In Theatrum Denonium 2017

Le défi était osé, et l’ambition de ses organisateurs l’était tout autant ! L’année dernière, l’association Nord Forge avait lancé un tout nouveau concept : Faire jouer des formations rares dans le théâtre style italien de la ville de Denain, redonnant donc du souffle à l’initiative prise par Patrick Roy : faire de Denain la capitale du Metal en France. Le premier acte fut une énorme succès : sold-out. En 2017, il fallait tout simplement transformer l’essai en enfonçant le clou une fois pour toutes. Bingo, nous sommes fin 2016 et Nord Forge dévoile quelques-unes des formations qu’il compte accueillir… Janvier 2017, l’affiche est complète. C’est donc Uada, Harakiri For The Sky, The Great Old Ones et Enthroned qui se chargent de fournir une affiche toute aussi éclectique que spécialisée. 

Oui, le théâtre et le Black Metal ont toujours été liés… Souvenez-vous, les tragédies, les Phèdre et autre Oedipe qui voient leur destin brisé. La catharsis quoi ! Le Black Metal, c’est un peu pareil - On purge les passions et surtout, on montre tout ce qui inquiète. On le pousse à son paroxysme tout ça pour faire l’effet d’une bombe sur les spectateurs. 

Quoi qu’il en soit, laissons de côté les théories littéraires et concentrons-nous sur l’événement. Il est 15H30 lorsque nous arrivons sur les lieux… L’équipe règle encore quelques petits détails, mais nous accueille comme il se doit. Rien à redire, elle est motivée à bloc et se prête au jeu des visites guidées des appartements. Plus surprenant encore, In Theatrum Denonium se verra gratifiée de nombreux focus notamment en Australie - une chaîne de télé locale s’est déplacée pour suivre l'événement de plus près. 

Nos interviews sont dans la boîte et les portes ouvrent à 18 heures pétantes. Perfectos, capuches et autres artifices étaient au rendez-vous - la mode à la sauce Black Metal me direz-vous. Des bénévoles accoutrés de capes nous guident vers la salle où se tiennent les hostilités… 

Un grand rideau occulte l’espace scénique, mais nous entendons le premier groupe régler quelques derniers détails en off. Les lumières s’éteignent et les américains de Uada nous gâtent avec «  Devoid Of Light  », très mélodique ! Pour leur première fois en live, les Americains comptent marquer les esprits une fois pour toutes ! Les titres de son premier album, Devoid Of Light, ont été interprétés afin d’assurer la promotion de ce dernier… Passages plus sombres et parfois plus lyriques se sont donc alternés, mais jamais le groupe ne s’est contenté de faire un simple copier/coller. Oscillant dans un Black Metal évolutif, original mettant en avant la nature et ses particularité, l’esprit des musiciens d’Uada hante la salle… 

Aucune communication, le groupe compte sur sa musique et les grognements de son leader pour marquer de son empreinte toute la paroisse de Denain. Personne ne reste indifférent, et une bonne partie de la salle tombe sous le charme de ces quatre musiciens « encapuchés », des instrumentistes dont nous ne verrons jamais la visage. Mystère, quand tu nous tiens ! Et ça marche - Uada a fait fort et promet encore de belles choses à venir pour la suite. Mais pour l’instant, contentons-nous de nous remettre de ce formidable show et gageons que Jake Superchi et ses acolytes continuent sur leur lancée.

Une demi-heure de pause, nous nous ravitaillons et c’est une toute autre formation que nous accueillons : Harakiri For The Sky. Formation éclipsée de la scène nordiste, elle fait également ses premiers pas dans la région, et profite d’ excellentes conditions de jeu pour présenter ses deux albums fleuves. Bien que nous ne soyons pas très friands de toutes ces appellations en «  Post  », il nous faut avouer les deux amis, M.S., J.C., proposent bien leur interprétation-propre du Black Metal. Le groupe distille donc une musique aux accents dépressifs et les cris de J.J. n’y sont pas pour rien. Voguant entre différentes sources d’inspiration, parfois plus Hardcore, parfois plus Black, les grognements du poète prennent sens dans la foule. Ce leader est également à l’origine de la communication mise en place avec le public : lançant quelques insultes par-ci, par là, il invite aux fans à s’interroger sur l’absurdité de la vie. 

Les deux musiciens à l’initiative du projet ont su s’entourer des meilleurs instrumentistes pour accompagner la guitare et le chant. Le show est particulièrement intense et sans faille - la basse à 6 cordes du bassiste donne une texture en plus à des morceaux souvent déjà lourds en émotion. C’est un très beau concert, les fans étaient absorbés par les parties lyriques des morceaux, et gageons que Harakiri For The Sky fera la même impression au Ragnarok.

Cthulhu, Lovecraft, voilà ce qui branche les musiciens de The Great Old Ones… Vous le savez tout aussi bien que nous, leur réputation n’est plus à faire aujourd’hui (le groupe a d’ailleurs signé chez Season Of Mist pour son nouvel album EOD : A Tale Of Dark Legacy. N’y allons pas par quatre chemins, The Great Old Ones nous a servi le concert le plus hypnotisant de la soirée, alliant à la fois professionnalisme et pertinence sonore du début jusqu’à la fin du show. Il faut dire que les bordelais ont su profiter de l’espace scénique qui leur a été prêté pour donner une nouvelle dimension à ses titres. L’emblème de Cthulhu et le backdrop disposé sous forme de triptyque s’inscrivent dans cette logique. 

Comment mettre en musique l’oeuvre de Lovecraft ? En composant des morceaux allant de pair avec l’univers de l’écrivain… Un voyage de l’âme attend les spectateurs… Particulièrement habile dans l’exploitation et l’interprétation de ses morceaux, The Great Old Ones nous offre un concert mémorable, totalement en phase avec l’espace théâtral. Les lourdes incantations ne cessaient de se combiner avec les alternances de lumières, surprenant ainsi les auditeurs bien assis dans leur siège. Un véritable coup de force pour les Bordelais ! 

C’est un Enthroned qui n’a rien à promouvoir que nous avons accueilli au théâtre de Denain ! Pas grave, c’est toujours ça de pris ! Le groupe que nous avons croisé quelques heures avant le début des hostilités nous avait avoué qu’il ne comprenait pas la raison d’un tel boycott en France et dans la région ! Quoi qu’il en soit, bien qu’il se fasse rare, le groupe n’en reste pas moins une des références du genre. Piochant tantôt dans son dernier album et dans ses classiques pour rythmer son show, les musiciens tous grimés et dans leurs habits de scène font le show… Mais surtout, ils n’en font pas de trop. Le décor est assez sobre. Le groupe ne tombe jamais dans le sensationnel et le kitsch… Les lumières sont sobres, mais les musiciens avaient prévu le coup en incorporant un petit truc en plus : l’effet procuré par l’encens était plus que bienvenu et dépaysant. 

Le concert est excellent. Le groupe est au théâtre comme à la maison… Son frontman, Nornagest, motive son public à se provoquer dans la foule : «  On n’est pas à Marseille ici  »… Le public finit par se réveiller dans le pit et ne cesse de reproduire le signe distinctif de Nornagest lors des morceaux «  Ha Shaitan  » et «  Obsidium  ». Et le groupe n’a que trop de facilité à mettre en pièce le planché de la salle de théâtre - Les perfectos s’entrechoquent - et la violence monte en puissance dans le pit - Le concert est dynamique, et après «  Of Feathers & Flames  », le groupe disparaît pour enfin revenir pour un ultime rappel «  The Ultimate Horde Flights  » ! En quelques mots, ce fut un concert de bonne facture que nous ont délivré les belges mais pourquoi le groupe a-t-il arrêté plus tôt que prévu ? «  Horns Aflame  » manquait à l’appel, et c’est l’idée d’inconsistance qui se mêle à notre satisfaction avortée. 

Quel succès pour cette deuxième édition du In Theatrum Denonium ! «  Sold Out  » encore une fois, des copains, de très belles découvertes à l’instar d’Uada, et surtout une équipe de bénévoles qui ne cesse de se remettre en question pour satisfaire le plus grand nombre. Comme certains d’entre vous le savent déjà, rénovation du théâtre oblige, le In Theatrum Denonium n’aura pas lieu en 2018, et serait programmé à nouveau pour l’année 2019. Mais gageons que le collectif surprendra l’année prochaine avec une nouvelle initiative toute aussi surprenante que son aîné.