Interview - 6:33

Une bouffée d'air frais, c'est ainsi que l'on pourrait résumer le plus simplement du monde ce que procure 6:33. Déjà auteur de l'excellent The Stench From The Swelling (A True Story) fin 2012 sur lequel Arno Strobl (Carnival In Coal, We All Die (Laughing), ex Maladaptive) chantait la majorité des titres, le quintet masqué parisien va bien plus loin encore avec Deadly Scenes. Sorte de cabaret rock/metal complètement dingue, bardé de choeurs grandioses et de mélodies imparables mixant habilement Danny Elfman (compositeur attitré de Tim Burton), Devin Townsend et Faith No More.

La définition du burlesque version musique. C'est l'heure du goûter !

Que pensez vous de The Stench From The Swelling (A True Story) un peu moins de deux ans après sa sortie ?

Nicko (guitare): C’est un album dont je suis très fier sur lequel nous avons affiné le « son » 6:33 et ça reste, de par la présence d’Arno (Strobl), un disque et une expérience à part pour nous. Il a eu un très bon accueil ce qui, soyons honnête, nous a pas mal mis la pression pendant la composition de Deadly Scenes !

J'ai été un peu déçu de ne pas vous voir plus tourner pour défendre ce disque. Qu'est ce qui vous en a empêché ?

Rorschach (chant): Eh bien disons qu'après la sortie de The Stench From The Swelling, nous avons fait quelques dates, mais l'éloignement géographique avec Arno Strobl (ndlr : le bougre vit en Belgique) et son implication dans d'autres projets (We All Die (Laughing) et la reformation live de Carnival in Coal, entre autres) ont fait que nous avons du nous limiter. Il nous semblait plus logique de partir sur un nouvel album que de tourner sans lui.

 Cet album vous a vu collaboré avec Arno Strobl, son projet We All Die (Laughing) est signé chez Kaotoxin Records, votre nouveau label, vous a-t-il aidé à décrocher ce contrat ?

Howahkan Ituna (claviers) : En fait, nous avions déjà rencontré Nicolas, le label manager de Kaotoxin, avant la sortie de The Stench, effectivement par l'intermédiaire d'Arno. L'album devait initialement paraître chez lui mais pour diverses raisons, ça ne s'est pas fait. Nicolas était emballé par le précédent album et nous a fait savoir qu'il était également très intéressé par notre dernière livraison. C'est donc tout naturellement que nous nous sommes tournés vers Kaotoxin pour la sortie de Deadly Scenes.

Restez vous proches de lui ? Avez vous eu l'occasion de le voir remonter sur scène avec Carnival In Coal ?

Howahkan : Nous sommes encore très proches d'Arno, c'est un ami et on se débrouille toujours pour se retrouver au moins le temps d'un verre quand il passe à Paris. Personnellement, je l'ai vu beaucoup ces derniers temps, ayant été réquisitionnés pour assurer les synthés dans C.in.C. Je peux donc fièrement affirmer l'avoir vu à tous les concerts, même s'il était de dos la plupart du temps (rires).

Pourquoi Dietrisch Von Schtrudle a-t-il quitté le groupe ?

Howahkan : J'ai bien peur qu'il y ait méprise : Emmanuel, Howahkan Ituha et Dietrisch Von Schtrudle sont la même personne ! Ça m'apprendra à faire le con...

Plus surprenant le fait qu'Emmanuel ait changé de pseudonyme (mais pas de masque), pourquoi ?

Howahkan : J'ai un nouveau masque en préparation, c'est juste un petit souci de timing (rires). Je ne suis pas spécialement attaché au concept de « personnage » dans 6:33. Pour moi, les pseudonymes et les masques peuvent aller et venir, ça ne me dérange pas. Ce sont des accessoires. Je reconnais le côté pas-pratique-du-tout de cette démarche d'un point de vue biographique, en tous cas. Pardon (ndR : il est clair que là pour le coup je passe très clairement pour un con. Merci!)

Vous avez rapidement annoncé que vous aviez commencé à travailler sur de nouvelles compos avec un choeur masculin et féminin après la sortie de The Stench From The Swelling. Mais de là à vous revoir aussi vite avec un nouvel album, qui plus est aussi bon et chiadé... Quand avez commencé à travailler sur Deadly Scenes ?

Howahkan : The Stench est sorti en Avril 2013, et je me souviens que quand nous sommes partis en vacances ensemble en Juillet, Nicko avait déjà composé les ébauches de plusieurs morceaux. On a voulu enchaîner assez rapidement, l'inspiration était là, et tout a été effectivement très rapide. L'enregistrement de Deadly Scenes a démarré en Décembre 2013. Seuls les morceaux « Black Widow » et « I'm a Nerd » ont été composés et enregistrés un peu après le reste, et le tout a été masterisé fin Juillet.

C'est le premier album sur lequel Rorschach est votre chanteur principal de bout en bout. Il révèle plus que jamais le Mike Patton qui sommeille au fond de 6:33, t'es tu senti à l'aise au moment de se lancer dans l'enregistrement de ce nouvel album ?

Rorschach : Il n'est pas aisé de passer derrière un monstre tel qu'Arno Strobl, mais je ne me suis pas senti mal à l'aise pour autant. Au contraire, l'expérience avec « Burn-In » sur The Stench From The Swelling avait été plus que concluante, je sentais que le groupe avait confiance en moi, et j'avais très envie de me risquer sur un album entier. J'avais certes la pression mais surtout une énorme envie d'y aller à fond !

Est ce son échauffement de wookie qui lui permet de si bien chanter (vous pouvez trouver la vidéo de l'échauffement du frontman ci dessous, c'est assez... intéressant) ?

Rorschach : « Blblblblblblb houwouwiiiiioooou zik zak tchac-a-tchac-a-tchac sâââââââh!!! »

Ca veut dire « oui évidemment, sinon pourquoi je me fendrais à parler cette langue ? » en wookie (rires).

Vous assumez totalement l'importance de Devin Townsend (pour qui vous avez ouvert) dans votre musique, à l'écoute de « Lazy Boy » je n'ai pu m'empêcher de penser à son album Synchestra et à un titre comme « Triumph ». Est ce un album qui vous a marqué ?

Nicko : Pas du tout, je me souviens même avoir été un peu déçu à sa sortie. Je suis très attaché à la « trilogie » Ocean Machine/Infinity/Terria et outre sa musique je me retrouve énormément dans sa démarche artistique, cette liberté vis-à-vis des étiquettes et des styles. Ouvrir pour lui a été un honneur et un rêve de gamin, ce fut un grand moment même si avec le recul je pense que le groupe était encore un peu « jeune ».

 Le break de « Lazy Boy » me rappelle vraiment la fin de « The Stench From The Swelling ». Il y a un peu moins d'influences extrêmes sur ce nouvel opus, est ce qu'elles étaient plus dûes à Arno sur Stench ?

Nicko : Musicalement parlant, l’album était déjà composé quand Arno nous a rejoints pour enregistrer ses voix. « Deadly Scenes » sonne moins agressif par choix, même si cela ne s’est pas fait sciemment, c’est plus un « bilan » de ce que nous sommes aujourd’hui. Quelques personnes ont regretté que The Stench From The Swelling soit moins violent que notre premier disque Orphan Of Good Manners (2011) et c’est en écrivant « I’m A Nerd » que je me suis rendu compte que je n’avais plus les mêmes envies et le même état d’esprit qu’à l’époque.

A l'écoute de Deadly Scenes je me dis que ses titres vont être encore plus compliqués à interpréter encore que ceux de Stench sur scène. Comment allez vous faire ?

Nicko : Nous ne nous sommes pas posé la question même si certain titre comme « Modus Operandi » nous semblait impossible a reprendre en concert. Sur scène nous utilisons pas mal de samples en plus de chaque instruments, nous aimerions bien sur avoir une section de cuivres, un orchestre et une chorale avec nous mais, pour des raisons financières, ce n'est pas pour demain (rires).

Il est toujours aussi impressionnant de constater que malgré tous les arrangements et détails qui fourmillent dans votre musique il demeure toujours une ligne plus accrocheuse qui va marquer plus rapidement. Comment faîtes vous pour écrire des titres de prog/barré qui gardent des refrains imparables comme ceux de « Hellalujah », « Ego Fandango » ou « Black Widow » ?

Rorschach : Nicko et moi composons les lignes de chant en binôme, et on ne s'est jamais posé la question de savoir si allait mettre un truc catchy juste parce qu'on « devait » le faire. La musique nous inspirait telle ou telle ligne selon l'énergie et l'atmosphère qui s'en dégageaient, tout simplement.

Howahkan : Pour ce qui est de l'aspect instrumental, la démarche est la même : on a beau aimer les trucs compliqués, on aime également les bons refrains bien fédérateurs ! C'est à mon avis ce qui fait le charme de ces morceaux, le fait qu'il y ait plusieurs niveaux de lectures et une « accroche » immédiate.

De nombreux passages font référence au diable ou bien à dieu (ou Jésus ce qui revient au même), le clip de « Black Widow » met notamment en scène un prêtre. Le premier titre s'appelle même « Hellalujah », il semblerait que la religion est un sujet qui ait influencé Deadly Scenes.

Rorschach : Deadly Scenes est en fait un album concept, écrit comme une pièce de théâtre sarcastiquement loufoque, traitant des sept pêchés capitaux (ou « Seven Deadly Sins » en anglais). Il y a donc un rapport évident avec la religion, mais toujours avec le second degré qui nous caractérise.

En parlant du clip de « Black Widow », il est appréciable de voir l'effort à la fois esthétique et scénaristique que vous avez fait (il est clair que ce n'est pas avec ce clip de près de neuf minutes que vous allez passé sur MTV). Racontez comment vous avez travaillé sur ce projet ?

Rorschach : On avait très envie de mélanger images réelles et animation, sans trop savoir si cela serait réalisable au vu de notre budget, ni si on trouverait quelqu’un capable de convenir à notre point de vue... Nous avions déjà en tête l’idée principale de la petite fille qui trouvait des pantins inanimés à qui elle rendait la vie, et on voulait qu’il y ait un rapport avec la veuve noire dont on parlait dans le morceau. Un pote à moi m’avait parlé d’un de ses amis réalisateur, Rusty J.Matalou, qui semblait selon ses dires pouvoir correspondre au projet. Nous l’avons rencontré, et l’alchimie s’est faite immédiatement. Il a cogité sur le scénario pendant quelques jours, griffonné un storyboard et on fixait déjà les jours de tournages ! On a tourné deux nuits dans un loft où l’on avait dressé des draps blancs éclairés par derrière, et le magicien qu’est Rusty a intégré les silhouettes ainsi filmées dans des décors de sa création inspirés des films de Tim Burton et de l’expressionnisme allemand des années 20.

Je ne sais pas si vous vous rendez compte que bien que vous utilisiez une boîte à rythme, votre batterie sonne plus réelle que certaines batteries actuelles. Que pensez vous des productions modernes ?

Howahkan : Merci ! La programmation de batterie est une « discipline » qui permet vraiment de très jolis résultats pour qui accepte d'y passer du temps. On programme note par note, en faisant attention à chaque vélocité, c'est un vrai travail de fourmi. La « mode » actuelle dans le metal moderne consiste, il est vrai, à déshumaniser complètement le jeu du batteur, avec des renforts de samples en triggers qui « aplatissent » le jeu et un recalage rythmique au poil de cul. Je ne critique pas forcément cette tendance, elle a du sens dans certains styles, mais ça n'est vraiment pas ce que je préfère. Quelque part, notre démarche prend cette mode complètement à contre-pied puisqu'elle consiste à humaniser au maximum quelque chose qui n'a rien de naturel. Pour ce qui est des productions modernes dans leur ensemble, je trouve qu'il y a de tout. J'aime particulièrement le travail de David Castillo, qui a bossé notamment sur les derniers Katatonia (c'est d'ailleurs lui qui les sauve, à mon humble avis !).

Comment s'est déroulée la composition de « Deadly Scenes » ? Qui semble être un assemblage de trois différents chapitres musicaux mis bout à bout, dont la première partie reprend le refrain de « The Walking Fed ».

Rorschach : L’idée de base vient d’un morceau de hip-hop que j’avais entendu il y a plus de quinze ans lorsque je vivais en Angleterre, qui dépeignait la lutte entre la mauvaise et la bonne conscience…J’ai demandé à Nicko de pondre un duo en trois scénettes aux atmosphères différentes racontant des situations dans lesquelles chaque protagoniste serait tiraillé entre les deux parties de sa conscience lors d’une situation singulière. Je lui ai écrit les trois petits textes de narration que vous pouvez entendre à chaque début de scénette pour l’inspirer, et voilà ce qu’il en a fait.

Le gimmick « Is this the way you wanna live ? » tiré de « The Walking Fed » est juste un petit rappel qui demande au protagoniste de la première partie s’il pense faire le bon choix ou le mauvais, car le libre arbitre reste le thème principal de ce morceau fleuve.

Les dialogues intégrés dans ce titre me rappellent les introductions que faisaient Trey Parker et Matt Stone sur les premières saisons de South Park. Clin d'oeil ou non ?

Rorschach : Gagné! J’ai en effet pris un malin plaisir à mettre nombre de clins d’œil à certains films ou séries que j’adore, et South Park en fait partie… Saurez-vous tous les retrouver ?

Au rayon de vos influences « cinématographiques » vous assumez complètement celle de Danny Elfman. Beaucoup de gens ont été déçu par les dernières collaborations entre lui et Tim Burton, qu'en avez vous pensé ?

Nicko : Pour être tout à fait honnête je ne les ai pas écouté, je reste beaucoup plus attaché à leurs anciennes productions, comme Edward Aux Mains d’Argents (1990), Batman (1989) ou L’étrange Noël De Monsieur Jack (1993). J’aime d’ailleurs beaucoup Oingo Boingo, le premier groupe de Danny Elfman.

Les derniers mots sont pour vous.

Nicko : Deadly Scenes est un album très dense, et avec celui là plus que jamais, vous aurez probablement besoin de plus d'une écoute pour apprécier la bête à sa juste valeur. Nous espérons en tous cas que vous prendrez autant de plaisir à le découvrir que nous en avons pris à le concevoir. Gloire à Satan !

Line-up :

Rorschach (chant)
Nicko (guitare)
S.A.D (basse)
Hawakhan Ituna (claviers)
# (claviers)

Discographie :

Orphan Of Good Manners (2011)
Giggles, Garlands & Gallows (EP-2012)
The Stench From The Swelling (A True Story) (2012)
Deadly Scenes (2015)