Fall Of Summer - Jour 2

Bienvenue au Fall of Summer (FoS), 3e du nom, le genre de festival où, après avoir bu des canons au bar VIP avec Ben Ward, le chanteur d’ORANGE GOBLIN, le vendredi soir, tu peux te réveiller le samedi matin en réalisant que c’est ton voisin de camping. Et là crois-le ou pas, mais t’inquiète que le mec a la tronche dans le cul aussi... Non, il n’est pas là pour un featuring, il débute simplement ses vacances françaises par un séjour à Torcy, en banlieue parisienne, où il compte bien profiter du copieux week-end proposé par la programmatrice Jessica Rozanes : du black, du death, du thrash, essentiellement mais pas uniquement ; comme d’habitude, il y a du groupe mythique, du groupe culte, du supergroupe, du groupe rare, du vieux groupe, du jeune groupe, du groupe décalé – pour tous les goûts à condition qu’ils soient extrêmes. Sans plus attendre, la revue de détail du samedi, signée Metal Cunt – avec une fois encore l’éclairage de Laurent Chambe, frontman de la formation Arverne NEPHREN-KA.

C’est à l’heure du brunch, comme de tradition, que les affaires reprennent, sur la plage. HELL MILITIA, les locaux de l’étape, sont en place. Une bonne tranche de « Gruiiiiik ! » bien black avec la première bière de la journée, ça passe tout seul. En tout cas ça réveille.


THE MONOLITH DEATHCULT ouvre le samedi sur la Sanctuary Stage. Laurent Chambe connaît bien le groupe : « J’avais un mince espoir sur une set-list axée sur les deux premiers albums, mais non, on a eu droit au cirque Pinder indus/death du dernier album… Clavier trop fort, son trop propre, c’était pas pour moi. » Pourtant, une oreille découvrant les Néerlandais pouvait se trouver charmée par la froideur clinique, la virtuosité et l’humour noir du death de TMDC – tout en contraste avec le soleil et le bitume, comme deux mâchoires d’un étau chauffé à blanc, autour du pit. Mais la température va encore monter.

Roses blanches et costumes de croque-mort, pour SKEPTICISM. Lourdeur et lenteur constituent le funeral doom des Finlandais. « LE groupe du festival » pour notre ami Laurent, qui ajoute : « bon ils n’avaient qu’une heure de set donc ils n’ont pu jouer que deux morceaux et demi, mais c’était fantastique. ». D’autres spectateurs ont pu mettre un bon quart d’heure à rentrer dans le trip, à comprendre ce qui leur arrivait, à tirer tout ce qu’il y a de jouissif de cette interminable complainte sépulcrale : certainement une expérience hors du commun et hors du temps.

PHAZM : les Nancéens sont étiquetés death n’roll, mais cette étiquette parait vite très étroite : il y a également des éléments black et des composantes thrash qui émanent de la Sanctuary. Beaucoup d’énergie et de conviction, aussi, chez Pierrick, Joss, Pol et Gorgor, mais après une petite demi-heure, on n’a plus l’impression d’entendre grand-chose de nouveau. Bonne découverte néanmoins.

Ensuite, c’est une page d’histoire de la NWOBHM qui s’offre aux spectateurs du FoS, sur la Blackwaters Stage : GRIM REAPER, emmené par son emblématique chanteur Steve Grimmett, donne son tout premier concert en France, après plus de 30 ans d’une carrière mouvementée et contrastée. Au cours de ce set à la patine classique, caractéristique de l’essence du genre, deux points d’orgue particuliers : une reprise de « Don’t Talk to Strangers » de Ronnie James Dio et surtout le morceau final du concert, « See You In Hell », au refrain si facile à entonner, si fédérateur… beaucoup de frissons, un grand moment : parmi les inoubliables pour tous ceux qui sont restés jusqu’aux ultimes larsens du concert de GRIM REAPER.

Le groupe suivant appelé sur la Sanctuary Stage, MEMORIAM, était très attendu. Composé de Karl Willetts et Andy Whale, le chanteur et l’ancien batteur de BOLT THROWER, ainsi que du guitariste Scott Fairfax (CEREBRAL FIX) et du bassiste Frank Healy (BENEDICTION), MEMORIAM se présentait au FoS avec seulement deux morceaux originaux, disponibles depuis quelques mois sur un vinyle 7’’. Verdict de Laurent Chambe : « Déception : j’attendais les nouveaux BOLT THROWER, j’ai eu du ASPHYX de troisième zone. Riffing mou et chiant, pseudo parties doom/death qui ne prennent pas, aucun riff marquant. Il manque vraiment un truc. » Pourtant, « War Rages On » et « Resistance », les deux morceaux du single de MEMORIAM, ainsi que quelques reprises de BOLT THROWER, parmi lesquelles « Spearhead », notamment, sont livrées avec métier, puissance et précision. Comme on le sait, depuis lors, BOLT THROWER a annoncé sa dissolution définitive, le jour anniversaire du décès du batteur Martin Kearns, le 14 septembre dernier. Alors il faudra bien se contenter de MEMORIAM

Retour sur la plage pour partir à la rencontre de NIFELHEIM, le projet fou des jumeaux suédois Gustavsson : Hellbutcher (Per, au chant) et Tyrant (Erik, à la basse). Un décorum extraordinaire, tout de cuir et de (très longs) clous, des riffs obsédants, des morceaux intitulés « Bestial Rites », « Satanic Sacrifice » ou encore « Sodomizer », le tout servi par des showmen hors du commun et un son excellent : globalement une grosse, une énorme tarte black/thrash dans la gueule, qui a fait à peu près l’unanimité parmi les spectateurs du FoS qui s’étaient laissés tenter. La preuve : malgré une chaleur toujours plus écrasante, c’est presque vraiment enfin le bordel intégral sur la plage.

DEAD CONGREGATION enchaîne, sur la Sanctuary : pas facile de passer derrière les trolls démoniaques suédois… Et pourtant, les Grecs vont relever le défi, haut la main ! Leur death metal vire sur le prog, mais sans rien concéder en termes de violence. La set-list passe en revue l’histoire du groupe, de l’EP « Purifying Consecrated Ground » (2005) au chef d’œuvre « Promulgation of the Fall » (2014) en passant par l’album « Graves of the Archangels » (2008). Seule déception, comme souvent, de plus en plus souvent : le silence de mort entre les morceaux, celui d’un public blasé ou fatigué ? Dans ce grand vide intersidéral, c’est à peine si l’on ose, seul, gueuler un coup pour encourager les musiciens, de peur de paraître incongru (ou bourré – ben oui, il est même pas 19 heures)… C’est quand même bien dommage.

Après ces deux immenses sets aux points forts très différents, mais très distinctifs, le concert suivant, celui d’EXCITER et leur batteur/chanteur sort moins de l’ordinaire… Pas désagréable du tout, ce speed old school affiche quelques très bons riffs, mais le spectateur moyen du FoS est sans doute devenu un peu plus difficile dans l’espace de l’après-midi qui se termine… Et puis il faut bien reprendre son souffle.

Pour parler d’UNLEASHED, laissons la parole à Laurent Chambe, un habitué de la bande à Johnny Hedlund : « [de toutes celles que j’ai vues] c’était leur meilleure prestation, que ce soit l’attitude sur scène ou la setlist. Les vieux morceaux étaient accélérés à mort, notamment « To Asgaard We Fly » et même quand ils choisissent un titre d’un mauvais album, ils prennent le seul qui défonce tout : « Legal Rapes ». On notera aussi « Hammer Battalion » : taillé pour la scène ce putain de morceau ! ». Bref, les death Vikings Suédois ont ravi leurs fans – et c’est tant mieux, parce qu’ils se font quand même de plus en plus rares…

Et voilà l’OVNI du FoS. La nuit est tombée, désormais, et Claudio Simonetti’s GOBLIN vient nimber la plage de son ambiance de onirique. Blottie contre la crash-barrier, une demoiselle dort paisiblement, entourée de quelques festivaliers qui veillent sur elle et protègent son sommeil. Tout près, Neudi, le batteur de MANILLA ROAD (qui a joué la veille sur l’autre scène) est excité comme un collégien : des années qu’il attend de voir GOBLIN sur scène. Il n’a pas été déçu : Simonetti et ses complices ont livré une prestation de très haute tenue, comme une longue comptine cauchemardesque avec pour point d’orgue la célébrissime bande originale du film Suspiria, de Dario Argento – sans parler de l’apparition d’une danseuse charmante et très peu vêtue en fin de set.

Puis SHINING (Suède) a joué sur la Sanctuary, mené par un Niklas Kvarforth qui ne s’est embrouillé avec personne, pour une fois…

Dernier concert sur la plage, avec SATYRICON. A l’occasion des 20 ans de la sortie de « Nemesis Divina », les Norvégiens ont joué l’intégralité de cet album culte, en modifiant toutefois l’ordre des morceaux. Un véritable voyage dans le temps, en compagnie d’un Satyr et d’un Frost au mieux de leur forme : un must !

Enfin, c’est aux Allemands de TANKARD qu’il revenait de clore cette troisième édition du Fall of Summer, dont chacun espère qu’elle ne sera pas la dernière. Avec Gerre et ses potes, jamais de surprise, jamais de déception : c’est thrash et bière à tous les étages, pour une grosse folie jubilatoire autour de titres comme « The Morning After », « R.I.B. (Rest in Beer) » ou encore « A Girl Called Cerveza ». Une manière parfaite de mettre un point final à deux journées riches, intenses, variées, très fatigantes, mais tellement enthousiasmantes !

Merci à Jessica Rozanes pour sa programmation toujours au top, ainsi qu’à l’équipe presse du FoS pour les accréditations et à Laurent, de NEPHREN-KA, pour ses sympathiques et doctes commentaires – et on croise les doigts pour le Fall of Summer 2017 !