Fleshdoll - Blood Red District

Quand France Gall chantait « Poupée De Cire, Poupée De Son », la formation Toulousaine Fleshdoll interprétait « Poupée De Chair ». Trêve de plaisanterie ! Il s’agit bien là d’un nouvel album dont je vais compter l’existence. Avec déjà trois excellents albums: W.O.A.R.G., Animal Factory, Feeding The Pigs, Fleshdoll confirme sa bonne santé en publiant son quatrième disque en dix ans d’existence, production qui porte le fin nom de Blood Red District. Et inutile de vous dire que le skeud est digne d'une telle appellation ! 

Commenter un album de Death Brutal Technique peut s’avérer une tâche compliquée. Il faut être sensible à toutes les formes de technicités appliquées. Mais la virtuosité ne rend pas forcément un album bon. Il faut savoir allier dextérité et émotions, ce qui n’est jamais évident. Néanmoins, Fleshdoll s’en est très bien sorti et ce dès l’introduction « 2084 ». Un morceau qui aurait suscité l'intérêt de l’auteur de 1984, George Orwell. Il aurait été fier de ce digne successeur car il a, non seulement le mérite d’ouvrir un nouveau chapitre du groupe, mais aussi de rendre compte des nouveaux fantasmes de Fleshdoll

Le groupe pourtant estampillé de Death Brutal n'a pas oublié pas de donner naissance à de nombreuses mélodies comme celles de « World On Terror » pendant lequel les tappings à répétition évoquent la schizophrénie et l’angoisse. Des Lieds vicieux s’invitent également dans le titre « Dogs On Drugs » où les solos souvent lents et engourdis sont balayés par les blast-beats. De la mélodie ? Il y a en aura aussi dans « The Cave ». Cet avant dernier essai mettra surement dans la poche les addicts de finesse mélangée à une agressivité pure et simple. Mais dire qu’il s’agit seulement d’une boucherie serait inutile. Tout se joue dans la finesse des compositions. Ces douceurs nous laissent même apprécier la basse grasse mise en exergue dans « Soundtrack To Extinction ».

L’originalité du jeu de batterie est sûrement le gros point fort de cet opus. Écoutez par exemple le morceau éponyme « Blood Red District » qui illustre une grosse partie des capacités de Michael. Jongler avec les variations de rythmiques à double pédale a l’air pourtant si évident mais relève d’un jeu de jambe à faire rougir les apprenti-batteurs. Des percussions sûrement indispensables pour rendre appréciables les allers retours et les riffs lacunaires des deux guitaristes, Pat et Chili. Même si les parties vocales sont assez banales en-soi dans Blood Red District, elles montrent un Bastich à l'aise qui fait profiter les fans de chants gutturaux grâce à ses cris qui entrent en cacophonie avec les rythmiques cyniques lentes de « Blind Winter Light ».

Quand « I.A.M (In Articulo Mortis) » fera échapper une violence sûrement refoulée pendant des années dans un coin obscur, « Blind Winter Light » proposera une musique plus atmosphérique et froide ultra progressive mise en avant par la précision de la batterie. Le basse languissante de Judas vite accompagnée par les guitares affaiblies par une distorsion minime est l’ambassadeur de la frustration des journées d’Hiver semblables à de funestes fantasmes. L’album suit donc une logique car les morceaux s’enchainent de manière raisonnée. 

Mais ce n’est pas suffisant pour faire de cette production un concept-album. Et ce serait même ampoulé de le considérer ainsi. Néanmoins, l’homogénéité des morceaux peut nous amener à dire le contraire ! La faute à un agencement de titres pour le moins rigoureux. Ça passe de morceaux plus agressifs à d’autres plus ambiants et vice-versa. « The Cave » et « Maelström » qui concluent l’album en beauté illustrent bien la cohésion des différentes émotions véhiculées lors de ce voyage !    

La principale crainte d’avoir à chroniquer un album plat uniquement motivé par la démonstration d’une technicité s’est effacée au long de son écoute. Le groupe a réussi à incorporer ce « petit truc en plus » qui a fait de Blood Red District une oeuvre de qualité. Même si la Poupée De Chair ne renouvèle pas le genre en soi, elle a compris l’intérêt d’une telle musique. Et cela inaugure du très bon pour la suite de la carrière des Toulousains.