Interview - Sangdragon - Vincent Urbain / Will Ov Deth

Rares sont les formations qui ont l’audace d’entreprendre la composition d’une trilogie. Supuration s’y était attelé avec la saga « Cube » mise à bout en 2013 avec Cube 3 ! Désormais, c’est au tour de Sangdradon/Akhenaton/Daemonium de conclure son histoire sur une note positive avec Requiem For Apocalypse ! Et pour faire court, nous ne sommes pas restés de marbre chez Metal Cunt. Au contraire, nous sommes ressortis de cette épopée tel Ulysse revenant triomphant du Royaume des Morts (Chant XI, Odyssée). Le pourquoi nous nous sommes intéressés de plus près aux pères de ce projet, Vincent et Will, pour qu'ils nous content la gènese et les perspectives de leur projet.

Salut ! Entrons directement dans le vif du sujet. Ça fait quoi de venir à terme d’une trilogie? 

Vincent (Chant et principal compositeur) : Salut ! Forcément, ça fait plaisir. Certains riffs sont très vieux et n'attendaient qu'à renaître de leurs cendres, alliés à pleins de nouveaux ! Le résultat devait être compétitif par rapport à ce qui se fait maintenant en terme de son et d’arrangements. Il est bien évident que ça n’aurait pas été de ce niveau en 2000 lors de sa sortie présumée. Bref, nous avons tous travaillé dur pour en être fiers.

Pour ceux qui connaissent la formation depuis peu, pouvez vous expliquer les liens qu’il y a entre Sangdragon, Akhenaton et Daemonium et les fondements même de cette trilogie ?

Vincent : Daemonium et Akhenaton étaient centrés sur l’apprentissage des deux plans : psychique et spirituel. Sangdragon repose sur celui du plan physique. C’est un concept de trilogie, un chemin initiatique proposé dans ces oeuvres. Il s'agit de maîtriser le macrocosme via le microcosme. Sa compréhension, son apprentissage, puis son verbe. En tout cas, c’est un voyage à travers le temps et les émotions.

Ici, dans le cadre de cette interview, c’est le nouvel album Requiem For Apocalypse qui est à l’honneur. Comment avez-vous procédé à l’enregistrement des morceaux et la conception de ceux-ci ? 

Vincent : En ce qui concerne la conception de l’album, j’ai composé le tout à la guitare sèche et aux claviers comme un seul et même morceau. J'ai fait comme les deux disques précédents en fin de compte. Nous nous sommes concentrés sur les émotions que l’histoire peut imager pour les différents styles entrepris : la souffrance, la joie, les déceptions comme la haine ou l’espoir. Mais cette fois-ci, j’ai aussi voulu faire des musiques autonomes alors que sur les autres albums, elles sont difficilement dissociables du reste. Cependant, écouter Requiem For Requiem en entier aide à comprendre l’intégralité du concept de celui-ci.

Will (basse et chœurs) : L’enregistrement des titres s’est en fait étalé sur presque trois ans parce que nous avons décidé de prendre notre temps. D'une manière ou d'une autre, nous n’avions pas trop le choix car nos emplois du temps respectifs ne nous le permettaient pas… Curieusement, les parties qui ont été les plus rapidement finalisées ont été les choeurs. Ceux de « Front Of Steel » et « Foe’s Funeral » par exemple. Les démos que l’on avait pré-réalisées nous ont clairement facilité la tâche. Même chose pour les autres titres, j’ai enregistré mes choeurs en deux soirs en novembre 2012… Et comme ils étaient bons, nous n’y avons plus touchés… Pour le reste, Edouard et Vincent se sont vus tous les jeudis soirs chez Ed pendant trois ans pour bosser, arranger et enregistrer les parties, comme toutes les bases symphoniques et chorales. Ed a un super équipement chez lui qui nous a permis d’enregistrer nos pistes plus facilement. Régis Cognard a beaucoup travaillé aussi sur les parties de batterie avec eux. Une fois que toutes les bases étaient posées, Alison et Vincent ont enregistré leurs vocaux pendant que Matt et moi terminions notre travail sur les parties de basse et guitare durant les vacances de Noël 2014. Ensuite, on a envoyé toutes les pistes à Stéphane Buriez pour qu’il nous booste tout ça.

« Front Of Steel » fait office de single. Pourquoi ce titre ?

Will : Tu sais qu'il n'est jamais facile de choisir un titre qui soit représentatif d'un album, et c'est encore plus vrai quand il s'agit de Sangdragon, tant notre musique est variée. « Front Of Steel » a été choisi pour deux raisons. Tout d'abord, c'est un des premiers titres que nous ayons finalisé. Il était déjà présent sur les réseaux sociaux depuis 2013 sous sa forme de démo donc les gens avaient déjà pu se familiariser avec. Conséquence, c’était plus facile de présenter cette chanson sous la forme d’un clip live, d’autant plus qu’il ouvre notre album et nos concerts après l’introduction. Ensuite, nous avons aussi choisi ce titre car il résume bien Sangdragon : de la puissance, parfois de la rapidité avec des Blasts ravageurs, des riffs qui te font headbanguer, des arrangements symphoniques de haute volée, des choeurs, un super solo mélodique proposé par Matt et un magnifique solo vocal d’Alison Forest, notre chanteuse sur l’album. Pour toutes ces raisons, « Front Of Steel » était un bon choix... Mais je peux déjà te dire que le prochain titre qui sortira en vidéo sera « Krakenfyr ».  Si tu as bien écouté l’album, tu peux t’attendre à ce que ça soit quelque chose de très spécial, de très guerrier de presque tribal. Car ce titre a été pensé comme tel. Dès sa composition, Vincent avait les images en tête et nous travaillons actuellement avec un professionel pour son tournage et son scénario. Je sais qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué mais ce clip devrait marquer les esprits. Il faut dire que comme à notre habitude, nous n’allons pas faire les choses comme tout le monde...   

Plusieurs choses m’ont marqué quand j’ai écouté Requiem For Apocalypse. À commencer par la production, très léchée, qui est loin d’être favorisée par le Black Death. Pourquoi avoir opté pour ce genre de production et non pas un son plus brut ?

Will : Daemonium et Akhenaton ont été enregistrés avec un briquet, comme aime dire Vincent à une époque où le Black Metal se déclinait comme ça avec un son très brut. Ca faisait « Evil », bien « Trve ».  Après, ce fut aussi et surtout une question de budget. Or, pour Sangdragon, vingt années se sont écoulées et il était hors de question de bosser d’arrache-pied pendant plus de trois ans, à essayer de trouver les meilleurs arrangements, le meilleur son de gratte ou de basse possible pour enregistrer ensuite dans une cave ! Donc, nous avons pris notre temps et avons surtout sollicité les fans en leurs proposant de pré-commander l’album dès mai 2014, afin d’avoir le budget nécessaire pour bien faire les choses. D’ailleurs, je profite de cette interview pour remercier encore une fois tous ceux qui nous ont fait confiance en prenant une pré-vente du disque sur la base de deux titres « démo » en ligne, du côté « culte » du projet et de seulement trois concerts avant la sortie… Sans oublier aussi ceux qui nous ont acheté un t-shirt lors de cette période ! Sans l’aide de tous ces gens, cet album n’aurait jamais pu voir le jour, donc c’est aussi le leur ! C’est aussi grâce à eux que nous avons ce son. Mais si le son est soigné, c'est surtout que nous voulions être fier de l'album. Vincent et Edouard ont mixé l’album pendant un mois, après avoir récupéré les pistes passées à la moulinette par Sieur Buriez. Et je peux te dire que ça n’a pas été une mince affaire car certains titres comportent plus de cinquante pistes. Chaque mix a été discuté à quatre. Si un truc ne nous plaisait pas, on leur disait de retravailler le tout. Cette prise de tête, sans déconner, les pauvres ! (Rire). Une fois le mixage fait, nous avons tout envoyé aux USA, à Nashville, chez Sage Audio, pour le mastering. Et nous avons été bluffés par la qualité de son. C'était devenu tellement puissant et clair ! Comme tu vois, nous avons bien galéré mais le jeu en valait la chandelle car le son dépote ! Peut-être que dans cinq ans, nous nous dirons que nous aurions pu améliorer telle ou telle partie, mais en l’état actuel des choses et de nos moyens, nous avons vraiment fait de notre mieux.

Vous avez également utilisé beaucoup d’arrangements dans vos morceaux. Je pense notamment à « Winged Blade » qui est pourvu d’un nombre important de claviers et de flûtes. Est-ce que tu peux expliquer aux lecteurs la manière dont vous avez procédé pour les amener ?

Vincent : J’ai fait moi-même l’introduction de « Winged Blade » chez moi aux claviers. Je me suis inspiré d’un chant d’oiseau pour exprimer le symbole de l’air. Mais arrangée ainsi, ce n’est pas spécialement reconnaissable, je te l’accorde ! Cependant, c’est le résultat épique que je désirais. Ensuite, j’ai ajouté les guitares, puis d’autres claviers. Edouard en a rajoutés en harmonisant puis, on a arrangé tout cela, et voilà… Ca s’est passé un peu ainsi sur tous les morceaux, mais le résultat est au-delà de mes espérances ! Ed a une formation classique et a apporté une véritable touche personnelle. Quant à moi, j’ai apporté une composition que j’espère hors normes, puisque même lui ne comprenait pas toujours où je voulais en venir ! 

Si je ne m’abuse, il y a pas mal d’influences Folk dans l’album. Es-tu fan de Folk Metal ? 

Vincent : Pas tant que ça paradoxalement ! Car mon influence est la vraie musique médiévale. J’aime bien cependant ce que les groupes actuels en ont fait, comme Korpiklaani ou Finntroll ou Wardruna. Mais je m'inspire avant tout des musiques de films d'Histoire Médiavale. 

C’est Stéphane Buriez qui a produit l’album. Avait-il produit les deux autres opus du projet ? 

Will : Non, pas du tout. C’est Vincent qui s’était occupé de ça à l’époque avec Fabrice « Faust » Hauser qui était là pour nous filer un coup de main à côté. Stéphane Buriez, en 1993/1995, n’était pas encore producteur, juste un musicien de Loudblast.

Comment t’es entré en contact avec ? 

Comment nous sommes entrés en contact ? Très simple, je l’ai appelé au téléphone (Rire) ! Stéphane et moi sommes des potes de très longue date. Ça date des toutes premières démos de Loudblast et de leurs premiers concerts. A l’époque, j’habitais dans le Nord et je traînais tout le temps avec ces gars. J’ai même plus ou moins été le roadie de RV, le batteur des Loods, quand celui-ci faisait encore partie du groupe de Thrash Metal Scrotum donc avant même son entrée dans Loudblast… Quand je suis entré en Fac à Lille en 1989, Stéphane m’avait donné quelques cours de guitare chez lui dans sa chambre d’ado. Il vivait encore chez ses parents à Lambersart. C’est te dire si je le connais depuis longtemps ! Par la suite, on ne s’est jamais perdu de vue. Mes activités journalistes n'y sont pas pour rien !  Matt, notre gratteux, a donné quelques concerts en compagnie de Loudblast avec son autre groupe, Nightmare. Il le connaît donc aussi pas mal maintenant… Quoiqu'il en soit, quand on a voulu booster nos parties de gratte, basse et batterie, nous avons pensé à lui. Nous lui avons envoyé le tout et il a procédé par ré-amping dans son studio à Rennes. Une fois qu’il nous a renvoyé les parties passées à la moulinette, il nous a juste suffi ensuite de les réinjecter dans notre projet initial et de mixer l’affaire. Stéphane n’a donc pas produit l’album au sens propre du terme, il a juste donné un bon coup de patate ; le producteur, que ce soit pour la partie musicale ou financière, c’est Sangdragon.

Votre musique est une sorte de voyage visuel à travers une histoire épique. Est-ce que, selon toi, ça correspond à l’image du groupe ? 

Vincent : En tout cas, c’est ce que l’on tente de véhiculer. J’oeuvre aussi dans une troupe médiévale dont la vision du spectacle est primordiale. Je pense qu’un concert qui se transforme en show artistique complet est plus spectaculaire et ouvre au voyage plus facilement que quatre mecs qui jouent sur des bandes sonores ! Les côtés occulte et humain du concept sont forcément mis en avant.

Est-ce que le groupe a comme projet de tourner plus régulièrement ? On vous attend dans le Nord de la France… 

Will : Bordel de merde, oui ! On attend n’importe quelles propositions « honnêtes » pour les étudier. Car ça n'a aucun sens pour nous de faire trois heures de route pour jouer dans un bar. La configuration du groupe ne s’y prête pas du tout. Vincent et moi avons déjà fait ce genre de tournée des bars dans nos anciennes formations. Et franchement, ça ne nous intéresse plus ! Pareil pour Matt qui s'est habitué des grands espaces avec Nightmare. Nous ne sommes pas prétentieux. Au contraire ! Il faut savoir que nous montons sur scène avec des vrais choristes et que nos arrangements sont complexes. Un jongleur de feu s'invite même quand la salle s’y prête ! C'est pour ces raisons que nous avons engagé un ingé-son pro. Il nous faut des bonnes conditions scéniques non seulement pour se sentir bien sur scène mais aussi proposer un concert qui tue ! Donc, là, nous sommes en train de bosser sur différentes options pour l’automne et surtout pour 2016, notamment pour certains festivals. Vous devriez donc nous voir par chez vous bientôt et pourquoi pas au Gohelle Fest 2016 ? Maintenant, si tu connais des gens susceptibles de nous accueillir dans le Nord ou en Belgique avant, n’hésite pas à nous faire de la pub ! On te paiera autant de bières que tu veux sur place si tu parviens à nous aider en ce sens ! (rire)  

Le Philosophe Kant a dit « La musique est le langage des émotions ». Que penses-tu de cela. Est-ce que tu partages son point de vue ? 

Vincent : Je ne peux qu’être d’accord ! Mais c’est aussi valable pour toute forme d’art, c’est pourquoi je tente d’exploiter un maximum mon concept sous toutes ses facettes. Je ne sais pas si le résultat est probant. Mais ce qui est sur, c’est que je m’éclate dans tout ce que j'entreprends et ceux qui m’entourent aussi… Et c’est ce qui compte ! Stay yourself !

 

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