Interview - Lost Society - Samy Elbanna

C’est comme si c’était hier ! Mon photographe, François Lampin, me passe un coup de fil à la fin du set de Vektor et me demande si une interview avec Lost Society est envisageable… Moi, surpris et surtout démuni d’un questionnaire, doute. Vais-je le faire ou pas ? Oh, et puis ce n’était pas si je n’étais pas fan du combo finlandais… Je prépare mes questions, je rejoins la box et je vois que Samy Elbanna (chant, guitare) m’attendait de pied ferme depuis un bon quart d'heure ! 

Propos de Samy Elbanna recueillis par Axl Meu le 21/08/16 

Hello ! Ça va ? 

Oui, très bien ! On vient juste de se produire et vraiment, j’ai l’impression que l’on a donné l’un des meilleurs concerts de toute notre vie ! Tu sais, nous nous sommes produits dans deux petits clubs en France il y a deux ans, et on nous avait conseillé de jouer plus souvent en France… Et nous y sommes, et beaucoup de monde est venu nous voir… Ça le fait ! Nous sommes très honorés d’avoir pu nous produire ici en France au Motocultor, nous espérons revenir un de ces quatre ! 

Quel concert ! À vrai dire, c’était la toute première fois que je vous voyais… C’était vraiment génial. J’ai remarqué que vous vous inspirez de beaucoup de groupes dans votre façon de concevoir un concert…

J’ai assisté à beaucoup de concerts… Mais s’il y a bien un groupe qui m’a fortement influencé sur ma manière de me comporter sur scène, c’est Iron Maiden… Ce groupe est totalement génial… Bien qu’ils ne soient plus très jeunes, ils continuent de courir partout, c’est génial ! Après, il y a également les Stick To Your Guns qui sont totalement géniaux en live ! J’aime ce genre de groupes qui ne restent pas figés sur place… Je préfère quand un groupe dégage de l’énergie, quand les membres courent partout ! Slipknot est un super groupe à aller voir en live également ! 

Peu de temps avant de commencer l’interview, tu m’as expliqué que votre concert du Motocultor était le dernier de votre saison estivale… Quels souvenirs gardes-tu de cette tournée ?

Tous nos concerts se sont très bien déroulés… Mais le plus marquant reste ces dates en Finlande. Nous avons fait une petite tournée des festivals Finlandais, c’était particulièrement cool ! Après, nous avons joué un peu partout en Europe… (blanc) Mince, voilà que j’oublie les moments importants de cette tournée (rires). En tout cas, la dernière étape de cette tournée était juste fantastique… Nous nous sommes produits au Brutal Assault, au Summerbreeze et aujourd’hui au Motocultor !  Et pour être honnête, ces trois derniers shows sont les meilleurs que nous avons pu faire ! Et je n’oublierai jamais le Motocultor, vraiment. Le public était dingue ! 

Vous avez sorti un nouvel album, c’est Braindead. Est-ce que le titre fait directement référence au film qui porte le même nom ? 

(rires) non ! Braindead résume en quelque sorte la vie du groupe… Si tu lis bien les paroles de nos nouvelles chansons, tu t’apercevras qu’elles font toute référence au groupe. Néanmoins, elles apportent également des éléments de réflexion en ce qui concerne le monde qui nous entoure, tu sais, tous ces gens qui ne pensent qu’à eux, et les autres hypocrites qui ont vraiment le cerveau pourri… 

... Le groupe a pris une nouvelle direction avec cet album. 

Oui.

Vos morceaux sont moins « thrashy » dans l’âme, bien moins rapides que ceux présents sur vos deux premiers disques… 

En fait, nous ne nous sommes pas dits: « C’est bon, maintenant qu’on a enregistré deux albums au tempo effréné, on va ralentir la cadence »… Non, tout cela s’est passé autrement ! En fait, nous avons juste voulu nous ouvrir à de nouveaux horizons ! Tu sais, nous écoutons tous d’autres styles de musique, et nous nous sommes dits qu’il fallait que le groupe soit ouvert, et qu’il ne soit pas borné ! Nous voulons juste surprendre nos fans et ne pas tourner en rond. Ça n’aurait aucun sens ! Nous sommes déjà en train de composer le prochain album. Bien sûr, vous retrouverez le style propre au groupe, mais aussi de nouveaux éléments. C’est de cette façon que l’on travaille chez Lost Society

Pouvons-nous dire que l’atmosphère dégagée par les nouveaux morceaux s’inscrit dans la suite logique de Terror Hungry ? 

Bien sûr ! Les ambiances sont assez similaires. On peut y retrouver des atmosphères sombres dans les deux cas… Mais il y a une vraie différence en ce qui concerne les paroles, les sujets traités dans Braindead sont totalement différents que ceux exploités pour Terror Hungry… En fait, nous disons à chaque fois ce que nous tenons à dire. Du coup, les fans ne peuvent pas vraiment savoir de quoi nos prochains titres traiteront…

Dans ce nouvel album, il y a un titre assez long… Je pense notamment à « Only My Death Is Certain » qui clôture l’album. Pourquoi ce titre est-il si long ? 

L’histoire de cette musique est assez amusante en elle-même. En fait, nous étions en train de travailler deux morceaux différents… Nous avions deux riffs pour deux morceaux, mais nous avons eu l’idée de les mettre ensemble. Et au final, ça l’a fait ! On s’est dit: « Oh mon dieu, le rendu est terrible ! »… Le groupe s’amusait à répéter les structures pendant deux heures mais nous ne nous rendions pas compte que le morceau était si long… Ce n’est seulement que lorsque nous avons mis le tout en boîte que nous avons remarqué que le morceau était long ! Nous l’avons quand même gardé… Même si le morceau est long, on ne s’ennuie jamais. C’est un morceau qui surprend ! Je suis conscient que huit minutes, c’est long ! Il est très facile d’écrire un morceau de huit minutes, mais il est très difficile d’écrire une chanson de huit minutes que tu peux écouter de A à Z sans t’arrêter en cour de route. Et je pense que l’on s’en est très bien sorti pour « Only My Death Is Certain » ! 

Le groupe tourne énormément… 

Oui ! 

Je me demandais si la vie sur la route avait un impact sur votre manière de composer… 

Bien sûr ! Quand nous sommes en tournée, nous n’avons pas vraiment le temps de répéter, de nous entraîner… Mais d’une manière ou d’une autre, quand tu te produis tous les jours, tu t’entraînes… En ce qui concerne nos pratiques de composition, nous ne sommes pas le genre de groupes qui écrit ses albums sur la route… Ce n’est que lorsque nous avons trois semaines de temps libre que nous prenons le temps de composer et d’écrire de nouveaux morceaux ! Ce qui est bien quand tu tournes beaucoup, c’est que tu rencontres de nouvelles personnes, tu découvres de nouveaux groupes qui deviennent d’éventuelles sources d’inspiration… Des moments, quand je suis sur la route, je peux développer une mélodie qui me fait penser à tel ou tel groupe… Donc oui, la vie sur la route a un impact sur notre façon de composer !  

Sur votre dernier album, il y a une reprise de Pantera… Mais ce n’est pas un morceau ultra-commun comme « Walk » ou « Cowboys From Hell »… Il s’agit de « P.S.T. »… Pourquoi ce titre ? 

C’était très simple pour nous de choisir ce morceau ! En fait, nous avons choisi de ne reprendre du Judas Priest ou du Iron Maiden car tous les titres que nous voulions reprendre étaient déjà parfait ! Et nous avons pensé à Pantera… Ça nous trottait en tête depuis pas mal de temps, et puisque nous aimons tous l’album Power Metal de Pantera… Nous avons pensé que ça serait bien de reprendre un des morceaux de cet album. Puis nous nous sommes attelés à la tâche et avons interprété « P.S.T. » pour s’amuser, pour le fun ! Ça le faisait tellement que l’on s’est dit qu’il serait bien de l’enregistrer pour voir à quoi le morceau pouvait ressembler. On s’est éclaté, et on s’est dit que ça pourrait être cool de l’inclure dans notre nouvel album d’autant plus que pas mal de monde ne sait pas qu’il s’agit là d’un morceau de Pantera… Donc si on peut faire découvrir ce morceau par l’intermédiaire de notre reprise, c’est tout bon pour nous ! 

On dit de Lost Society qu’il appartient à une sorte de nouvelle vague de Thrash Metal. Qu’aimerais-tu dire à tous ceux qui pensent que le Thrash Metal des années 2010 n’est qu’une simple copie de tout ce qui se faisait dans les années 80 ? 

Je partage un peu leur point de vue… Le Thrash Metal des 80’s était vraiment excellent, il est difficile de faire mieux aujourd’hui… Tout a déjà été exploité ! Mais d’un côté, je trouva ça bien de voir tous ces groupes faire renaître l’esprit des années 80, mais rien n’empêche ces groupes de donner un nouvel aspect à cette musique ! On peut très bien prendre notre groupe par exemple… Regarde, nous sommes considérés comme un groupe de Thrash Metal, mais pas que ! Nous essayons d’inclure quelques touches de Crossover, quelques touches de Heavy Traditionnel… En plus, il y a également beaucoup de groupes qui sont estampillés de Thrash Metal, mais qui ont réussi à apporter leur pâte ! 

Le groupe est bien occupé… Avez-vous toutefois le temps de découvrir des nouveaux groupes Finlandais ? 

Nous avons la chance d’avoir une scène Underground très active en Finlande ! Nous avons commencé comme tous ces groupes, en bas de l’affiche… Et c’est assez surprenant de voir que nous avons réussi à motiver quelques jeunes à prendre leur guitare et à former un groupe ! Tu ne peux pas savoir ce que ça fait ! Il doit y avoir une dizaine de groupes de Thrash en train de bien évoluer en Finlande ! 

Quels conseils donnerais-tu à tous ces groupes qui veulent percer dans le milieu ? 

Je leur dirais tout simplement de bosser encore et encore ! Il faut que ces groupes continuent, bien que ça ne soit pas facile du tout... Je suis conscient que Lost Society a eu beaucoup de chance ! Tout est allé très vite pour nous… 

Oui, vous êtes quand même sorti vos albums chez Nuclear Blast et ce dès le premier, Fast Loud Death

Exactement… Mais il ne faut jamais renoncer, et continuer encore et encore ! Et si jamais tu veux percer dans la musique, tu te donnes les moyens et tout ira plus vite que tu ne le crois ! 

Au moins ça as le mérite d’être clair ! 

Oui, rien n’est impossible, et je pense que Lost Society en est bien la preuve formelle !  

Ma dernière question, c’est de la philosophie ! Kant a dit que la musique était la langue des émotions. Qu’en dis-tu ? 

Bien sûr ! La musique parle à tout le monde… La musique fait clairement partie de ma vie, et je ne sais pas du tout ce que je ferais si je n’étais pas musicien… Quand je suis sur scène, lorsque je me produis, je veux transmettre des choses au public… Et bien sûr qu’il s’agit là d’émotions ! Il y a une certaine ambiance qui se met en place et nous communiquons avec notre public ! La musique est bien un langage universel ! 

Merci ! 

Merci à toi ! 

Lost Society, c’est:

Ossi Paananen : Batterie

Mirko Lehtinen : Basse

Arttu Lesonen : Guitare

Samy Elbanna : Chant, Guitare

 

Albums: 

Lost Society (Démo - 2011) 

Trash All Over You (Démo - 2012)    

Fast Loud Death (Album - 2013)

Terror Hungry (Album - 2014)

Braindead (Album - 2016)