Interview - Soilwork - Sylvain Coudret

Sylvain Coudret est un enfant de la région nouvellement appelée « Hauts-de-France », ça tombe bien, nous aussi ! En plus de nous débarrasser de la corvée de la traduction, le guitariste s’avère très enthousiaste et nous a parlé, dans le cadre du Motocultor, des perpectives de son groupe qui a dû avancer malgré le départ de son iconique batteur: Dirk Verbeuren. 

Propos de Sylvain Coudret recueillis le samedi 20 août à St Nolff. 

Salut ! Est-ce que le groupe a un rituel avant de monter sur scène ? 

Oui, en fait, avant un concert, il y a ce qu’on appelle un « music hour », on boit un verre ensemble et on écoute de la musique. Rien de spécial… On décompresse et on se concentre ! 

Hier, c’était une journée assez spéciale pour vous ! Vous avez sorti une nouvelle compilation ! Dans Death Resonance, il y a les morceaux qui étaient disponibles sur les éditions japonaises de vos albums... 

Oui, ce sont les bonus qui sont sortis sur nos cinq dernièrs albums. Il faut savoir que quand on sort un album au Japon, il faut toujours ajouter des morceaux bonus dans l’album ! En fait, les albums sont tellement chers au Japon qu’on est poussé à faire ça ! À l’époque, on n’avait pas le droit de sortir ces morceaux ailleurs qu’au Japon... Mais récemment, on a eu les droits dessus donc on a décidé de tout ressortir pour faire plaisir à nos fans européens et américains. C’est une question de droit sinon on aurait tout donné avant ! On a également décidé d’inclure à cette compilation deux nouveaux morceaux issus du dernier album. Ce sont deux titres que nous n’avons pas eus le temps de terminer à l’époque ! 

Est-ce que tu peux présenter ces deux nouveaux morceaux ? 

Pas vraiment… À vrai dire, je ne les ai toujours pas écoutés ! 

Vraiment ? 

Je te le jure. Nous n’avons pas encore eu le résultat final. En fait, nous travaillons tous dans notre coin, nous proposons nos pistes et le tout est assemblé. Résultat, je n’ai pas encore pu les écouter… Oui, il faudrait peut-être que j’aille les écouter d’ailleurs… (rires)

Une question me trotte dans la tête. Pourquoi n’avez-vous pas préféré sortir ce fameux disque dans une édition « spécial » du dernier album ? C’était un ordre de votre label ? 

Oui, c’est un peu ça l’histoire. Tu sais, après avoir sorti notre double album The Living Infinite, nous avons sorti un mini EP avec les morceaux bonus (il s’agit de l’EP Beyond The Infinite)… C’était un peu pareil. Notre label ne voulait pas le sortir ailleurs qu’au Japon pour les raisons que j'ai énoncées dans la réponse précédente. Mais il se trouve qu’on a repris les droits sur ces morceaux donc on a décidé de les sortir sur Death Resonance… Tout le monde est content au final ! 

The Ride Majestic est sorti il y a un an maintenant… J’aimerais bien savoir avec le recul ce que tu penses de cet album. Penses-tu que l’album a permis au groupe de franchir une nouvelle étape ? 

Pour être honnête, j’ai quand même du mal à prendre du recul avec mes albums. Je prends un certain temps avant de ré-écouter le tout… Après, c’est sûr que quand j’écoute un album en question, je re-découvre certains morceaux. Il faut savoir que le morceau tel que nous l’avons enregistré et le morceau mixé ne sont pas les mêmes - Il y a quelques changements qui font que certaines choses auraient pu être modifiées - C’est pour ça que je n’écoute pas l’album à sa sortie, je suis encore « trop dans l’album » pour prendre du recul. Mais au final, je suis quand même très satisfait de The Ride Majestic ! Rien à dire là dessus ! 

En écoutant ce dernier album, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de contrastes entre les morceaux. Il y a des pistes plus légères, plus calmes, certaines sont bien plus violentes. Est-ce que tu peux revenir sur cette volonté de mixer ces différentes intonations ?  

Ce n’est pas vraiment une volonté. Lorsque nous écrivons des morceaux, nous aimons bien nous surprendre nous-même. On aime bien essayer de nouvelles choses, et expérimenter ! Par exemple, on fait en sorte de varier le style de batterie sur une certaine piste de guitare quand d’autres groupes ne se seraient contentés que de faire quelque chose de linéaire… Vraiment, on tente pas mal de choses ! Je pense que ça l’a carrément fait sur le dernier album. On a réussi à se surprendre et à surprendre nos fans, du moins je l’espère ! On a voulu se faire plaisir en premier lieu, et faire plaisir à nos fans. 

Je me suis renseigné en ce qui concerne les retours de l’album. Il y a vraiment un peu de tout. Certains l’ont détesté, d’autres l’ont adoré. Et toi, tu penses qu’il a fracturé la communauté des fans de Soilwork ou tu penses qu’il a ouvert une nouvelle ère pour le groupe ? 

Oui, nous avons vraiment évolué. Je ne vais pas dire qu’il s’agit là d’une nouvelle ère pour le groupe, non… Ce disque nous représente bien… Nous ne copions personne, on se moque des genres. Bien sûr, il y a des gens à qui cela ne va pas plaire car ils sont très axés « Metal »… Je comprends bien. Mais si le groupe avait continué à faire la même chose durant toutes ces années, il n’existerait plus ! Nous essayons de progresser, et surtout de prendre du plaisir à composer. Si on n’a plus rien de neuf à proposer au bout de vingt ans, c’est vraiment mal barré pour le groupe ! Heureusement qu’on évolue ! Nous sommes vraiment prêts à tout essayer. Nous ne nous donnons aucune limite… Pour moi, je sais qu’on a un style particulier… Quoique l’on fasse, je sais que l’on fera toujours du Soilwork. On s’en est rendu compte au fil des années, donc maintenant, nous essayons d’aller au plus loin possible et explorer le plus de facettes... Et à chaque fois, on crée la surprise !

J’ai fait un sondage auprès de vos fans. Quand on parle d’albums de Soilwork, il y a surtout un album qui sort du lot. C’est The Living Infinite. Et c’est vrai, ce double album a rencontré beaucoup de succès à sa sortie… J’aimerais bien savoir si c’est difficile de succéder à un tel album…

Personne dans le groupe ne pense comme ça ! On fait ce qu’on aime faire, et c’est tout ! Est-ce que la suite sera mieux ? Est-ce que la suite sera moins bien ? Je ne sais pas ! Nous ne nous posons pas cette question, sinon tu ne fais plus rien ! On fait nos musiques, on enregistre, on fait en sorte qu’elles nous plaisent à tous. Après une fois que l'album sort, il ne nous appartient plus… Si l’album ne plaît pas, tant pis ! On fera mieux la prochaine fois ! Nous ne nous mettons pas de stress… C’est contre-productif ! Quand tu fais un album, tu ne sais pas comment il va être accueilli de toute façon… 

Vous avez changé de batteur dernièrement… Dirk Verbeuren est parti rejoindre Megadeth ! 

Tu parles du changement de batteur chez Megadeth ou chez Soilwork ? (rires)

Oui, je me doute, ça n’a pas dû être évident pour vous de trouver un remplaçant… Dirk a quitté Soilwork juste après avoir officialisé son poste chez Megadeth. Qui est votre nouveau batteur ? 

Notre nouveau batteur, c’est Bastian, il a vingt quatre ans, il est assez jeune ! Il est danois, ça fait deux mois qu’il bosse avec nous ! 

Oui, donc depuis que Dirk est arrivé chez Megadeth…

Voilà, au départ Dirk ne devait qu’être le batteur de session de Megadeth, mais les choses se sont déroulées autrement. Il devait jouer jusqu’à fin Juin avec Megadeth et ensuite reprendre la route avec nous, mais il a été officialisé quelques jours après, et ça ne s’est pas déroulé comme prévu… Donc oui, quand on lui a proposé de rester chez Megadeth, il a quitté Soilwork

Oui, c’est vraiment dommage pour Soilwork… Il était quand même un membre important chez Soilwork...

C’est son choix après tout ! On ne va pas le blâmer ! C’est quand même Megadeth...

... Ce qui est une lourde charge quand on voit tous les projets auxquelles il est impliqué… Est-ce que c’est une fierté pour toi de savoir que ton ancien batteur joue aujourd’hui dans cette machine de guerre qu’est Megadeth ? 

Non… Mais je suis quand même content pour lui ! On se connait depuis une bonne paire d’années maintenant. À l’époque, on jouait du Megadeth ensemble, maintenant, il se trouve qu’il joue avec le vrai ! 

Le groupe enchaîne donc les tournées en ce moment. Il y a une tournée qui m’intéresse particulièrement. C’est celle avec Kreator, Sepultura et Aborted ! Ça risque d’envoyer du lourd tout ça ! 

Oui, elle commence au début de l’année prochaine cette tournée ! En ce qui concerne nos tournées, là, cette date de ce soir est la dernière qui s’inscrit dans le cadre des festivals d’été. Après nous allons faire quelques dates avec Arch Enemy. Le groupe va également se produire en tête d’affiche à Londres à l’Underworld. En septembre, nous allons tourner en Amérique du Sud et après on repart d’octobre à novembre aux États-Unis !  

En 2017, lors de votre passage avec Kreator, Sepultura et Aborted, vous serez amener à vous produire au Bataclan. C’est quand même une sacrée épreuve pour toi qui es français en plus…

Oui, bien sûr, ça sera très difficile, mais il faut le faire et passer à autre chose. C’est une salle que j’avais l’habitude de fréquenter pour aller voir quelques concerts également… 

La tournée s’annonce toutefois très palpipante. Vous, Kreator et Sepultura, ça fait quand même un beau petit paquet de grosses têtes. En plus, c’est un affiche qui est quand même assez éclectique. Comment ce genre de tournée se met-elle en place ? J’imagine bien qu’il y a une histoire de tourneurs derrière tout ça. Mais comment as-tu réagi lorsque l’on vous a proposé une telle tournée ? 

Oui, c’est bien une histoire de tourneurs. Après, on nous le propose certaines tournées, et nous étudions bien les contrats et nous regardons si c’est assez intéressant pour nous. Ce qui fut pleinement le cas ici ! C’est vrai que c’est une belle affiche, tout le monde nous en parle en ce moment ! (rires) En ce qui concerne les différents styles, c’est vrai qu’il y en a pour tous les goûts. Y’a du Death Technique, du Thrash vraiment allemand, du Thrash brésilien et du Grind. Je pense que les fans vont se régaler ! 

Après cette énième tournée. Y’a t-il possibilité que le groupe enregistre un nouvel E.P. ou un nouvel album ? 

Théoriquement oui, cette tournée devrait être la dernière avant quelques mois. Ensuite, nous nous pencherons sur l’écriture de nouveaux morceaux. Après, comme je t’ai dit, ça dépend... Si on nous propose des tournées intéressantes. Tu t’imagines bien qu’on ne peut pas refuser, et celle avec Kreator en faisait partie ! On pense entrer en studio l’année prochaine, ça sera sûrement en juillet prochain. 

Ma question finale, c’est de la philosophie. Il y a un philosophe qui s’appelle Emmanuel Kant. Et il a dit que la musique, c’était la « langue des émotions ». Est-ce ça te parle ? 

Évidemment ! Il a raison… Enfin, il n'a pas dit que des conneries ! (rires) Enfin, je n’aime pas trop la philosophie. Mais il a tout à fait raison ce bon vieux Kant ! Personnellement, quand j’ai commencé à faire de la musique, c’était pour m’exprimer. J’ai commencé tout petit avec un piano... Je voulais jouer de la guitare, malheureusement à l’époque, je vivais dans une famille assez modeste donc j’ai dû attendre pour en avoir une. Mais oui, par l’intermédiaire de la musique, je pouvais dire des choses que je ne pouvais pas dire autrement... !  

 

Soilwork, c’est:

Ola Flink : Basse

Bastian : Batterie

Sylvain Coudret : Guitare

David Andersson : Guitare

Sven Karlson : Claviers

Björn Strid : Chant

 

Discographie:

Steel Bath Suicide (1998)

The Chainheart Machine (2000)

A Predator’s Portrait (2001)

Natural Born Chaos (2002)

Figure Number Five (2003)

Stabbing The Drama (2005)

Sworn To A Great Divide (2007)

The Panic Broadcast (2010)

The Living Infinite (2013)

The Ride Majestic (2015)

Death Resonance (Compilation) (2016)