Holding Sand - A Life Worth Memoirs

Holding Sand est un quintet originaire de Tours qui produit un son jonglant entre rock et post-hardcore. Depuis le début de son activité en 2007, le groupe a à son actif deux éponymes EBB & Flow ainsi qu'On Sleepless Nights. En 2012, le premier album Some Things Are Better Left Unsaid paraît, et en 2015 c'est l'opus de la consécration qui sort sous la houlette de Francis Caste (Bukoswski, Lazy, Zuul FX, Cowards) : A Life Worth Memoirs.

 

Line-up:

Clément Horvarth (Chant)

Franck Grison (Guitare)

Quentin Dabouis (Batterie)

Coralie Fumard (Basse)

Cyril Faichaud (Guitare, Choeurs)

Avec A Life Worth Memoirs, c'est un grand pas en avant qui s'accomplit pour Holding Sand. Après le départ de Matthieu Jacquet à la guitare remplacé par Cyril Faichaud, le quintet revient avec force, inspiration et des riffs plus raffinés et aiguisés que jamais. Dans le documentaire The Long Road: A Life Worth Memoirs, les tourangeaux nous expliquent le concept de cette nouvelle production. Le personnage représenté sur la jacquette du CD ainsi que dans le premier clip "Hell-Bent" – incarné par Thomas Duguet, ami et plus vieux fan du groupe – se croit invicible mais découvre qu'il est malade et va mourir. L'album est scindé en un tryptique faisant écho à chacune de ses étapes qui sont aérées par des instrumentaux.

Le premier titre éponyme "A Life Worth Memoirs" est très planant, aérien et laisse présager le désastre à venir. D'une extrême mélancolie, ce morceau est doté d'une puissance égale à l'interlude "Red Hypergiant" dont Architects a doté son dernier album (ndlr: Lost Forever, Lost Together). Le second " Just Make Me a F***ing Sandwich" offre à son auditeur des rythmes très travaillés pour un screamo de qualité. Le chant clair comme le growl sont maîtrisés à la perfection. Le premier clip "Hell-Bent" (dont la traduction litérale est "acharné") dispose de paroles qui plongent un peu plus l'auditeur, au fur et à mesure de l'album, dans le destin funeste d'un homme qui ne veut pas lâcher prise " I'll never lose the tie, I'm not a looser". "Merry-go-round" laisse place à une intro où la basse prédomine, surélévée par des riffs planants. Les cris sont languissants et la batterie enflammée propage un désespoir sur la situation du malade.

Le deuxième instrumental "Worn Out" est un interlude riche qui fait passer le fan par toutes les humeurs, de la passivité à l'agression la plus extrême. La batterie insuffle un tempo, un compte à rebours reflétant les jours désormais comptés du protagoniste. Puis ces derniers laissent place à une démesure due à l'implosion totale des instruments. " Meat Locker" est une pépite fougueuse où les notes s'allient pourtant avec solennité. Le chant un peu happy-hardcore, détonne par moments avec le désespoir du son, prouvant alors la large palette vocale de Clément (ndlr: Horvarth). Après "Wreck", témoin de désespoir et de rage, "Denial, Anger, Bargaining, Depression, Acceptance" reflète un peu plus la démence du héros. Son refrain extrêmement efficace ne pourra plus vous sortir de l'esprit, ses paroles nous plongent en effet dans une claustrophobie ambiante "I can see the wall closing in, this room is getting smaller". La trompette qui s'invite en milieu de morceau, instrument peu répandu dans le post hardcore, apporte un côté orchestral très émotif et éclectique.

Le troisième et dernier instrumental "Lights Out" signe le passage entre la maladie et la mort. Très lent et ambiant, ce morceau d'une mélancolie extrême achève l'ouverture des plaies béantes de notre personnage. L'avant dernier titre, "Farewell", teinté d'une atmosphère rock, incarne l'adieu du personnage à sa femme et ce avec autant d'intensité que de tristesse. Avec "Whimpers & Screams" les français se hissent au niveau de Lost Forever Lost Together, la dernière production d'Architects. En conclusion, "Forever Yours", apporte un message positif grâce à son ouverture, laissant ainsi à chacun la possibilité de s'identifier à cette histoire. L'ajout du violoncelle rend le final majestueux et symphonique.

Chaque année, chaque pays a son cru en matière de post-hardcore. En France, en 2015, il s'agit de A Life Worth Memoirs.

A Life Worth Memoirs nous révèle Holding Sand sous un tout nouveau jour. Nous n'avons plus affaire à un énième groupe surfant sur une vague screamo à la mode mais à un combo qui s'affirme et s'enracine dans un style fin et professionnel. Une grande maturité se dégage de ce nouvel opus grâce à un travail aussi bien conceptuel qu'instrumental. Ce récit sombre et négatif recèle en réalité un message positif et universel qui nous invite à profiter de la vie tant qu'elle nous est donnée. Belle réflexion à developper en musique.