Live Report - Ghost - Le Splendid - Lille - 01/02/2016

Ce n’est pas nouveau, les couples modèles vont à la messe tous les dimanches. Et comme tout bon croyant, François Lampin et Axl Meu n’ont pas manqué leur rendez-vous hebdomadaire… Eh oui, malgré leurs faux airs de débauché, ils se confessent régulièrement. À croire qu’ils y prennent du plaisir… Mais avant de communier, il leur a fallu prendre leur mal en patience. Les suédois de Dead Soul ont eu la lourde tâche d’ouvrir les festivités. 

L’incompréhension règne dans la salle quand les Dead Soul se présentent au public lillois. Où est le batteur ? Où est le bassiste ? À vrai dire, il n’y en a pas ! Et c’est cela qui fait la particularité de cette formation. La section rythmique a été remplacée par des samplers pour le moins originaux et variés.

Et quoi que l’on puisse dire, ceux qui font l’effort de s’ouvrir à d’autres styles musicaux ont apprécié la musique du trio à sa juste valeur. « They Will Play » et « Home By The Sea » installent une ambiance assez particulière dans la salle. Les sonorités crues dégagées par les deux guitares mettent le public en transe. C’est une sorte d’électro-pop influencée par la musique des meilleurs Westerns. 

Ces nombreuses influences ont débouché sur des titres comme « The Fool », un titre issu de l’album The Sheltering Sky. Ce titre est relativement bien accueilli par le public. Pourquoi ? L’aspect progressif de son refrain et la voix d’Anders Landelius s’associent parfaitement à l’image que le groupe veut donner. Le crooner se la joue à l’américaine avec son bon vieux chapeau et assure dès le premier morceau de la soirée, « They Will Pay ».

Dead Soul a également tâché de mettre en avant ce qui rend sa musique exceptionnelle. Les sonorités électroniques présentes sur « Lost My Will » et « Burn Forever » de l'album In The Darkness n’y sont pas pour rien. Ces tranches prennent une autre dimension sur scène. 

Toutefois, même si le show est honnête, leurs morceaux n’ont pas été assez mis en valeur… La scénographie était tout sauf exemplaire: les lights étaient très agressives, le son, brouillon et le jeu de scène, très sommaire. Pire encore, les propos d’Anders Landelius étaient assez racoleurs, de quoi rebuter le public… Le constat est donc amer pour les Dead Soul. Conséquence: les pèlerins étaient doublement plus impatients de se recueillir devant leur Pape. 

C’est un fait ! La messe avait bien commencé avant que le Pape ne fasse son apparition ! Les bandes sonores se mélangent aux bâtons d’encens brûlés. Les psaumes « Misere Mei, Deus » (Gregorio Allegri) et « Maked Ball » (Jocelyn Pook) installent une ambiance pieuse. Les fidèles ne tiennent plus en place et la foule s’entasse dans l’ancienne salle de cinéma, rebaptisée en église le temps d’une soirée. Tout était prêt… Mais personne ne s’attendait à ce qu’un phénomène paranormal ne perturbe la cérémonie…

Et si le Splendid était hanté ? Tout le peuple de Lille l’a vu et pourtant personne n’est capable de dire d’où il vient ! Tout ce dont on se souvient, c’est qu’il est apparu après que ses serviteurs, les Nameless Ghouls, aient joué l’introduction de « Spirit », le premier mouvement du cantique délivré ce soir. La réincarnation maléfique de Jean Paul II, Papa Emeritus III, chante les oracles issus de son nouveau testament, Meliora, et de ses testaments plus anciens, Opus Eponymous et Infestissumam. Mais d’où vient-il ? 

Pourtant, tout le monde sait et assure qu’il n’est pas humain. On le voit très bien, il est agréablement mis en valeur par les lumières ! La régie identifie bien le phénomène quand ses chants rencontrent les notes tapées de « From The Pinnacle To The Pit ». 

Le doute n’est plus permis, cette créature est bel et bien démoniaque. Elle se sert des nombreux faisceaux lumineux pour envouter sa paroisse. « Con Clavi Con Dio » et « Per Aspera Ad Inferi » pervertissent la fosse jusqu’à l’irréparable… Les croyants placés aux barrières ont même été baptisés ! Ces diseuses de bonnes aventures, appelées les nonnes par le spectre, ont servi le Corps et le Sang du Christ en guise d’hospitalité pendant « Body and Blood ».

Ainsi, ce sont différentes formes de folie qui se sont emparées de nos amis les paroissiens… Quelques aliénés, certainement pris par l’envie d’imiter Jésus-Christ marchant sur l’eau, se sont mis à naviguer sur la foule ! D’autres cas de crises aiguës ont été recensés. Pourquoi ces hommes, pourtant pieux de nature, se sont-ils mis à psalmodier tous ces hymnes païens ? Ils sont nombreux à chanter et à célébrer le Diable sur « Devil Church » et « Year Zero ». Malheureusement, ces enchantements se sont enchainés sans que nous ayons eu le temps de les contrecarrer.

Et le fantôme n’est pas en manque de subterfuges pour corrompre le reste de ses détracteurs ! Souvent, il arpentait la scène avec son encensoir pour les hypnotiser… Le constat est affligeant, le blasphémateur est un expert en la matière. Il n’hésite pas à manipuler les lillois grâce aux refrains mielleux de « Year Zero », « Cirice » et « Per Aspera Ad Inferi ». Une fois que la première partie de la cérémonie touche à sa fin, le spectre disparaît…

« Spöksonat » ou le second acte de cette pièce de théâtre. Qui dit nouvel acte, dit changement de costume. Le prêcheur a troqué ses accoutrements de Pape au profit d’une simple redingote pour ne pas lasser la foule. Autre choix stratégique, il a interprété « He Is » et ré-arrangé « If You Have Ghosts » en version acoustique pour amadouer les éternels insatisfaits. 

Papa Emeritus III maitrise le langage des humains. À plusieurs reprises, il fait preuve d’une rhétorique exemplaire quand il s’exprime en anglais. « If You Have Ghosts » a été l’occasion de présenter quelques uns de ses serviteurs. Il paraît même que son bassiste est un guitariste remarquable… Les Nameless Ghouls sont tous des interprètes accomplis. En effet, ils ne se contentent pas seulement de jouer leurs morceaux. Comme les cardinaux, ils sont au service de leur protecteur et respectent une mise en scène ordonnée et réfléchie. Elle a pour but d’installer une ambiance mystique et malsaine à la fois pendant « Ghuleh/Zombie Queen » et « Ritual », les deux morceaux qui marquent la fin du dernier acte. 

Mais ce n’est pas tout. L'illusionniste revient sur scène et prend le temps de s’adresser au public une dernière fois: « Vous connaissez tous ce morceau ! On a l’habitude de finir notre concert avec celle-ci » déclare t-il. Les vrais auront compris, c'est de « Monstrance Clock » dont il est question. Et bien sûr, comme à chacune de ses performances, le Pape raconte le rapport entre cette chanson et cette fameuse sensation que ressentent les femmes à la fin de leurs ébats sexuels. Seigneur Dieu…  

« Come Together, For Lucifer’s Son »… Le pouvoir des protagonistes sur scène est sans limite. Et si Ghost voulait tout simplement unir les gens en cassant les barrières du genre ? D’autant plus que leurs partisans ne se ressemblent pas. Elle est bien là la force de la musique de Ghost. Elle est universelle. Quand certains sont vêtus de veste à patchs, d’autres sont visiblement forts d’une autre culture musicale. Quoi qu’il en soit, tous était là pour célébrer LA musique. 

Les protagonistes partent, la lumière refait surface, l’illusion a touché à sa fin. Ghost a réussi à purger en une soirée l’ensemble des fans présents dans la salle. Plus qu’un concert, ce spectacle a uni toute une communauté. Désormais, nous comprenons pourquoi le groupe déchaîne les passions. Ghost n'est plus le groupe du moment comme on aimait le dire... Non ! Ghost s’illustre aujourd’hui comme une des futures références du Shock Rock. Un peu de sang neuf n’est pas de refus. La messe est dite. Amen.