Interview - NAÏVE

 

Découvert par certains l'été dernier au Motocultor Festival, Naïve a publié en avril dernier son troisième album : Altra. Une nouvelle fois porteur d'un trip-hop metal de haute volée qui ensorcelle autant qu'il fascine. C'est à leur retour de trois dates plutôt marquantes en Russie (du moins c'est ce que le groupe en dit) que celui-ci nous a répondu afin d'en savoir plus sur une formation porteuse d'une originalité rare qui a de quoi plaire aux fans de Nine Inch Nails, Deftones ou de Massive Attack.

 

Pouvez vous présenter Naïve à nos lecteurs ?

Salut, on est un groupe Toulousain qui évolue dans un métal relativement « ouvert », mélange de métal donc, de rock, d’électro et de trip hop, le tout autour d’une dominante « ambiante » et cyclique. Jouch à la guitare, au chant et à la programmation, Mox à la batterie et à la programmation et Rico à la basse et aux chœurs.

 

Le groupe existe depuis une quinzaine d'années mais vous n'avez sorti votre album qu'en 2009. Pourquoi ?

Excellente question. Je pense que nous aimons prendre notre temps. Non par fénéantise mais plutôt par souci du détail, de l’amélioration. Un besoin de maturer les choses avant de décider qu’elles sont à point. Il fallait trouver un style, un son, un discours, une identité… L’attente peut avoir du bon et révéler parfois des choses qui n’auraient pas vu le jour dans l’urgence. La deuxième raison est que nous avons démarré à deux, batterie et guitare, et qu’il nous a fallu un bon moment avant de trouver Rico qui officie aujourd’hui à la basse.

 

Comment en êtes vous arrivés à faire du trip hop metal ?

Je crois tout simplement qu’on avait envie de faire un mélange de tout ce qu’on affectionne dans ce qu’on écoute. On adore le metal mais on ne souhaitait pas forcément s’enfermer uniquement là dedans. On adore l’électro et le trip hop mais on ne voulait pas pour autant se fermer les portes du monde du metal que nous connaissons bien. On s’est simplement dit « pourquoi on prendrait pas le risque de tout mettre dans notre musique ? Le challenge est excitant aussi. On a la chance aujourd’hui d’être « plaçable » sur une affiche violente, une affiche calme, ou plus globalement une affiche éclectique.

 

Quelles sont les formations qui vous ont influencé ?

En ce qui concerne le métal et le rock on est très fan de Tool et Deftones, on a été élevé au Pantera et au Nirvana, quelques passages par le néo, pas mal de stoner aujourd’hui, mais je crois qu’à nous trois on écoute à peu près tous les styles de metal. Pour le reste on adore Massive Attack, Prodigy, Moderat, DNKL… Mais on écoute aussi beaucoup de classique, de folk… Ca ressemble à la mauvaise blague du « on écoute de tout » mais c’est assez vrai finalement.

 

Avez vous une méthode de travail prédéfini pour votre mélange ou bien suivez l'inspiration qu'elle parte du metal ou bien de l'electro ?

Tout se fait toujours sur le moment sans rien de prédéfini. La majorité du temps on démarre par l’électro puis on vient poser les instruments par dessus pour finir par le chant mais au final aucune méthode de travail n’est immuable.

 

Les retours d'Altra sont unanimement positifs. Est ce que cela vous surprend à chaque fois ?

Je crois qu’il y a toujours un côté surprenant ou un émerveillement à se dire que notre musique voyage et parle aux gens, ou qu’ils se trouvent et quelle que soit leur vie. Evidemment un groupe qui produit un album y met ses tripes et fait tout pour que le résultat soit le meilleur possible, du coup on s’attend toujours à potentiellement des avis mitigés, mais on espère du fond du cœur une unanimité… Du coup, « surprendre » je ne sais pas, mais clairement ça ne nous laisse jamais de marbre, et ça nous pousse à toujours aller plus loin.

 

Vous allez vous produire en Russie, on peut espérer que « Mother Russia » plaise à la mère patrie.

Nous en rentrons il y a quelques jours et c’était incroyable. « Mother Russia » a parlé aux gens mais pas uniquement, les trois dates ont été mémorables, et très émouvantes dans le retour qu’on a eu du public, et dans les échanges. On espère y retourner très vite…

Les thèmes aériens ou aquatiques semblent être parmi vos favoris. Est ce par ce qu'ils collent parfaitement à votre musique ou bien par ce que cela vous inspire ?

Je dirais les deux. Pour ma part en tant que chanteur ça m’inspire énormément au niveau des textes, tout simplement parce que ça fait partie de ma vie au départ. J’ai toujours été très sensible aux océans. Pour l’aspect musical, l’eau est un liquide, donc coule, s’insinue partout, et ne s’arrête jamais. A fortiori quand elle est en masse. Elle peut être d’huile, calme, légèrement agitée ou déchainée. Je pense que ça correspond assez bien à ce qu’on essaie de faire musicalement.

 

L'an dernier vous avez sorti un recueil de remixes, ce genre de procédé est souvent vu comme de l'argent facile pour les gros artistes. Vous avez contourné le problème en le rendant disponible gratuitement sur le net. Pourquoi cette démarche de remixe ?

Honnêtement il n’y a rien eu à contourner, nous avons voulu dès le départ faire quelquechose de gratuit. C’était la première fois et ça nous tenait à cœur. La démarche elle même venait du fait que nous nous considérons comme partiellement électro, donc nous aimons clairement ce style, et le fait même de remixer un titre est pour nous quelquechose qui peut avoir beaucoup de valeur. On souhaitait donc contacter des artistes que nous connaissons personnellement ou non, mais dont nous aimons le travail, pour voir ce que notre musique leur inspirait. C’est aussi un risque et finalement on ne s’expose à aucune critique que quand on ne se met pas en danger. Autant y aller franchement…

 

Avez vous des retours du milieu trip-hop ou electro. Comment votre musique est elle perçue au delà des metalheads ?

Je ne sais pas si on peut parler de milieu mais des personnes n’aimant pas le metal nous témoignent souvent autant d’intérêt que ceux qui aiment ça. Certains nous ont dit que notre musique était parfois une respiration dans une affiche metal « classique » ou bien encore qu’on les avait ouverts à ce style parce que notre musique leur permettait de s’y intéresser par le biais de nos parties plus ambiantes ou plus calmes. Le fait d’avoir très peu ou pas de cris, par choix est aussi parfois un avantage vis à vis d’un public moins metalhead.

 

N'est ce pas frustrant d'être dépendant de la technologie sur scène ?

C’est à la fois jouissif et très frustrant. On ne fera jamais d’impro comme on pourrait en voir dans le jazz ou dans certains groupes de metal un peu « freestyle » mais ces parties électro nous apportent aussi un soutien puissant et carré, gage d’un rendu global massif et propre. Il faut en revanche réapprendre à jouer le jour où on commence un tel travail, l’électro étant clairement un membre supplémentaire au sein du groupe, avec un caractère bien trempé.

Votre musique appelle beaucoup à l'imagination. Est ce que l'utilisation de vidéos sur scène vous intéresse ?

Eh bien tu ne crois pas si bien dire, depuis maintenant un an la vidéo est en permanence au cœur de nos lives, illustrant la totalité du set. Donc clairement, ça nous semblait indispensable et c’est maintenant chose faite !

 

Vous avez joué au Motocultor Festival l'an dernier, une sacré expérience j'imagine.

En effet ! Un Open Air est toujours génial pour un groupe, qui plus est quand on peut partager l’affiche avec de grosses pointures ou se frotter à un running order pas toujours facile. Un challenge de plus qui nous laisse un excellent souvenir !

 

Au moment où j'écris ces lignes un groupe se demande si bosser avec Dooweet, votre chargé de communication, apporte réellement quelque chose. Alors est ce que bosser avec Dooweet sert à Naïve ?

On est ravi de cette collaboration qui ne fait que commencer ! Dans le monde de la promo les résultats ne sont jamais immédiats et apparaissent au bout d’un certain temps de travail, mais en termes de partenariat pour l’instant, nous avons rencontrés des gens passionnés, volontaires et extrêmement humains, c’est tout ce qu’on apprécie, donc le bilan à l’instant même est idéal !

 

Les derniers mots sont pour vous.

Un grand merci pour l’intérêt que vous nous portez chez Metal Cunt, c’est aussi grâce à des gens comme vous que la musique s’étend et grandit, quant au côté pragmatique je dirai que nous sommes en constante recherche de partenaires quels qu’ils soient, booking, sponsoring, labels, donc n’hésitez pas si vous êtes tenté par un bout de route avec nous ! Un immense merci enfin à tous les gens qui soutiennent NAÏVE depuis le début, qui se déplacent aux concerts, achètent encore des disques et nous témoignent tant de positif. A très vite sur une scène, ici ou là bas !

Line-up :

Jouch (chant, guitare, programmations)

Rico (basse)

Mox (batterie, programmations)

 

Discographie :

The End (2009)

Illuminatis (2012)

Remixes (Remixes-2014)

Altra (2015)