu », interprêtez cela comme vous le souhaitez. Est-ce une référence directe au destin du groupe ou bien un titre dénué de tout renvoi? Quoiqu’il en soit, les Américains auront su nous faire patienter en postant sur les réseaux sociaux quelques extraits de sa future pièce. « Superhero », « Motherfucker » et enfin « From The Dead » ont provoqué des réactions diversiformes mais surtout contrariées. Il faut dire que, pris à part, les titres n’ont rien d’exceptionnel et sonnent souvent de manières linéaires… 18 ans d’attente pour ça?

Appréhender un album de Faith No More, c’est un peu un peu un Voyage au Bout de la Nuit. On ne sait jamais vraiment ce que l’on va trouver au fûr et à mesure que l'histoire se passe, d’où l’intérêt d’une telle oeuvre. C’est une promenade qui se déroule en plusieurs saynètes inaugurées par l’escale « Sol Invictus » qui évoque une renaissance en passant par la fausse-ballade-lacunaire-énergique-maniaco-dépressive de « Cone of Shame » pour finir sur l’acoustique « From The Dead » qui personnifie un futur plus flou…  L’album dans son ensemble suit donc une logique. Ainsi, les titres qui pouvaient frustrer à la première écoute comme « Motherfucker » prennent un tout autre visage. 

Néanmoins, les fans reconnaitront le Faith No More qu'ils ont toujours chéri dès les premières notes de Sol Invictus. Car les ingrédients qui ont fait la recette de son succès sont tous présents. Un clavier subtile, une batterie vicieuse, une basse grasse mais surtout un chant très travaillé qui fait souvent l’Eloge de la Folie. Écoutez donc l’introduction criée de « Superhero » et les différents timbres de voix qui évoquent la schizophrénie dans « Separation Anxiety ». Le doux toucher de Roddy Bottum est intact et entre en cacophonie avec la caisse claire de Mike Bordin et la voix paisible de Mike Patton pendant le refrain classieux de « Sunny Side Up ». 

Dans Sol Invictus, Faith No More élargit encore une fois le champs de sa créativité dans « Rise Of The Fall » où le groupe inaugure de nouvelles influences comme le Reggae. Des sonorités plus acoustiques qui se jettent dans des refrains plus énervés comme ceux de « Black Friday » seront également privilégiées dans ce florilège.

Cet album divisera sûrement. Mais comme toutes oeuvres, elle demande maintes écoutes pour être appréciée à sa juste valeur. Quand le roman de FlaubertMadame Bovary, requerrait plusieurs lectures pour être compris à son plus haut niveau, Sol Invictus par la richesse des tonalités et d’émotions qu'il véhicule n’aura jamais fini de vous surprendre

Les entreprises de Faith No More ont toujours fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire que le groupe est imprévisible. Parfois la surprise peut susciter le désarroi chez certains auditeurs, mais aussi l’épanouir. Faith No More ne fait donc pas de retour aux sources comme certains groupes aiment le faire croire juste à des fins commerciales. Dans Sol Invictus, Faith No More est Faith No More et fait du Faith No More.