Interview - In Flames - Hellfest

Il y a bien longtemps qu’In Flames ne fait plus l’unanimité et ce n’est pas le mélancolique Siren Charms paru l’an dernier qui a changé cela. Pour autant les légendes de la scène de Göteborg restent au top de leur popularité se produisant ce soir juste avant Korn. C’est un Björn Gelotte tout sourire qui m’accueille en exhibant fièrement les marques d’un soleil qui ne pardonne pas depuis quelques jours sur Clisson. Entretien avec un musicien simple et sympathique. La grande classe !

 Plus encore que ses prédécesseurs, Siren Charms, a divisé vos fans. Que penses-tu aujourd’hui de cet album ?

Björn Gelotte (guitare) : Je l’adore. C’est sûrement celui dont je suis le plus fier, diviser les fans nous l’avons fait depuis Whoracle (1997), ça n’a rien de nouveau pour nous. Et ça ne me dérange pas ! Ce qui est beau dans la musique c’est que ça n’est pas de la politique, de la religion; les divergences d’opinion ne sont pas un problème. Moi aussi certains groupes m’ont déçu avec leurs récentes productions, sauf que je ne vais pas sur internet pour l’écrire. Cela serait gâcher mon énergie !

Malgré tout vous semblez plus populaires que jamais. Sentez-vous une différence lorsque vous jouez les nouveaux morceaux live ?

Nous apprenons tellement à chaque album que nous enregistrons, chaque tournée que nous faisons, que nous mettons toujours une nouvelle dynamique dans nos chansons. Les gens finissent par entrer dans la danse car ils se rendent compte que ces morceaux sont bien écrits. Du moins c’est ce que je crois. (sourire) J’adore jouer ces titres, ils sont très cools à jouer.

Tu as dit ne pas avoir réalisé à quel point Siren Charms était dépressif et sombre. Comment as-tu pu ne pas t’en rendre compte ?

Par ce que les morceaux ne l’étaient pas autant lorsque nous les avons écrits. (sourire) Je dirais que cet album est plus mélancolique que dépressif. Dans ma tête les riffs et les mélodies ne sonnent jamais dépressifs, c’est de la musique positive. Je n’ai jamais été dépressif ou suicidaire, du moins je crois. Pour moi la musique développe une énergie positive mais c’était très intéressant au fur et à mesure de l’enregistrement d’entendre cette mélancolie. Je ne sais pas du tout d’où cela est venu (rire). Et c’est cela qui rend la chose belle. C’est quelque chose qui s’est passé à Berlin.

C’est amusant car vous dîtes tous avoir ressenti quelque chose de spécial à Berlin.

C’est froid et sombre d’une certaine manière. Et cela ne se ressentait pas dans les compositions au départ. C’est quelque chose qui rend cet album différent des autres.

Pensez-vous faire des chansons plus joyeuses sur le prochain ? A la manière de Korpiklaani ?

Je ne connais pas assez le groupe (rire). Ce que nous faisons n’est pas censé être joyeux, en même temps je ressens une vibe positive dans ce que nous jouons.

Est-ce que tu ressens une catharsis en jouant ?

D’une certaine manière peut être. Je n’y pense pas vraiment, ce n’est pas une étude cérébrale. Ce que nous faisons n’est pas si compliqué, nous ne sommes pas Dream Theater ou les Who qui ont de véritables « plans » dans leur musique. Ces groupes sont géniaux, je ne critique pas ! Mais nous sommes bien plus terre à terre qu’eux en terme de musique. Il faut juste que cela touche ici (il pointe mon cœur), tant que cela te touche ici c’est que c’est bon. Tant que cela nous touche dans le groupe cela sera une chanson d’In Flames. Il n’y a pas de but, tout ce qui touche, ce qui marque, c’est l’essentiel pour nous.

Sur le dernier album vous avez fait des choses que vous n’aviez jamais faites comme sur « The World Explodes » et ses touches electro…

Nous avions déjà utilisé des voix féminines auparavant. Cette fois j’ai entendu le résultat dans la voiture de Peter (Iwers, basse) et je me suis dit que cela sonnait très bien. Nous trouvions qu’il manquait quelque chose au refrain et c’est notre producteur (ndlr : Roberto Laghi) qui nous a dit connaître une chanteuse d’opéra. J’aime le contraste qu’elle créé sur ce morceau.

Est-ce que le fait d’enregistrer dans un studio aussi légendaire a changé votre méthode de travail ?

Pas vraiment. Cela a rajouté une petite pression sur nos épaules mais la plupart des séances d’écriture effectuées au studio portaient sur des arrangements. La plupart des mélodies et des riffs étaient écrits avant notre entrée en studio. Pas tout mais presque. C’était une superbe expérience. Nous faisions une marche d’une demie heure tous les matins, en passant devant tous ces endroits historiques il est fort probable que cela nous ait inspiré. Cela a ajouté des choses, ça n’a pas vraiment changé quoi que ce soit. Nous travaillons toujours de la même manière.

As-tu commencé à écrire de nouvelles choses ?

En effet ! (sourire) Je crois que je commence toujours par faire sortir mes premières idées pour les libérer et les amener où je veux. J’ai quelques trucs que j’adore, quelques autres que je dois encore travailler. Mais j’ai déjà commencé, je pense qu’il faut faire un travail de tri bien en amont du studio pour ne pas avoir à tout faire sur place. Cela ne mène pas très loin. Quoiqu’il arrive nous sonnerons toujours comme In Flames mais en même temps nous voulons explorer de nouvelles choses. Et je veux que tout le monde y prenne part… Je sais d’où nous venons, j’en suis très fier car sans cela nous ne serions pas là aujourd’hui. Pour autant je ne veux pas me reposer sur nos acquis et cela prend du temps. Parfois cela prend un jour, parfois des mois.

Il est amusant que tu parles de votre passé alors que vous jouez ce soir en même temps qu’At The Gates…

Oui c’est n’importe quoi ! Je voulais les voir (rire), je ne sais pas qui a booké cela mais c’est vraiment n’importe quoi (rire). Je suis ravi de pouvoir revoir At The Gates mais aujourd’hui je suis déçu de ne pas pouvoir regarder leur set. Ils vont donner un grand concert, j’en suis sûr. Ce sont nos amis. (sourire)

Est-ce qu’écouter leur nouvel opus t-a procuré une certaine nostalgie ?

Bien sûr. Il est très proche de Slaughter Of The Soul (1995), qui est un album qui a défini le death metal suédois. Après je pense être comme beaucoup de fans et Slaughter Of The Soul restera pour moi leur chef d’œuvre tandis que Terminal Spirit Disease (1994) est celui qui amené à cela. Quoiqu’il arrive je suis un fan du groupe et je suivrais ce qu’ils feront à l’avenir de très près.

Ce n’est pas votre premier concert au Hellfest. Quel est ton meilleur souvenir du festival jusqu’à maintenant ?

Je ne sais pas. Chaque année il y a de nombreux groupes que je veux voir. Ce que j’aime c’est que le festival est très ouvert d’esprit bien qu’il reste metal. Tu peux voir de grosses têtes d’affiche comme des petites formations émergentes dans pleins de styles. La France nous a toujours soutenu mais j’ai toujours eu l’impression que votre pays était très porté metal extrême. Ce qui est cool ! Mais nous ne voyons pas vraiment cela en Suède. Tout est plus séparé chez nous.

Le philosophe Kant a dit : « La musique est le langage des émotions ». Est-ce que cela te parle ?

Je suis totalement d’accord ! Il n’y a rien pour moi qui puisse me mettre dans n’importe quel état d’esprit comme la musique. Que ce soit dans un film ou quoi que ce soit, la musique dirige mon humeur.

Un grand merci à toi pour cette interview, tu as les derniers mots.

Merci à toi, merci pour le soutien. Sans ce que nous venons de faire nous ne serions pas là.

 

Line-up :

Anders Friden (chant)

Björn Gelotte (guitare)

Niklas Engelin (guitare)

Peter Iwers (basse)

Daniel Svensson (batterie)

Discographie:

Lunar Strain (1993)

The Jester Race (1996)

Whoracle (1997)

Colony (1999)

Clayman (2000)

Reroute To Remain (2002)

Soundtrack To Your Escape (2004)

Come Clarity (2006)

A Sense Of Purpose (2008)

Sounds Of A Playground Fading (2011)

Siren Charms (2014)