Interview - Penitence Onirique

Après la sortie de leur premier album V.I.T.R.I.O.L, qui a été agréablement accueilli par la critique, nous avons tenu à poser quelques questions à Bellovesos et Diviciacos du groupe Penitence Onirique.

 

Bonjour ! Content de pouvoir vous poser quelques questions à l’occasion de la sortie fin 2016 de votre premier album. Mais pour commencer pouvez-vous me présenter Pénitence Onirique de sa naissance jusqu’à aujourd’hui ?

Bellovesos : Merci pour l'intérêt que vous nous portez. Pénitence Onirique est un projet issu de nombreuses réflexions concernant la vie et ses questionnements sur l’être. Il existe beaucoup de façons de traiter ce genre de sujet mais nous avons choisi la musique pour le faire car c'est une chose que nous avions déjà utilisé par le passé mais jamais venant d'une démarche personnelle, toujours en suivant les orientations de d'autres personnes. Ainsi en aout 2015 j’ai commencé à composer sans relâche et en solitaire avec une image précise de la teinte à apporter au projet. C'est en partageant mes idées avec Diviciacos qui est un vieil ami que celui-ci m'a proposé d'intégrer son chant, Pénitence Onirique venait de naître.

D’ailleurs d’où vient le nom « Pénitence Onirique » ? Que signifie-t-il ?

Diviciacos : Nous voulions un nom de groupe assez imagé mais laissant la place à l’interprétation. L’idée d’une pénitence, un chemin de croix que l’on traverse en nous même pour se connaitre, se combattre, comme une lutte invisible et éthérée tout cela paraissait coller à ce que nous voulions exprimer dans notre musique mais aussi dans les paroles. Les deux mots sonnaient parfaitement ensemble. De plus avoir un nom français était pour nous une évidence.

Pour parler de votre album V.I.T.R.I.O.L, celui-ci a été très bien accueilli par la critique. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur le processus de création de ce premier opus ? Mais aussi que signifie l’acronyme V.I.T.R.I.O.L ?

Bellovesos : Je n'avais pas de schéma prévu et toute la composition s'est déroulée de façon instinctive et frénétique pendant un mois sans relâche un peu à la manière de l'écrire automatique.

Diviciacos : Le nom V.I.T.R.I.O.L est plutôt à comprendre d’un point de vue alchimique, selon les sources « Visita Interiora Terrae Rectificando Occultum Lapidem » peut se traduire entre autre par «Visite l'intérieur de la Terre et en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée » et selon notre interprétation, la pierre cachée est une certaine paix intérieure, le reste de l’explication coule de source je pense.     

Et niveau enregistrement comment cela s’est-il déroulé ?

Bellovesos : Il faut savoir qu'à l'origine ça devait être un projet solo je me trouvais sans projet musical et la tête pleine d'idées, je voulais donc devenir plus autonome pour être capable de réaliser mes propres productions et ce de la manière la plus modeste qui soit. Le moteur de Pénitence Onirique est l'émotion et l'imaginaire, le son découle de cette poussée et je recherche le son le plus représentatif de l'univers auquel je souhaite le lier. J'espère vous offrir à l'avenir une plus grande étendue du projet. 

Pour la distribution, c’est le label Les Acteurs de l’Ombre, reconnu dans le milieu Black Metal qui s’occupe de vous. Comment cette collaboration a vu le jour ?

Bellovesos : Tout est venu de la démarche de Diviciacos qui s'est mis en relation avec Romain membre du Label et qui a été très enthousiaste par notre musique puis il a fait part de notre travail à Gerald qui a également accroché puis nous a accordé sa confiance en nous signant sur Emanations. Ce fût une incroyable nouvelle pour nous et nous les remercions grandement de gérer ce Label  avec autant de passion et d'humanité.

Pour revenir à votre musique, vous vous définissez comme un groupe de Black Metal Esotérique. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce style à la fois intense, mélancolique, mais aussi mélodique ? D’où vient cette inspiration musicale ?

Bellovesos : Tout est issu de notre intérêt pour le monde de l'invisible ainsi que pour les zones obscures  de notre histoire. J'ai une philosophie de vie très liée aux énergies et aux effets qu'elles peuvent avoir sur mon environnement et c'est le principe de l'alchimie qui consiste à transmuter les maux (l'émotion) en quelque chose de résiduel puis de les déverser dans un réceptacle ou "Graal" et je pense sincèrement que peu importe le réceptacle il est indispensable à chacun de le faire pour nettoyer et alléger son âme afin de transcender son esprit vers "l'âme or". Pénitence Onirique trouve son inspiration dans la vision que l'on a de notre monde en le regardant tous les jours avec un œil neuf et rempli de curiosité et d'admiration , c'est pourquoi il m'arrive souvent de me retirer dans des lieux isolés de tout pour me couper des turbulences sociétaires et reconsidérer la vie et son étincelle de façon plus essentielle pour ne percevoir que sa vraie forme. C'est en suivant cette démarche que les notes se chargent d'une tonalité particulière propre au projet le tout texturé par mes influences musicales allant du Metal bien entendu à des styles comme le Classique, la Trip Hop, la New Wave ou le Drone Ambiant. 

En plus de la musicalité, j’ai remarqué que vous attachiez une grande importance au côté artistique, de par les visuels mais aussi les paroles. Qu’elle place les paroles et ce côté artistique occupent-ils dans la musique de Pénitence Onirique ?

Diviciacos : Je pense que c’est un ensemble d’influences culturelles, de courants divers et variés qui ont directement inspiré l’écriture des textes. Donner une personne en particulier ça me parait bien difficile, mais je peux citer Baudelaire et Lautréamont sans hésiter pour un certain romantisme et le symbolisme, Albert Caraco et Nicolas Gomez Davila pour la capacité fulgurante à exposer des idées, Moorcock, Howard, Goodkind pour l’univers fantastique et tout un ensemble de philosophes, de penseurs et d’idéologies qui me permettent de faire percuter les idées entre elles pour forger un homme en construction perpétuelle.

Votre pochette d’album, magnifique au passage, a été réalisée par Mathieu Voisin. Comment s’est déroulée votre collaboration ? A-t-il eut carte blanche, ou au contraire, une orientation marqué de votre part ?

Bellovesos : Mathieu, Diviciacos et moi sommes de vieux amis et toutes les idées ont été développées ensemble. Nous devions mettre l'accent sur un visuel cohérent et qui substitue à la quasi absence de symboles graphiques. L'image et l'interprétation qu'elle soulève devient relative dès lors qu'on l'associe aux influences liées à la culture, l'éducation mais aussi à nos émotions. Nous avons donc épuré l'aspect visuel pour que chaque personne puisse s'y projeter avec son imaginaire . Cette porte aux allures de monolithe est un dessin que j'avais réalisé comme artwork un peu comme dans 2001 l'Odyssée de l'espace où nous apercevons cette pierre noire autour de laquelle gravite l'évolution de l'homme et son histoire hanté de questions existentielles, elle représente  le mystère de l'évolution alimenté par l'éveil cérébral très souvent lié à la glande pinéale que l'on peut retrouver à titre d'exemple, en sculpture ornementale sous la forme d'une pomme de pin. Ainsi Mathieu qui suivait le projet de près m'a interpellé sur l'intérêt  graphique de la porte puis nous est venue l'idée de la mettre en scène dans un décor mélancolique et profond afin que tous les sens que nous voulions véhiculer puissent se  retrouver retranscrits à travers une image "simple" et "dépourvue de symboles", nous laissions ainsi les éventuels auditeurs à se fier ou non à leur curiosité.

D’une certaine manière, le visuel mais aussi tout l’univers qui entoure la musique est souvent très marqué et très important dans le Black Metal. Diriez-vous que cela fait partie d’un « essentiel » pour que l’auditeur se laisse emporter par la musique (en studio comme en live) ?

Bellovesos : Non pas forcement et j'aime à penser que les gens puissent avoir leur propre imagination en action pour dresser un visuel et un scénario forgés par leur esprit, c'est pourquoi d'un point de vue personnel je préfère ne pas trop orienter les "récepteurs", à la manière d'un livre sur son lecteur, de plus l'alchimie est une quête personnelle dont les codes s'appliquent à chaque être avec autant de nuances qu'il y a d'expériences de vies pour chacun d'entre nous.

D’ailleurs que pensez-vous de la scène Black Metal française ?

Bellovesos : Notre pays joue un rôle important sur la scène Black Metal internationale en ce moment c'est indéniable, car au-delà du fait que nombre de groupes prouvent leurs valeurs sur CD ou sur scène, il est important de souligner la réelle richesse dans le contenu de chacun de ces projets en terme d'univers, d'originalité et de maturité, tout  ceci me conforte à l'idée que ce n'est pas une éphémerité et c'est ce que propose toutes les scènes et cultures alternatives quel qu’elles soient  me semble-t-il.

Y-a-t-il des groupes qui vous ont marqués en termes de musique, de prestations live, de visuels et concepts ?

Bellovesos : En prestation live je citerais Dalek sans hésiter pour l'ambiance et l'immersion qu'ils propagent lors de leurs shows et sinon pour ce qui est de musique m'ayant marqué il y a Ralph Vaughan Williams qui est un compositeur Anglais du 19ème et 20ème siècle de musique classique et dont les symphonies qu'il a composé m'ont profondément émerveillé.

Et en dehors de la musique, y a-t-il des artistes qui vous influencent et/ou vous fascinent ?

Bellovesos : Evidement il y a des artistes qui nous influencent tels que William Blake, Jean Delville, Ferdinand Hodler, Leonard De Vinci, Gustave Doré ou Botticelli ...

Pour revenir à Pénitence Onirique, avec ce côté mystérieux autour de vos personnes et la place artistique combinées à la musique, peut-on s’attendre à la sortie d’un clip ? 

Bellovesos : Non ce n'est pas notre priorité  pour le moment.

D’ailleurs que faut-il attendre de votre part pour l’année à venir ? Des concerts sont-ils en préparation ?

Bellovesos : Nous travaillons avec un line-up actuellement pour envisager de faire des concerts à l'avenir, donc nous nous préparons le plus sérieusement possible afin de pouvoir prétendre reporter notre univers sur scène.

Nous arrivons à la fin de cette interview. Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et je vous laisse le mot de la fin !

Bellovesos : "Prendre tout ce qui passe et laisser ce qui nous dépasse" ...

Merci pour votre attention.

Bellovesos et Diviciacos.