Interview - The Erkonauts

The Erkonauts est la révélation de ce début d’année. Avec I Did Something Bad, réédité par Kaotoxin (6 :33, CinC, Otargos…) avec deux titres bonus, le quartet suisse délivre une baffe fusion metal/rock/punk/prog à la fois catchy, technique, groovy et surpuissante. Une baffe qui évoque autant Tool, que Primus, que Suicidal Tendencies ou encore Faith No More. Et ce fût bien compliqué d’organiser l’entretien suivant avec la tête pensante du combo, afin d’en savoir plus sur ce nouveau projet d’Ales Campanelli et Kevin Choiral (ex-Sybreed) ; la technologie et les disponibilités de chacun ayant rendu les choses particulièrement longues. Un entretien (fleuve) avec un musicien humble, intéressant et simple qui n’a pas hésité à livrer ce que le milieu journalistique qualifie de scoop !

 

Peux-tu revenir sur la fin de Sybreed et la formation de The Erkonauts ?

Ales Campanelli (chant/basse) : J’avais déjà The Erkonauts en tête depuis un moment, on parlait depuis un moment de faire des titres avec cette formation. Les choses se sont passées très vite et le split de Sybreed n’a fait qu’accélérer les choses. J’ai composé l’album en quelques semaines et voilà !

 

Comment devient-on assez fou pour mélanger punk, metal et prog ?

Cela n’est pas vraiment réfléchi, j’avais déjà des années d’expérience dans différentes formations et je voulais faire quelque chose qui soit différent. Il y a beaucoup de règles dans chaque style de musique, des choses qu’on a le droit de faire, des choses qu’on a pas le droit de faire. Et c’est vraiment compliqué pour moi, je ne fais pas de musique pour cela. Je ne veux pas être le fidèle disciple d’un style dont la plupart des règles sont très bonnes mais qui peuvent aussi fermer des portes. Faire toujours la même chose peut amener une certaine répétition. Le désavantage par contre est qu’il est parfois compliqué de nous booker. Lorsque des organisateurs programment un style bien précis il est clair que le nôtre ne l’est pas.

 

Etais tu anxieux que le public ne reçoive pas l'album par l'opposition des styles que vous abordez ?

J’étais terrorisé et je le suis encore. Je suis quelqu’un de très très nerveux. J’appréhende toujours avant un concert. Et puis avec les premières notes je me dis toujours « bon je suis venu pour ça donc ça va aller » (rires). Il y a parfois une réaction assez surprise du public et les gens viennent souvent nous dire ensuite qu’ils ont trouvé cela très original. Je me dis qu’on a peut-être quelque chose qui fera que les gens se rappelleront de nous. Parmi eux certains aimeront plus que les autres et parmi ceux-là certains nous disent des choses plutôt flatteuses. Peut-être sont-ils juste polis (rire) !

 

Vous avez publié I Did Something Bad il y a deux ans déjà. Pourquoi cette réédition par Kaotoxin au début de l’année ?

Nous étions en tournée au Japon et Arno Strobl (CinC, ex-Maladaptive, chroniqueur pour Rock Hard) a parlé de nous à Nicolas (Williard, boss de Kaotoxin). A ce moment nous avions une activité assez chargée car nous étions en pleine promotion de l’album et il nous a simplement proposé de travailler avec eux. Plusieurs labels s’étaient manifestés et nous étions en train de faire le tri entre les différentes propositions. Il se trouve que quelques semaines avant cela j’étais client de Kaotoxin, j’avais donc une très bonne image au préalable de la boîte. J’ai pris l’avion pour rencontrer Nico à Lille par ce que je pensais que pour signer un contrat il valait mieux se serrer la main plutôt que de simplement échanger des mails. On a mangé ensemble, c’est un mec super cool et il m’a expliqué comment son label fonctionnait. C’est quelqu’un qui dégage quelque chose d’extrêmement bon, d’unanimement adoré par les groupes de son catalogue. Il n’y avait donc aucune raison de se priver. Je lui ai demandé s’il voulait rééditer ce premier album car je voulais qu’il soit disponible partout et qu’il fasse partie intégrante de notre catalogue. Que les gens ne se disent pas que cet album était « l’avant label » et qu’il n’a existé qu’en live.

 

N'est-ce pas frustrant d'ailleurs que l'album compte désormais onze morceaux et non plus neuf ? C'est quand même le nombre parfait.

Cela a été matière à débat, pour de vrai ! On en est arrivé à la conclusion que neuf est meilleur que huit quoiqu’il arrive et le fait qu’il y ait onze morceaux ne pervertissait pas cela. Je crois que c’est Drop (Samael, ex-Sybreed, producteur du groupe) qui nous a dit que cela ne pouvait pas remettre en question la valeur du neuf (rires).

 

D'ailleurs d'où est venu l'idée d'ouvrir « 9 Is Better Than 8 » par cette fabuleuse intro au ukulélé ?

Les gens qui me connaissent te le confirmeraient, j’adore tout ce qui fait du bruit (rire). J’ai un trombone, un tambourin, une batterie à doigts et donc un ukulélé. Comme je ne sais pas en jouer particulièrement on l’avait accordé de manière à sortir des accords plus facilement. C’est Drop qui s’est chargé d’en jouer, tout s’est passé très vite et cela collait parfaitement au petit texte que j’avais écrit pour l’intro.

 

Encore une chose non préméditée.

Exactement ! Il faut se laisser une marge de spontanéité. Si tu réfléchis trop une idée pareille tu finiras par la trouver idiote. Je trouve que le morceau est amusant, on le joue de temps en temps en live et il passe très bien.

 

Ce qui me plaît dans cette intro c’est qu’elle affirme le côté fun qu’on peut trouver dans votre musique. Comme dans les textes de « The Great Ass Poopery » et de « 9 Is Better Than 8 » (le premier étant plus qu’acerbe). Est-ce que vous avez besoin de garder un côté fun dans votre musique qui musicalement ne l'est pas tellement ?

Tout à fait ! Les choses dont on parle dans « The Great Ass » sont assez tragiques finalement mais les schémas sont tellement ridicules que cela finit par me faire rire. Cela n’est pas le but de faire un groupe humoristique mais de la même manière qu’il faut rester spontané si certains choix sont amusants on ne va pas les jeter sous prétexte que l’on veut donner une image sérieuse. On suivrait alors ces fameuses règles en nous mêlant à une masse dont on ne veut pas faire partie. Lorsque tu es toi-même, tu n’es pas parfait (rire). Tu fais des choses plus ou moins réfléchies, des trucs plus ou moins amusants. Cela fait du bien de pouvoir faire le con, tout simplement (sourire). En résumé le but n’était pas de donner dans le vaudeville mais nous pensons que si cela nous amuse alors nous pouvons en parler sans que cela définisse ce que l’on fait. Il des groupes que l’on considère comme humoristique de manière presque négative et il est clair que nous ne courrons pas derrière l’étiquette de « groupe drôle ».

 

Drop semble être votre producteur attitré. Est-ce que vous ne vous voyez pas travaillé avec quelqu’un d'autre ? Est-il un peu comme le « cinquième membre » de The Erkonauts ?

Comme un membre du groupe je ne sais pas mais c’est un de mes amis les plus proches, c’est un des amis de Kevin les plus proches donc il fait partie de la famille. C’est un excellent producteur donc il commence à être booké très longtemps à l’avance (rire). Mais nous allons enregistrer le prochain avec lui et nous nous en réjouissons. Aller en studio avec lui c’est comme passer des vacances avec un pote que tu ne vois pas assez souvent. Nous allons commencer l’enregistrement de notre nouvel album avec lui le 17 mai, nous sommes enchantés. Morts de stress mais enchantés (rires).

 

Tu viens de devancer mes prochaines questions qui amenaient à te demander quand nous pouvions attendre un nouvel album. On vous a vu cependant dire que vous enregistriez des batteries.

En fait nous sommes en train de travailler aux pré-prods et nous fignolons les compos. Nous passons énormément de temps sur les arrangements pour que tout soit bien organique. Nous faisons très attention aux batteries car l’ensemble repose là-dessus. Nous avons donc le matériel pour un nouvel album. Nous jouerons peut-être quelques nouveaux morceaux en septembre lors de notre future date en Russie (ndlr : au Belomor Boogie Festival). Début 2017 il devrait donc être question d’une sortie de cet album (sourire), même si c’est Kaotoxin qui sait quel est le meilleur moment pour sortir notre album. Nous les laissons faire ce qu’ils font bien mieux que nous (rires).

 

Tu étais à l'origine de toutes les compos de I Did Something Bad, est ce que le prochain album sera plus « démocratique » ?

Démocratique le groupe l’a toujours été puisque finalement les arrangements ont été fait ensemble et en général ils écoutent absolument tout ce que je peux proposer. J’ai besoin de leur avis. Il y a des idées que j’aurais jeté sans eux ou des éléments qui auraient été moins bons. Ils sont très critiques et ont un rôle de psychologue lourd à porter car il y a des jours de déprime totale (rire). J’ai passé pas mal de temps à préparer les morceaux et tout le monde a participé à ces morceaux. Ce sont d’excellents musiciens et les titres seraient totalement différents sans eux.

 

D’ailleurs si on en croit « Culbotus » et « Machine », les deux bonus de la réédition, on peut s’attendre à quelque chose de différent.

J’espère. Nous n’avions jamais joué ensemble avant la sortie de I Did Something Bad et nous en avons fait beaucoup depuis. Faire de la route c’est génial car… tu fais de la route (rires) et cela te permet d’apprendre à connaître tes camarades par cœur. Dans le groupe nous sommes tous très proches et je pense que quelque chose va découler de tout cela. Cette facilité de compréhension que tu apprends sur la route vaut dix ans de studio.

 

Vous avez joué en Chine et à Taiwan, pas les destinations les plus prisées par les groupes de metal actuels. Que gardez-vous de ces expériences ?

Je suis entièrement d’accord avec ta logique mais si on nous demande de jouer quelque part évidemment que nous allons accepter (rire). Nous ne pouvons pas résister. Et quand je pense à mes huit ans et que mon but était de faire des concerts, si tu disais au petit Ales que le grand a refusé un concert au Japon le gamin deviendrait fou (rire). Il nous faut vraiment des arguments très solides pour refuser une date. C’est capital pour nous. En Chine il y a un marché qui se développe, il y a des bons festivals. C’est là-bas que nous avons fait nos premières grandes scènes après c’est toujours pareil lorsque tu pars aussi loin. La promotion est hyper importante si tu ne veux pas te retrouver devant des salles vides. C’est un risque et je pense qu’aucun groupe n’a jamais donné un concert difficile. Cela fait partie du truc. Tu peux te retrouver devant une salle comble fantastique un jour et le lendemain devant beaucoup moins. La Chine reste un bon souvenir mais mon meilleur est à Taiwan. Il s’est passé un truc fou !

 

D'où est venu ce nom « The Erkonauts » ?

C’est très simple en fait. Le petit bonhomme avec des antennes qui compose notre logo s’appelle Erkos et les Erkonautes sont ceux qui l’accompagnent dans ses voyages (rire).

 

Avec un nom pareil on s’attend plutôt à un groupe spatial alors que ça n’est pas le cas.

Il est fort probable qu’il aille dans l’espace ce petit bonhomme. Il peut faire tout ce qu’il veut. C’est le seul truc au monde que j’ai les facultés de dessiner, je l’ai avec moi depuis que je suis gamin. Cela me fait très plaisir que les autres l’aient accepté comme logo. Je te parlais du Ales à huit ans, je pense qu’il serait très content.

 

Peux-tu nous donner des nouvelles du projet « Obsydians » dont toi et Kevin faites partie ?

Nous nous sommes réunis récemment pour avancer sur le projet, je pense que quand nous aurons fini l’album des Erkonauts nous allons passer un peu de temps avec Drop et Kevin pour poser des choses en plus. Nous avons déjà du matériel que j’aime beaucoup. C’est très enthousiasmant mais le projet est libre de toute pression donc je ne peux pas te donner de deadline. Je trouve qu’il se passe quelque chose quand nous jouons tous les trois. Cela ne m’étonnerait pas qu’il y ait quelque chose qui paraisse en 2016. C’est notre implication à Kevin et moi dans The Erkonauts et Samael qui nous empêché d’avancer aussi vite que ce que nous pensions. Nous voulons réellement travailler ensemble et non par e-mail interposé. Nous laissons les choses arriver sans pression et je pense que le résultat en vaudra la peine. Les fans de Sybreed ne devraient pas être dépaysés, contrairement à ceux qui ont écouté The Erkonauts en s’attendant à un groupe dans le même style.

 

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Je te remercie infiniment pour ta patience. Avec ce téléphone qui nous a bien embêté je pense qu’on aurait pu envisagé le morse (rires).

 

Line-up :

Ales Campanelli (chant/basse)

Sébastien "Backdosh" Puiatti (guitare)

Los Sebos (guitare)

Kevin Choiral (batterie)

 

Discographie :

All The Girls Should Die (single-2014)

I Did Something Bad (2015)

I Did Something Bad (réédition-2016)

Nouvel album (possiblement début 2017)