Interview - 6:33 - Hellfest

 

Toujours dingue de son troisième album, Deadly Scenes, cinq mois après sa sortie nous avons profité du Hellfest pour nous entretenir une nouvelle fois avec 6:33. Souvent comparé à Faith No More, dont il est l'héritier non la copie, nous nous entretenons le jour de la performance de la bande à Patton. Un entretien moins centré sur leur petite bombe et plus sur leurs récentes activités mais aussi quelques activités annexes de Nicolas Pascal (guitare) et Florent « Rorschach » Charlet (chant), nos interlocuteurs du jour. Toujours aussi sympathiques et loquaces, les deux chauves ont encore bien des projets en tête et c'est tant mieux.

Les retours sur Deadly Scenes ont été unanimes, comment les avez vous reçus ?

Florent « Rorschach » Charlet (chant) : Et comment veux tu que nous les recevions ? (sourire)

Bien j'imagine.

Nicko (guitare) : Cela fait super plaisir, surtout que nous avions l'impression d'être attendu au tournant après The Stench From The Swelling (2013).

Flo : Arno Strobl (Carnival In Coal, We All Die (Laughing)) avait apporté quelque chose d'incroyable et avait bien marqué les esprits. Il fallait enfoncé le clou, je devais passer derrière lui alors que personne ne me connaissait (Flo s'est contenté d'enregistrer « Burn In » et des choeurs sur The Stench...). Donc forcément nous sommes très contents de ces retours.

Le premier pressage de votre album est désormais écoulé depuis quelques mois maintenant qu'est ce que cela vous fait ?

Flo : Que demander de mieux ? Nous l'avons déjà repressé en digipack.

Nicko : Non ! Il était en digipack, nous venons de le represser en cristal. (rire)

Flo : Je suis largué avec tout ça. (rire)

Vous présentez l'émission Metal Versus Tournament (ndC : web série qui réunit cinq musiciens qui ne se connaissent pas pendant deux jours avec la mission d'écrire un morceau metal), comment cette expérience a-t-elle commencé ?

Flo : En fait nous avions tous les deux participez à la première saison qui était un pilote. Nicko avait fait le coach avec Arno (ndlr : sur le tout premier épisode) et il y avait un présentateur par épisode. Les deux concepteurs ont voulu affiner et m'ont proposé de présenter tout le truc et j'ai demandé à avoir un copain... Pour moi le jeu est plus intéressant à deux, il y a de la question/réponse qui se met en place. Et comme nous nous entendons à la perfection ça se passe super bien. C'est quelque chose d'humainement et de musicalement très intéressant. Le processus de création est très intéressant, l'humain est aussi très intéressant. C'est vraiment riche.

 

Est ce qu'elle vous a apporté des choses musicalement parlant ?

Flo : Nous ne sommes pas vraiment en position de 6:33 sur l'émission... (il hésite) Je n'ai pas l'impression que cela nous apporte quoi que ce soit musicalement. Professionnellement il y a quelques musiciens avec qui nous restons en contact mais c'est surtout une belle expérience humaine. Musicalement nous gardons le contact avec des éléments avec qui nous accrochons bien, comme Pierre Lebaillif (chanteur de Disconnected), qu'on vient de croiser sur le festival et qui a été un très bon élément. Il nous a envoyé un morceau il y a quelques jours pour avoir nos avis, c'est cela qui est intéressant !

Est ce que vous avez mis du temps à trouver votre place en tant que présentateur ?

Nicko : Je me souviens de la première, et cela se voit quand tu la regardes, au niveau de la présentation (moi particulièrement) on est un peu cul serré. Nous avons fini par trouver nos marques au fur et à mesure.

Flo : C'était sa première expérience du genre, moi je savais que ça allait bien se passer. Je n'ai jamais animé d'émission auparavant mais je viens du théâtre et j'ai animé dans beaucoup de contextes différents. C'est la complicité qui fait que cela fonctionne.

Nicko : Pour ce qui est du côté coach, j'essaye toujours de garder une certaine distance. C'est leur morceau, nous apportons juste un regard extérieur. Nous ne sommes pas là pour leur apprendre quoi que ce soit.

Flo : Le processus de création est totalement le leur. Lorsque nous voyons qu'ils se perdent un peu, qu'ils perdent du temps, on essaie de les recadrer, de les conseiller. Mais on essaie toujours de garder une distance par rapport à cela car cela n'est pas notre rôle.

Vous commencez à bien connaître les plateaux de télévision puisque vous venez de participer à Une Dose 2 Metal il y quelques semaines. Bonne expérience ?

Nicko : Très particulière.

Flo : En fait nous avons joué en bas, il n'y avait que les téchos. Le plateau avec le public se trouve en haut. Mais ce qui est plus particulier encore, pour moi en tout cas, c'est de devoir être au taquet sur un morceau pendant cinq minutes et de s'arrêter pour aller répondre à des questions. Je suis en perte de souffle après avoir chanté, donc je devais essayer de retrouver mon souffle, répondre puis re-chanter. Ca s'est très bien passé, les téchos ont bien aimé...

Est ce que vous considérez que c'est un passage obligé pour toute formation française qui se respecte désormais ?

Flo : Evidemment dans le sens où il n'y a pas grand chose qui se fait dans ce genre là. Passer dans une telle émission te donne du crédit, on se dit que nous sommes assez intéressants pour qu'ils nous passent. Ca nous prouve que nous sommes peut être sur la bonne voie.

Vous avez enfin réalisé le rêve de certains en ouvrant pour Carnival In Coal en mai dernier. J'imagine que vous y pensiez depuis longtemps ?

Flo : Nous ne savions pas ce qu'Arno allait faire après The Stench..., il s'avère qu'il a monté ce tribute à Carnival avec qui il joue Viva La Vida (1999), leur premier album (ndC : Emmanuel Rousseau alias « Howahkan Ituha » y joue du clavier). Le style s'y prêtant, l'humain s'y prêtant, cela s'est fait naturellement. Il n'est pas improbable que l'on réitère car ils vont rester un peu plus longtemps que prévu dans le circuit.

Vous avez filmé votre concert au Point Ephémère avec Carnival In Coal. A quoi vont servir ces images ? Un live ? Un nouveau clip ?

Flo : Nous avons fait une grosse captation vidéo avec cinq caméras, gérée par le réalisateur du clip de « Black Widow » (Rusty Matalou) et Katharina Schneider. Donc nous allons sûrement sortir un DVD car nous avons vraiment fait un gros truc et on ne va pas le garder pour nous. Ca serait dommage ! (sourire)

Au final vous avez tous un masque et des avatars dans 6:33 mais vous ne cherchez pas à maintenir le secret autour de vos identités. Pourquoi ?

Flo : Je parle beaucoup depuis tout à l'heure, je te laisse répondre.

Nicko : (rire) En fait au tout départ du groupe nous gardions nos noms, nos visages secrets. Et au bout d'un moment c'est devenu très compliqué. Que Slipknot le fasse est une chose (ndC : peut on vraiment dire que Slipknot le fait?) ils peuvent se le permettre.

Flo : Nous avons fait une interview en gardant nos masques et en regardant le résultat nous avions l'air de gros crétins.

Nicko : Nous ne sommes pas Daft Punk. Lorsque tu montes sur scène et que tu mets ce masque, tu es dans un personnage. Mais lorsque tu descends de scène, tu n'es plus ce personnage. Te retrouver en interview à discuter comme une personne normale, avec un masque ça ne le fait pas.

Flo : Nous sommes plus dans un esprit kabuki, théâtre grec. Tu montes sur scène, tu endosses ton personnage. Tu sors de scène, tu tombes le masque. C'est plus comme ça que nous voyons le truc.

Vu le succès de Deadly Scenes on ne qu'attendre le moment où vous allez le défendre à l'étranger. Puisque la seule date à l'étranger que vous avez donné depuis sa sortie a eu lieu au Luxembourg lorsque vous avez encore ouvert pour Shakaponk.

Nicko : Ca se met en place.

Flo : Nous aimerions partir sur deux ans de tournée non-stop. Nous avons très envie d'aller au Japon, en Amérique Latine... Nous avons très envie d'aller partout en fait (sourire) donc nous allons essayer de le faire. C'est vrai que l'on se dit qu'il est possible que notre musique plaise à l'étranger. La culture musicale se prêtant plus à notre univers qu'en France.

Flo, tu es un grand amateur de tatouage. Y a-t-il un artiste que tu aimerais conseiller ?

Flo : Conseiller un artiste est toujours particulier car tu le conseilles par rapport à son style. J'étais tatoueur en fait il y a des années et j'ai fait de la musique puis je me suis pété la main donc j'ai refait de la musique. C'est compliqué (rires). Il y a un mec qui me bluffait à chaque fois quand j'apprenais : Filip Leu. C'est un suisse de Lausanne qui ne tatoue plus que des potes ou d'autres tatoueurs car c'est un des GRANDS. Je vais parler de Trilogie car c'est le salon où l'on va se faire tatouer dans le groupe. Il y a des super artistes qui font un travail de dingue : Aurore, Steph... Je me suis souvent fait tatoué par Romain qui travaillait chez Tintin et qui vient d'ouvrir son salon à Bastille, le Hand In Glove. Mon père s'est fait tatoué chez lui, c'est un pote mais désormais il faut attendre un an pour avoir un rendez vous. Il y a de très bons artistes aujourd'hui, tout dépend du style que l'on recherche. Si je peux te donner un conseil (ndC : c'était un peu l'idée oui...), va voir un site qui s'appelle Inkin et qui recense tous les styles de tattoos avec leurs différents tatoueurs. Le meilleur moyen lorsqu'on veut se faire tatoueur est de se renseigner et ce site est un bon moyen de le faire.

On vous compare toujours à FNM ou au moins à Mike Patton. Qu'avez vous pensé de leur nouvel album : Sol Invictus ?

Flo : (il se tourne vers son camarade) On a pas le même avis.

Nicko : Je suis partagé. A la première écoute cela a été une très grosse déception et finalement j'ai réussi à entrer dedans. Cela reste un bon album mais j'attendais tellement de choses après dix huit ans que je devais en attendre trop.

Flo : A l'inverse, je n'en attendais pas beaucoup plus. Je suis très fan de Mike Patton... (il s'arrête face à mon sourire narquois) Alors sans déconner c'est un débat qui revient souvent. Il se trouve que lorsque tu travailles le chant et que tu te cherches, tu ne peux pas faire toutes les voix. Phil Anselmo ou Corey Taylor ont des grains naturels par exemple. J'ai grandi à Chamonix et il s'avère que là bas la musique n'est pas le sport national. Un jour j'ai découvert Patton. Là j'ai compris ! Là j'ai appris comment chanter ! La démarche artistique de ce mec m'a parlé tout de suite et c'est un mentor. Car il m'a ouvert les yeux sur ce que je pouvais faire vocalement et musicalement. (Il se rapproche de l'enregistreur) Par contre si l'on si connaît un peu en chant, on entend qu'on utilise pas du tout les mêmes effets de voix ! Nous avons juste un timbre similaire donc arrêtez de me casser les couilles avec ça !

Nicko : Tu te calme oui !?

Flo : Après nous n'avons pas la même façon de gueuler mais comme l'on teste pleins de choses et que nous faisons des voix de tête (nous ne sommes pas très nombreux à faire ça dans le metal) la comparaison est inévitable. Evidemment que c'est flatteur car je préfère être comparé à Mike Patton qu'à n'importe qui d'autre.

Quand pourra t-on enfin vous voir jouer ici ?

Flo : Ben Barbaud (ndlr : le grand manitou du Hellfest. Est il utile de le préciser?) si tu nous entends.

Nicko : Cela viendra quand cela viendra.

Flo : Nous avons la chance de venir aujourd'hui faire un peu de com, de participer à cet événement et d'entretenir nos relations professionnels ou nos relations avec les fans.

Nicko : Et les femmes ! (sourire)

Flo : Et les femmes aussi bien sûr ! (rires)

Quels sont les groupes que vous attendez le plus cette année ?

Nicko : Ben Faith No More déjà ! (rire)

Flo : Je n'attends rien d'eux à part la claque. Patton a encore pris du galon grâce à tous ses projets. Après nous n'avons pas les mêmes goûts donc nous n'attendons pas les mêmes choses. Je suis plutôt un fils du néo metal donc pour moi il y a : Korn, Limp Bizkit, Snot, Body Count. Nicko est plus Slash par exemple.

Nicko : Comme chaque année on ne sait plus où en donner de la tête.

Le philosophe Kant a dit : « La musique est le langage des émotions. », qu'est ce que cela vous évoque ?

Nicko : Je ne pense pas. Cela dépend de ta façon d'utiliser ton instrument, il y en a qui font passer beaucoup d'émotions dedans. Parfois aussi tu peux faire passer une émotion sans pour autant la ressentir toi même. Lorsque tu écoutes notre dernier skeud, si tu penses émotion tu finis en camisole...

Flo : Je fontionne plus à l'énergie qu'à l'émotion. Ce qui est lié, certes. Je ne me considère pas comme un grand chanteur mais comme un chanteur énergique là où je considère que Nicko est un grand compositeur. (son camarade est sur le cul) L'énergie que l'on transmet sur scène est très importante, sur album ça n'est pas du tout la même chose. Le transfert d'énergie va avec le public. Les émotions sont crées par la musique et ressenties par le public. Et c'est la beauté de la chose.

Nicko : Cela provoque des émotions mais je ne pense pas qu'il soit toujours question d'émotion à l'origine. Il y a pleins d'exemples sur des anciens titres où le peu de fois où j'ai mis des émotions personnelles dans la musique, les gens ne l'ont pas ressenti. En tout cas pas de la manière dont je l'avais pensé.

Flo : Après nous sommes très second degré, nous mettons beaucoup de satyre dans notre musique. Où déceler ce qui est personnel de ce qui ne l'est pas ? Ce qui est important c'est que les gens y trouvent une émotion.

Tu parles de vos concerts et je trouve qu'il y a quelque chose de très théâtral qui se dégage.

Flo : Je suis passé par le théâtre gamin. J'apprends encore à chanter en studio mais en live ça a toujours été mon truc. J'ai une grande gueule, cela va avec, et c'est plus facile.

Tu as les derniers mots.

Nicko : (il réfléchit quelques instants) Les huîtres !

Flo : Alors, les huîtres et les homards au Hellfest on va en parler ! J'étais au stand argentin où ils taillent au hachoir et tu vois les homards et les huîtres je n'aime pas trop...

Nicko : C'est dangereux ! Mangez en !

Line-up :

Florent « Rorschach » Charlet (chant)

Nicolas « Nicko » Pascal (guitare)

Sylvain « S.A.D » Mazeau (basse)

Emmanuel « Howahkan Ituha » Rousseau (claviers)

Richard « # » Matra (claviers, programmations)

 

Discographie :

Orphan Of Good Manners (2010)

Giggles, Garlands & Gallows (EP-2012)

The Stench From The Swelling (A True Story) (2013)

Deadly Scenes (2015)