Interview - Cape Noire

 

Premier coup de cœur pop de cette année (mais pas le dernier) pour votre serviteur, Cape Noire est une énigme dark pop electro aux mélodies qui obsèdent et au concept qui intrigue. Avec une imagerie héritée du black metal faisant uniquement de sa génitrice une voix sous une cape, Ad Nauseam est une réussite totale qui risque fort de grimper les échelons plus vite que prévu. Sa première venue à Nancy était l'occasion rêvée pour en apprendre plus sur cette veuve noire aux charmes de sirène. C'est donc quelques heures avant un fabuleux concert, mené avec brio par la frontwoman qui avouait quelques difficultés vocales dans l'après-midi, qui n'aura pas été gâché par les bavards que nous avons retrouvé une artiste bien plus metal encore qu'elle n'y paraît.

Quand et comment as tu commencé ce projet ?

Le projet est né début 2014. Je dis toujours que j'étais dans une période très sombre, très noire et Cape Noire est sortie de moi. Elle s'est plantée devant moi, m'a regardé et m'a dit : « maintenant on y va ». A partir de là, j'ai enfilé la cape et j'ai commencé à faire de la musique.

Ton imagerie est très sombre quand bien même ta musique est très abordable. Pourquoi ce choix ?

Ca n'est pas vraiment un choix, là encore cela s'est imposé à moi. Je crois que quand on fait de la musique, de l'art de manière générale tout n'est pas forcément conscient et réfléchi. J'ai fait la musique que j'avais envie de faire et l'image la plus fidèle à moi même. On ne peut pas dire non plus que la musique n'est pas sombre, en particulier les paroles. Ca n'est pas un choix délibéré d'aller vers une musique plus accessible avec une musique qui l'est moins. C'est venu naturellement.

Cette imagerie d'ailleurs s'approche assez du black metal, tout comme le nom de ton EP, est ce un style qui te parle ?

C'est un style qui me parle notamment au niveau de l'imagerie. Je n'en écoute pas souvent mais cela m'arrive quand même. Les gens qui se sont occupés de mon logo bercent dans ce milieu et c'est un style qui me parle effectivement.

A ce titre quels sont les artistes, les groupes qui t'ont influencé dans Cape Noire ?

Des gens comme Portishead, Tricky pour les plus anciens, pour les plus jeunes ce serait Fever Ray ou Chelsea Wolfe (qui très gothique, très black). Après je ne sais pas vraiment d'où cela vient. Peut être de ce style des années 2000, digéré avec cette imagerie plus sombre qui peut être le reflet de la dépression actuelle.

Comment s'est passé ta collaboration avec Franck Hueso qui est connu pour son travail avec des artistes metal comme Hacride et Klone ?

En fait je l'avais contacté pour un précédent projet car j'aimais beaucoup son travail avec Carpenter Brut. Il a écouté et m'a clairement dit qu'il détestait (sourire). Et cette façon très brutale qu'il a eu de s'exprimer m'a plu, je n'avais pas l'habitude d'une telle franchise. Sans lui il n'y aurait probablement jamais eu Cape Noire. Il m'a dit : « ton projet c'est de la merde. Lâche nous avec ton français. Tu peux faire beaucoup mieux toute seule alors lance toi, fais autre chose. ». Cela a complètement raisonné en moi et c'est pour cela que je me suis lancée dans cette aventure.

Est ce que comme le laisse entendre le clip de « Fire » tu veux brûler un homme ?

(rire) Je dissocie beaucoup Cape Noire de ce que je suis dans la vie. Je crois surtout qu'elle avait vraiment envie de se venger de ce garçon (sourire). On ne sait pas vraiment s'il est bon ou mauvais, il peut très bien avoir commis des horreurs avant de se faire brûler par Cape Noire. Dans ce cas elle ne fait que venger les innocents et je pense qu'il vaut mieux le voir comme cela.

« Three Feathers » est très clair, dans ce titre tu parles d'un enfoiré que ton interlocuteur devrait larguer. Du vécu ?

C'est forcément inspiré du vécu, comme je te le disais Cape Noire est née dans une période très sombre qui m'a inspiré tout cela. Donc forcément la personne dont je parle existe bien (rire) et elle s'est reconnue.

Est ce ce qui se cache derrière le titre Ad Nauseam ? Un dégoût de quelqu'un voir même des gens en général ?

Ce que je voulais exprimer avec ce titre est que parfois l'on se gave tellement de choses que l'on le fait jusqu'à la nausée. Ca marche aussi avec les personnes parfois. L'on abuse tellement d'elles, qu'elles finissent par nous dégoûter. 

A quoi ressemble un fan de Cape Noire ?

(rire) Je ne sais pas. (Elle réfléchit) C'est une bonne question... Une personne peut être un peu désorientée qui a besoin de repère.

Tu parles de repère, est ce que cette lanterne que l'on voit bien souvent est la preuve qu'il y a un espoir au fond de Cape Noire ?

C'est cela ! C'est ce que j'ai voulu mettre dans ce logo et qui était très important pour moi : même lorsque l'on est au plus bas il y a toujours un guide pour nous ramener vers la surface. Il est important de savoir que cette lumière existe.

Tu vas ouvrir la saison de l'Autre Canal ce soir. Comment décrirais tu l'ambiance d'un concert de Cape Noire à quelqu'un qui ne connaît pas le groupe ?

Je dirais qu'on va assister à quelque chose de très sombre, naturellement, mais aussi de très graphique. Qu'il n'y aura pas forcément beaucoup d'humanité mais beaucoup d'émotions. Un duel entre organique et électronique. Et cela va faire beaucoup de bruit (rire) (ndC : confirmation avec cet « Avalanche » qui a fait tremblé ma cage thoracique comme rarement pendant un concert).

Comment as tu abordé ce rapport à la technologie avant de t'attaquer à tes premiers live ?

Il a fallu geeker pendant de nombreuses semaines (rire). J'ai été aidé par mon scénographe, Thomas Boisis d'Experience, qui m'a orienté vers Tableton, Live. Par la suite j'ai passé des semaines à faire des samples car je voulais que la voix reste un instrument à part entière. Je voulais continuer à jouer avec, qu'elle ne soit pas noyée parmi les samples. Grâce à Push Tableton je peux sampler mes voix et les empiler exactement comme je le ferais en studio. C'est très difficile à gérer mais c'est vraiment chouette.

Kant a dit que la musique était le langage des émotions. Qu'est ce que cela t'évoque ?

C'est très vrai en ce qui me concerne puisque je me laisse totalement guider par la musique de j'écris. Les émotions sont un moteur, c'est ce qui doit ressortir de mes chansons. Certains utilisent la musique pour dire des choses moi je l'utilise pour faire ressentir des choses.

Tu es actuellement en train de finir une interview avec un webzine metal. Est ce que cela te surprend, toi qui n'en fait pas ?

Pas du tout. Je m'attendais à ce que Cape Noire soit récupérée par les fans de metal, l'imagerie proche du black metal appelle évidemment à cela. C'est une communauté que je suis très contente de retrouver car je l'ai largement cotôyé (sourire). C'est un public fidèle qui m'est très cher donc je suis ravie que cela puisse les intéresser.

Les derniers mots sont pour toi.

C'était cool de glisser un mot aux fans de metal (rire). Je suis vraiment seule dans ce projet, c'est quelque chose qui m'est très personnel. Je n'ai jamais mis autant de moi-même dans de la musique avant Cape Noire et ceux qui veulent lire à travers moi ne trouveront pas meilleur moyen que Cape Noire.

Discographie :

Ad Nauseam (EP-2015)