Avantasia - Ghostlights

Tobias Sammet n'a pas encore 40 ans mais il a déjà sorti dix albums avec Edguy et désormais six albums avec Avantasia. On trouve peu de musiciens aussi prolifiques. Certes la qualité de certaines offrandes fut parfois discutable ou inégale mais Tobias est un artiste qui se laisse porter par son enthousiasme et son hyper-activité. C'est bien simple, il ne tient pas en place cinq secondes.

Avec The Mystery Of Time paru en 2013, Tobi avait évité de nous sortir son discours habituel qui dit qu'il ne sait pas si Avantasia continuera ou pas. Il était cette fois-ci certain que l'album aurait une suite, la question était simplement de savoir quand celle-ci allait arriver. 
 
The Mystery Of Time était un bon album mais qui manquait d'un véritable tube comme "Dying For An Angel" ou "Lost In Space", il manquait en fait tout simplement de refrains marquants. Avec Ghostlights, le single paru avant la sortie de l'album nous a rassuré immédiatement. "Mystery Of A Blood Red Rose", lorgnant très largement du côté de Meat Loaf (l'imposant chanteur aurait du apparaître sur ce titre), est un tube en puissance dont le refrain rentre immédiatement en tête. Ce morceau amène au passage la première polémique liée à l'album puisque Avantasia participera aux qualifications allemandes de l'Eurovision avec cette chanson. Une décision qui n'a pas fini de faire grincer les dents des fans, qui voient décidément le mal partout. Sammet l'a précisé lui même, il n'est pas confortable à l'idée de mettre sa musique en compétition avec celle d'autres artistes mais la vitrine qu'offre un tel crochet télévisé est juste trop forte pour être refusée. 
 
Pour en revenir purement à Ghostlights, ce sixième album nous offre une nouvelle fois pléthore d'invités comme les abonnés Michael Kiske et Bob Catley, répondant toujours présent à l'appel de Tobi ainsi que les retours de Jorn Lande et surtout de Sharon Den Adel, qui n'était plus apparue depuis The Metal Opera Part II, soit depuis une quinzaine d'année. Comme toujours, il y a de belles surprises comme les participations de Dee Snider (Twisted Sister) et Geoff Tate (Queensryche) que je considère personnellement comme des légendes du genre. En voilà donc deux de plus à mettre au tableau de chasse déjà bien fourni d'Avantasia.
 
Ghostlights est assez "touffu", environ 72 minutes de musique pour 13 titres. Certes, cela se fait encore mais de moins en moins puisque les albums au "format vinyle" redeviennent à la mode et que l'auditeur a du mal à rester concentré plus d'un certain temps. Heureusement, l'album est fort varié ce qui lui permet de ne pas lasser. La preuve, même les 12 minutes de "Let The Storm Descend Upon You" (second titre de la galette) passent comme une lettre à la poste.
 
Evidemment les deux titres les plus attendus de la galette sont sans doute ceux en compagnie de Dee Snider et Geoff Tate. "The Haunting" en compagnie de Snider est une véritable réussite et s'inscrit dans la droite lignée de "The Toy Master" avec Alice Cooper (The Scarecrow) et "Death Is Just A Feeling" avec Jon Oliva (The Wicked Symphony). "Seduction Of Decay" est également de très bonne facture, à tel point que l'on se demande si il ne s'agit pas là du meilleur titre enregistré par le chanteur de Seattle depuis bien longtemps. On remarquera également, à l'écoute de cette chanson, que Tate a eu sans aucun doute une très grande influence sur Sammet, même si celui-ci affirme que Michael Kiske reste sa référence absolue.
 
Ghostlights arrive également à nous surprendre le temps de quelques titres, ce qui n'était plus vraiment arrivé depuis un moment sur un album de Tobi. En effet, "Draconian Love" (avec Herbie Langhans) n'a nul autre pareil dans la discographie du lutin allemand, puisque le morceau flirte avec le style gothique. Mention spéciale également à "Master Of The Pendulum", très entraînant et heavy où la voix de Marco Hietala est reconnaissable immédiatement.
 
Alors évidemment, nous avons également droit à des moments classiques d'Avantasia avec la ballade à voix féminine "Isle Of Evermore" (Sharon Den Adel), où les envolées lyriques de Michael Kiske sur "Ghostlights". Bob Catley donne lui aussi dans un registre qu'on lui connaît bien le temps de "A Restless Heart And Obsidian Skies". Il serait tout de même intéressant à l'avenir de le voir évoluer dans un registre différent même si sa prestation ne souffre d'aucun reproche. 
 
Alors inutile de rentrer plus en détails dans chacun des titres de l'album, vous l'aurez compris, Ghostlights est un très bon album, peut-être même le meilleur d'Avantasia depuis The Scarecrow et gomme les quelques défauts présents sur The Mystery Of Time. Il affiche une efficacité retrouvée au niveau des refrains et arrive même à nous surprendre le temps de quelques morceaux alors qu'on se demandait si, à cause de sa surproductivité, Tobias n'avait pas déjà tout dit. Quelques nouvelles influences et surtout de très belles prestations de la part de tous les invités nous auront fait changer d'avis !
 
Il ne reste maintenant plus qu'à prendre rendez-vous avec la formation sur sa prochaine tournée, qui passera pour la première fois dans une salle de l'Hexagone (au Trianon à Paris le 9 mars). Les concerts d'Avantasia étant rares, il s'agit d'une occasion à ne pas manquer, d'autant plus que Sammet et les siens joueront environ 3 heures et que le line-up (Michael Kiske, Bob Catley, Ronnie Atkins, Eric Martin, Amanda Sommerville...) et plus qu'alléchant. De grands moments en perspective.