Interview - Zatokrev

Avec Silk Spiders Underwater, sa quatrième offrande aux dieux du sludge, le quartet suisse Zatokrev se montre plus créatif que jamais. Instiguant une ambiance lourde et oppressante tout en affichant un virage plus mélodique et presque non metal parfois. C’est Frederyk Rotter (chant/guitare), leader de toujours et dernier membre originel, qui s’est prêté au jeu pour clarifier les choses sur sa manière d’aborder la musique et son intégration chez les français de C.R.O.W.N. Docteur il y a des créatures qui grouillent dans ma tête !

 

Comment décrirais-tu Zatokrev à quelqu’un qui n’a jamais écouté de metal ?

 

Frederyk Rotter (chant/guitare): Quatre Musiciens, une batterie, deux guitares électriques, une basse électrique, accordé bas, quatre mecs chantant dans différents styles - clair, aigu, grave, hurlé, chant de gorge et chant indien. Cela peut être lent, mid-tempo ou rapide mais toujours lourd meme lorsqu’il n’y a pas du tout de distorsion. Influencé par le blues, le classique et la musique orientale.

 

Que pense-tu de The Bat, The Wheel And A Long Road To Nowhere un peu plus de deux ans après sa sortie ?

 

Il reflète toute la résurrection de Zatokrev (ndlr : le groupe a fait un break entre 2007 et 2010). C’est un album très lourd et très long qui collecte les pierres posées les années précédentes.

 

Vous avez eu la chance de jouer au dernier Summer Breeze, que garde-tu de cette experience ?

 

C’était très cool de jouer au Summer Breeze, vraiment une très bonne expérience. Très bien organisé avec une super ambiance.

 

Silk Spiders Underwater est très different de The Bat, The Wheel... seul « Bleeding Island » et « Swallow The Teeth » me paraissent proches de cet album. Ces deux morceaux sont ils plus anciens que les autres?

 

Non. La plus vieille compo est “They Stay In Mirrors”, celle qui finit le disque. Nous allons sûrement garder cette approche très lourde que portent “Bleeding Island” et “Swallow The Teeth” à l’avenir.

 

Quand avez vous commencé à travailler sur ce nouvel opus ?

 

Nous avons eu plusieurs périodes de composition pour écrire les chansons. Nous ne définissons pas de « moment créateur », Zatokrev est toujours plus ou moins dans une phase de création. En fait dès lors que nous ne jouons pas et que nous ne devons pas répéter notre set, nous travaillons sur de nouvelles idées. Je ne vois pas vraiment quand nous avons commencé à écrire de nouveaux morceaux pour l’album. Par exemple « They Stay In Mirrors » est un titre assez vieux titre. J’ai eu l’idée de base il y a des années… il aurait du apparaître sur The Bat, The Wheel… mais il n’y avait pas assez d’espace sur le disque et nous n’avions pas réussi à l’enregistrer dans les temps de toute façon. Nous avons réalisé que c’était un très bon morceau juste avant d’entrer en studio pour Silk Spiders Underwater, nous avons donc enregistré le reste… les autres morceaux nous sont venus au fur et à mesure.

 

Tu as un projet solo acoustique, dans notre précédente interview tu m’avais dit que tu te mettais à nu avec cette musique. Dirais tu que tout le chant clair que l’on peut trouver sur Silk Spiders Underwater vient de l’expérience, de la confiance que tu as gagné grâce à Fredy Rotten ?

 

Pas vraiment. J’utilise mon chant clair bien différemment dans Zatokrev que dans mon projet acoustique. C’est une approche totalement différente due aux guitares et aux grosses rythmiques, une expérience qui existe par elle-même.

 

Tu m’as beaucoup impressionné sur « Discoloration » par exemple. Les voix me rappellent Alice In Chains sur ce titre.

 

Beaucoup de formations des 90’s ont eu une influence sur nous tous… même de la vague grunge comme les Smashing Pumpkins, Soundgarden ou Alice In Chains. Peut être que tu as raison mais c’est quelque chose qui est venu inconsciemment.

 

Tu m’as avoué que le “chant féminin” que l’on peut entendre à la fin de « They Stay In Mirrors » vient en réalité de ta gorge. Est ce un compliment lorsque l’on te prend pour une femme ?

 

(Rires) J’imagine que c’est un compliment. Pour être honnête des gens ont déjà cru que j’avais une guest pour les parties les plus hautes sur mes travaux solos, alors que non… c’est la chanteuse en moi qui s’exprime. Je n’ai aucun problème à me dire que je peux chanter comme une femme.

 

Les chansons sont plus ambiantes que jamais sur ce nouvel album, vous sonnez moins metal. Est ce que cela vous est venu naturellement ou bien était un choix dès le depart ?

 

Nous ne choisissons pas ce genre de choses. Tout doit rester naturel, ou du moins nous essayons de rester le plus naturel possible. Un choix pareil t’imposerait des barrières, des attentes et des contraintes. Nous ne voulons pas de tout cela, nous voulons rester totalement libre dans nos créations et faire ce que nous voulons.

 

Je pense que  « Brick In The Sky » a un feeling très aérien, ce qui est amusant par rapport à son titre. Est-ce que la musique influence les paroles ou est ce que tu essayes juste d’exprimer bêtement des pensées ?

 

Je n’essaye pas d’exprimer quoi que ce soi au départ, cela forcerait la créativité dès le depart. Les paroles et la musique se développent ensemble sans penser au résultat final… enfin bien sûr qu’il y a toujours une vision finale qui se dégage mais elle change en permanence, car le moment durant lequel tu créer est bien plus influent. De plus selon moi essayer d’exprimer une idée serait prendre un sentiment passé, d’hors et déjà forcé car tu détruis ton moment créatif avec des images que tu as rassemblé. Pour moi la véritable création doit s’affranchir de cela. Tu dois t’échapper de tout cela et attraper l’énergie du moment. Les idées qui se développent naturellement ont une éternité car le passé, le futur tout est présent dedans, les pensées passées et futures se trouvent toutes dans le « ici et maintenant ». Tu dois laisser l’univers faire son œuvre et accepter sa dynamique, ce n’est qu’après que la musique peut prendre forme sous tes doigts.

 

Lorsque vous avez ouvert pour vos amis de C.R.O.W.N en 2013 vous avez joué deux reprises de Body Count dans votre style. Pourquoi ?

 

La question serait plutôt pourquoi pas (sourire). Ice-T et Body Count tuent ! Nous avons commencé une sorte de culte amusant autour de Body Count il y a des années de cela, particulièrement autour de leur premier album. Il semblerait que nous ayons entraînés quelques amis dont les C.R.O.W.N. A Colmar nous portions tous des t-shirts de Body Count et nous avons interprété deux reprises du groupe comme une sorte de cadeau pour nos potes.

 

As tu écouté leur nouvel essai : Manslaughter ?

 

Bien sûr, c’est leur meilleur depuis le premier: Copkiller (1992, rebaptisé Body Count pour des histoires de censure).

 

Tu as d’ailleurs rejoint C.R.O.W.N il y a quelques mois, le nouvel album arrive et une tournée avec Agalloch est déjà annoncée (entre autres dates). Comment sonne le nouvel album ? Que peut on attendre de cette tournée ?

 

En réalité j’ai rejoint C.R.O.W.N en tant que membre officiel il y a déjà deux ans, avant cela je n’étais qu’un membre live. Le prochain album est un peu dans la continuité du premier (ndlr : Psychurgy, sorti en 2013) avec une production bien plus puissante. Vous pouvez attendre des riffs très lourds et des vocaux complètement fous et psychédéliques qui côtoient des moments très calmes et très beaux.

 

Tu t’étais fais vole ta guitare en France il y des mois de cela (après un concert à Nancy), qu’as tu à dire à l’enfoiré qui a fait cela ?

 

Swallow your teeth.

 

Les derniers mots sont pour toi.

 

Je veux te remercier pour ton temps et ton intérêt. Cela fait un moment que tu soutiens Zatokrev. Cela me touche beaucoup, ça n’a pas de prix. A tous ceux qui lisent cette interview et qui n’ont pas encore écouté notre nouvel album… faîtes le s’il vous plaît, si celui-ci vous parle achetez le (une version vinyle arrive en fin d’année). C’est le meilleur moyen de maintenir un groupe comme le nôtre en vie.

Peace and love !

 

Line-up :

Frederyk Rotter (chant/guitare)

Lucas Löw (basse)

Tobi Glanzmann (guitar)

Frédéric Hug (batterie)

 

Discographie :

Zatokrev (2004)

Bury The Ashes (2006)

Vancouver-Zatokrev (Split-2007)

Goddamn Lights (EP-2011)

The Bat, The Wheel And A Long Road To Nowhere… (2012)

Silk Spiders Underwater (2015)