Fall Of Summer - Jour 1

Bienvenue au Fall of Summer (FoS), 3e du nom, le genre de festival où, dès ton arrivée sur le parking, vendredi avant midi, tu peux attendre l’ouverture des portes en discutant tranquillement avec Ben Ward, le chanteur d’ORANGE GOBLIN. Non, il n’est pas là pour un featuring, il débute simplement ses vacances françaises par un séjour à Torcy, en banlieue parisienne, où il compte bien profiter du copieux week-end proposé par la programmatrice Jessica Rozanes : du black, du death, du thrash, essentiellement mais pas uniquement ; comme d’habitude, il y aura du groupe mythique, du groupe culte, du supergroupe, du groupe rare, du vieux groupe, du jeune groupe, du groupe décalé – pour tous les goûts à condition qu’ils soient extrêmes. Sans plus attendre, la revue de détail du vendredi, signée Metal Cunt.

Avec une demi-heure de retard sur l’horaire prévu, le festival ouvre enfin ses portes. Le public n’est pas encore massif, mais il est déjà motivé. HEXECUTOR baptise la Blackwaters Stage du FoS. Les Bretons sont jeunes, mais leur trash old school, chanté en français, est idéal pour l’échauffement des cervicales – qui seront rudement mises à contribution pendant les 36 prochaines heures. Des cheveux aux vêtements, le look des mecs est old school aussi, ils ont des chorégraphies plutôt mignonnes et le chanteur produit assez fréquemment des sortes de glapissements suraigus qui ponctuent ses refrains de manière intéressante. Dommage qu’on le sente fréquemment à bout de souffle sur les couplets. Peut-être juste l’émotion ? Sans doute pas le set du week-end, mais une entrée en matière prometteuse – pour l’avenir d’HEXECUTOR, comme pour le festival.

Il n’est pas encore 13 heures. Il fait beau, il fait chaud. Il fera de plus en plus beau et de plus en plus chaud à mesure que le FoS avancera. D’où l’importance de l’hydratation. A cet égard, il faut noter que les buvettes du FoS proposent une large diversité de bières, pour tous les gosiers – avec modération, toujours.

Quittant la plage de Torcy, nous rejoignons le bitume de la Sanctuary Stage pour le set de DIE HARD. Ce trio fait du thrash aussi, mais un peu moins old school et surtout beaucoup plus suédois. Y a du bon riff, y a aussi du riff quelconque : bien, mais pas top. C’est pas grave, on se chauffe.

Retour sur le sable, les yeux dans l’eau... Blackwaters, donc, les tontons du metal français sont là, en chair et en os : ADX, rien de moins, qui débute sa tournée en soutien de l’album « Non Serviam », sorti en juin, acclamé par la critique. De la légende en début d’aprèm, pas de quartier pour le saucisson blindé, dommage pour le couac, en fin de set, qui a animé les réseaux sociaux pendant les jours qui ont suivi le festival : retard, planning, manque de communication sur la scène et voilà le son d’ADX coupé au beau milieu de son ultime morceau. Le rêve était trop beau. L’été qui s’achè-veuh tu partira-as… Bref.

Sans transition, MERRIMACK, sur la Sanctuary. Enfin du black, on a envie de dire. Enfin un peu de maquillage, se disent les photographes… Il fait chaud comme en enfer (je vais probablement être obligé de la réutiliser, celle-là), le cauchemar peut commencer, servi par un son précis. On a rapidement envie de mourir. Enfin dans le sens positif de l’idée, quoi. Toi-même tu sais. Très bien, MERRIMACK. A retenir.

La plage de nouveau et un peu d’exotisme. Les thrashers japonais d’ABIGAIL envoient des gros steaks de tofu par paquets. C’est gras et assez jouissif, pourtant une évidence commence à s’imposer. Les mecs sont là, sur scène, tous, depuis le début, hein, mais le public est… moyen. Oui il fait chaud, non ni le sable de la Blackwaters ni le tarmac de la Sanctuary ne favorisent le mosh ou le circle pit, mais surtout, il est particulièrement tentant de se poser n’importe où, au soleil ou à l’ombre, le cul dans l’herbe sèche ou sur un banc, pour profiter de la bonne musique et même observer la scène sans lui rendre la moindre énergie. C’est d’ailleurs la seule véritable critique qu’il est possible de faire au Fall of Summer : compte tenu de la qualité des concerts, de nombreux sets pourraient se barrer beaucoup plus massivement en sucette si les festivaliers n’étaient pas confortés dans leur flemme naturelle, perpétuellement invités au balcon plutôt que dans le pit. Les metalleux en carton n’ont même plus besoin d’apporter leur pliant.

Pour le coup, ensuite, sur la Sanctuary, MASSACRA Tribute attire tous les festivaliers à lui : la curiosité est à son comble, même si (d’autant que) le line-up du supergroupe Frenchie a fuité depuis plusieurs jours. On ne présente plus ni Stéphane Buriez, frontman de LOUDBLAST, ni Frédéric Leclercq, bassiste de DRAGONFORCE, ni Alex Colin-Tocquaine ou Kevin Paradis, respectivement chanteur/guitariste et batteur d’AGRESSOR. Rappelons que MASSACRA est un groupe entièrement culte parmi les anciennes formations extrêmes françaises : cinq albums entre 1990 et 1995 et une dissolution définitive en 1997, au moment de la mort du guitariste et chanteur Fred « Death » Duval. Le quartet entre sur scène avec "Enjoy the Violence". Tout un programme. Bubu assure le chant principal, mais surprise ! Il joue une superbe basse Rickenbacker, Leclercq et Colin-Tocquaine se partageant les parties de guitare avec une évidente complicité. C’est très bien joué, de manière très enthousiaste et convaincante, mais avec son petit côté réunion de famille (de très nombreux featurings, avec notamment des musiciens de NO RETURN et PHAZM), le set manque de reproduire fidèlement ce que beaucoup d’entre nous ne peuvent qu’imaginer : la rage originelle et même la méchanceté de MASSACRA. Cela n’empêche toutefois pas quelques embryons de pogos de se développer, notamment sur "Nearer From Death" et "Mortify Their Flesh".

Changement d’ambiance complet, sur la Blackwaters Stage, avec le concert suivant : les Finlandais d’ORANSSI PAZUZU proposent un black psychédélique, supposément trippant. Trop de contraste avec le groupe précédent sur l’affiche ? Trop de lumière ? Trop de soleil ? Pas assez de drogues (désolé, il n’était pas encore 18 heures) ? Reste que votre serviteur a trouvé impossible de vraiment rentrer dans ce set – et par conséquent d’en tirer le moindre commentaire pertinent.

Mais voilà MANILLA ROAD, sur la Sanctuary : presque 40 ans de carrière sous ce nom de groupe pour le guitariste américain Mark « The Shark » Shelton, et plus de quinze albums. Dans le lot, quelques riffs mythiques, dans la plus pure tradition heavy metal, comme ceux de "Necropolis" et de "The Riddle Master", qui portent très bien leur grosse trentaine d’années. Certainement pas le set le plus extrême de la journée, mais à en juger par les chœurs venus du public, MANILLA ROAD dispose encore d’une bonne fan-base en France. Un très grand moment de ce vendredi, servi sans aucune frime, mais avec beaucoup de métier et de charisme, par l’ensemble des musiciens.

Compte tenu de la nature particulièrement pointue de l’affiche, Metal Cunt a choisi de s’adjoindre les services d’un consultant de luxe, véritable encyclopédie du metal le plus extrême et artiste, ô combien dark, lui-même : Laurent Chambe, le chanteur de NEPHREN-KA, présent au FoS pour les séances de dédicaces organisées par son label, Kaotoxin, mais surtout pour voir des concerts.

Comme c’était la toute première fois que Laurent voyait VADER, la rédaction en profite pour lui donner la parole pour la première fois de ce report : « J’ai adoré ! Déjà "Wings" pour commencer ça sentait la setlist violente et ce fut le cas, avec également "Silent Empire" et "Carnal" dans le genre qui arrache les dents… Piotr efficace et visiblement en pleine forme et Spider qui gère grave, quel guitariste… Du bonheur version death metal ! » Voilà en effet qui semble résumer l’avis général des festivaliers qui ont assisté au set des Polonais, sur la Blackwaters stage.

Pensez qu’il n’est pas encore 20 heures quand la V.5 de RIOT investit la scène Sanctuary… Là encore, quarante ans d’histoire nous contemplent et avec des riffs comme ceux de "Johnny’s Back", "Metal Warrior" ou encore "Thundersteel", c’est effectivement une véritable émeute speed metal qui se déchaîne sur Torcy, alors que la nuit enveloppe la base de loisirs. Depuis trois groupes, les spectateurs du FoS prennent décidément très, très cher.

Avec SAMAEL, toutefois, cette belle série de torgnoles prend fin : le programme officiel du FoS promettait une setlist concentrée sur les trois premiers albums, les plus black, du groupe suisse. Or même si « Ceremony of Opposites » (1994) constitue effectivement l’épine dorsale du set, on conserve le sentiment d’assister à un set d’indus, plutôt incongru, uniforme et globalement chiant. Laurent, de NEPHREN-KA, est du même avis : « Depuis qu’ils font du RAMMSTEIN chanté en anglais, je ne suis pas fan : même les vieux morceaux sonnaient trop propre. ».

Pourtant, avec SAMAEL, on a au moins l’impression d’écouter de la musique… ce qui n’est pas le cas pour REVENGE, programmé dans la foulée sur la Sanctuary. Conçu ainsi ou pas, le son des canadiens est absolument dégueulasse, leur set rappelle uniformément l’ambiance sonore d’un abattoir porcin à l’heure de pointe et c’est à peu près tout ce qu’il y a à dire sur ce groupe.

Malheureusement, sur la Blackwaters, la soirée se poursuit avec un véritable accident industriel : un set lamentable de PARADISE LOST. Comme certains chroniqueurs peuvent être de parti pris pour n’avoir apprécié absolument aucune prestation de Nick Holmes et son orchestre depuis 1994 et un concert mémorable à l’Astoria 2 de Londres, prenons de nouveau l’avis de Laurent Chambe : « Dans la série des trucs qui servaient à rien, PARADISE LOST se posait là. Les vieux morceaux de « Gothic » faisaient pitié et Nick Holmes : une catastrophe – chant clair complètement faux et aucune puissance dans les chants death. ».

Il aurait été très dommage de terminer une si belle journée sur une telle fausse note. Seulement les Américains de WHIPLASH promènent leur speed/thrash depuis plus de 30 ans d’un bout à l’autre de la planète. Puisque la saison 2 de Narcos fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours, notons que le groupe de Tony Portaro a enregistré son plus récent clip au « Del Putas Fest » de Medellin, en Colombie… C’est dire si les mecs ne rigolent pas du tout et pour se figurer leur musique, on peut très bien imaginer l’engueulade du siècle entre Lemmy et Kerry King. C’est puissant, rapide et ça donne une ambiance souvent irrespirable, comme sur "Warmonger" ou "Burning of Atlanta", qui a conclu le set et cette très grosse première journée.

Tout le monde au lit maintenant et à très vite pour le compte rendu complet du samedi !