Full of Hell - Trumpeting Ecstasy


Pour beaucoup, le retour de la petite bande d'américains de Full of Hell signifie le retour d'un des groupes les plus en avance et imprévisible du Grindcore. En effet, le groupe n'a cessé, tout au long de sa jeune mais prolifique existence, d'expérimenter et d'explorer toujours plus loin dans la fusion des genres les plus extrêmes de notre musique et le moins que l'on puisse dire, c'est que la sortie de Trumpeting Ecstasy le 5 mai 2017 ne marque en aucun cas la fin de cette tendance et en marque peut-être, du moins pour l'instant, le point culminant.

Line-up:

- Dylan Walker au chant et aux effets
- Spencer Hazard à la guitare
- Dave Bland à la batterie
- Sam DiGristine au chant et aux grosses cordes

C'est en 2009 que Full of Hell dont les membres sont originaires du Maryland et de Pennsylvanie et comptaient, jusqu'en 2015, le membre fondateur et bassiste Brandon Brown, se forme et sort, en 2011, leur premier album Roots of Earth Are Consuming My Home. Aujourd'hui, 6 ans et 3 albums (en comptant les colabs), 7 EPs et 6 Splits (dont 1 avec Nails en 2016) plus tard, les Experimentboys du Grindcore reviennent avec Trumpeting Ecstasy, leur cinquième album.

Après une intro samplée,rappellant vite celle de You Will Never Be One of Us de Nails sortie quelques mois plus tôt, l'album enchaîne avec un déferlement de violence et de rapidité propres à leur musique. Celle-ci se base essentiellement sur des instrumentales très typées Black Metal de tout sous genre, blast beat et tremolo pickings suraigus étant ici légion. Cependant, ceux-ci se font tantôt chaotiques et menaçants, comme sur Bound Sphinx, le rapprochant d'un morceau de Post Black de Regarde les Hommes tomber par exemple (principalement sur leur premier album éponyme), tantôt forment des nappes proches de ce que l'on peut trouver chez Al-Namrood, comme avec le morceau The Cosmic Vein et enfin tantôt groovy, créant une hybridation punk/black déjà présente chez des groupes tels que Tsjuder ou encore Dark Thrones, parfois flirtant même avec le crust. Le chant oscille lui entre Grunt typé Black (proche de n'importe quel chanteur du style) et Growl typé death se rapprochant lui du chant de Glen Benton de Deicide.

Bien que ce patern de chant Grunt/Growl sur instrumentales Black soit présent tout le long de l'album (qui affiche 22 minutes au total), celui-ci réussi tout de même le tour de force de créer des changements très fréquents dans la composition des morceaux et même si ceux-ci sont très cours. Ils incorporent par exemple des influences de Death Metal à la Deicide sur The Cosmic Vein ou Digital Prison, de Grindcore sur Deluminate et également de nombreux effets et de samples me rappelant la manie du groupe Aborted qui multiplie les extraits de films d'horreur entre presque chaque morceaux et ceux sur tous leurs albums. Enfin, je ne pouvais pas passer à côté du morceau éponyme de cet album et de son guest Nicole Dollanganger (chanteuse et compositrice canadienne) qui nous offre un véritable ovni, même au sein de ce type d'album. Un chant clair, doux et aérien (quoi que légèrement inquiètent) venant se poser sur du Drone aux guitares surmodifiées proches du simple bourdonnement et aux percussions martiales et plus que lourdes. Ce chant est plongé dans la révèrbe et doublé en murmure par une voix d'homme (probablement celle du chanteur), le chant Growl surgissant parfois, créant un dialogue entre les deux styles de chant.

Pour résumer, le cinquième album de Full of Hell constitue, pour l'heure, leur album le plus abouti en termes de fusion et de technique. Cependant, à mon sens ce n'est pas les déchanements purs de puissance que certains décrivent, l'album est violent certes mais bien moins que d'autres groupes gravitant autour de Full of Hell tel que Code Orange ou Nails. Légérement coincé entre plusieurs styles, Trumpeting Ecstasy n'arrive pas vraiment à choisir entre une haine Black, un déchainement Grindcore ou une brutalité Death. Peut-être est-ce dû aux nombreuses variations au sein des morceaux couplets à leur faible longueur mais l'album ne réussit pas vraiment à développer une puissance qui pourrait être capable de réellement mettre n'importe qui par terre. Un album donc extrêmement interessant par son originalité mais qui manque peut-être encore un peu de punch.