Gone Is Gone - Echolocation

Seulement six mois après son premier éponyme très prometteur, le side project Gone Is Gone composé des membres de Mastodon, d'At The Drive In ainsi que de Queens Of The Stone Age revient avec un premier album abouti Echolocation. Tout en perpétuant les sonorités expérimentales déjà sillonnées sur Gone Is Gone, le groupe américain poursuit sa quête d'absolu musical en établissant une signature hypnotique. 

Line-up:

Troy Sanders (chant, basse)
Troy Van Leeuwen (guitariste)
Tony Hajjar (bassiste)
Mike Zarin (multi-instrumentiste)

 C'est avec surprise et dans la bonne humeur que nous découvrons seulement quelques mois après le premier EP de Gone Is Gone leur tant attendu nouvel album Echolocation. Les quelques pistes sonores que nous avions pu découvrir mêlaient shoegaze, sludge brumeux et stoner énergique, le tout agrémenté d'une atmosphère énigmatique digne d'un des films dont Mike Zarin aurait fait la musique. Echolocation promet un voyage halluciné dans la continuité des premières chansons du groupe tout en affirmant sa langueur mélodique. 

L'album nous contamine de son ivresse vaporeuse dès "Sentient." Cette première piste se déploie sous la voix langoureuse et ferme de Sanders, un peu à la manière d'un Trent Reznor lorsqu'il susurre. L'atmosphère s'imprègne d'un son shoegaze avant de très rapidement faire retentir l'aspect sludge et lancinant que les guitares font planer. Chez "Gift" on retrouve la patte de Queens Of The Stone Age qui fait de cette pépite la plus stoner et probablement la plus énergique de l'album dans ses mélodies évidentes et entraînantes, sans fioritures. La basse lourde appuie sur les rugosités du morceau afin de mettre en avant les notes rocailleuses. Avec ses riffs massifs, "Resurge" effectue un retour vers la planète pesante du sludge. La manière de chanter ainsi que l'ambiance ténébreuse peuvent vaguement faire songer à quelques artistes issus de la scène death rock des années 80 mais lorsque les instruments ploient sous la distorsion brumeuse on songe plus à Deftones ou Nine Inch Nails. La mélodie de "Dublin" est résolument shoegaze grâce à sa réverbération au tempo démesurément sensuel, à l'instar de certaines productions de My Bloody Valentine. A l'écoute des paroles "and you lost yourself", il n'y a guère d'autre possibilité que de se perdre dans cette atmosphère qui se décante peu à peu jusqu'au point de non-retour. La voix de Troy Sanders se fait plus heavy sur "Ornament" ainsi que les riffs primitifs qui octroient un aspect tribal à la chanson. La réverbération se déploie comme une obsession tout au long de la chanson dans une ambiance très métallique où la basse domine le morceau et le transporte là où elle le désire. L'évolution progressive de cette piste confirme le désir du groupe d'épouser les contours de la musique avec le plus grand éclectisme. 

Le voyage initié par Echolocation se poursuit avec "Pawns" dôté d'une intro rigide où la batterie s'insurge. La distorsion dynamite les notes accrocheuses dès la première écoute. Comme le scande Sanders dans ses paroles, il n'y a pas de contrôle et c'est ce qui aguiche dans l'univers musical de Gone Is Gone si particulier. La seconde partie de la chanson se perd dans un shoegaze psychédélique qui se noie sous les larsens. "Colourfade" s'enlise dans une mélancolie sophistiquée par un chant décanté qui monte en puissance au fur et à mesure que les fûts le guident. La basse swingue au coeur de cette apogée synesthétique où les couleurs s'évanouissent dans les sonorités. A ce tableau musical succède une délicieuse reprise de Portishead qui n'est autre que celle de "Roads". L'ambiance très épurée se retient d'exploser alors que le chant est auréolé par un tumulte sensuel et désespéré. Les américains nous surprennent encore avec deux pistes qui ne sont en réalité que les deux faces d'une seule et même chanson interprétée sur des tempos différents: il s'agit de "Slow Awakening" et de "Fast Awakening". La première version fait retentir des guitares hallucinées qui prennent le temps de s'incarner psychédéliquement pas à pas et à l'aide de sonorités indus un peu étouffantes tandis que la seconde version opte pour un tempo beaucoup plus rapide et sonne de manière plus sale, éraillée au possible. Ces deux adaptations démontrent à quel point le tempo peut s'avérer primordial lorsqu'il s'agit de soigner l'atmosphère d'un univers. L'avant dernier morceau remet un peu d'ordre parmi la chaos avec la ballade "Resolve", témoin d'un onirisme envoûtant. La traversée de l'opus s'achève sur le concluant "Echolocation" qui porte son titre à ravir car son echo traverse l'espace en se sublimant à travers l'obscurité et la lumière corrélés dans un univers ajusté à l'octave près. 

Les auditeurs qui ont apprécié Gone Is Gone se régaleront en écoutant Echolocation qui se fait le réceptacle d'une expérience musicale fastueuse où les chansons de Gone Is Gone constituent d'innombrables odes souterraines pour découvrir et redécouvrir la puissance d'un album où aucune note n'est laissée au hasard.