ITW - Radical Suckers - Aéronef - Lille

«  C’est le moment de dire des trucs salaces  », «  salaaaaace  ». Premier constat, il ne faut jamais laisser son portable entre les mains des Radical Suckers. Quelques heures avant leur prestation à l’Aéronef de Lille (à l’occasion de la tournée d’Against Me), la rédaction de Metal Cunt s’est permise de déranger ce power-trio décadent afin d’en savoir un peu plus sur son nouvel album, le virulent  : V.I.T.R.I.O.L.

Propos du groupe recueillis par Axl Meu le 31/05 à l’Aéronef de Lille.

La première question est simple. J’aimerais tout simplement que vous vous présentiez pour ceux qui ne vous connaissent pas encore  !

Robin : Salut ! Je suis le guitariste, j’ai commencé Radical Suckers car je voulais monter un power-trio… Un power-trio, quand tu joues du Rock, il n’y a rien de mieux ! Je me suis détourné du regard de Jésus. Il fallait que je trouve d’autres passions… Je suis vite tombé amoureux du Rock ’n’ Roll. (rires)

Clément : Le groupe date de 2009. Il a connu pas mal de changements de line-up… Je suis le bassiste et suis arrivé en dernier ! Nous en sommes au troisième album… Ça fait un bail que je connais le groupe, presque depuis ses débuts. Puisque je joue dans d’autres groupes (Jodie Faster, Psykokondriac…) j’ai régulièrement été amené à ouvrir pour les Radical Suckers. Quand Jerem a dû arrêter, j’ai rejoint le groupe de manière assez spontanée. C’était facile pour moi…

Tonio : Salut  ! Je suis donc le batteur. J’ai commencé la musique naturellement… Je me suis investi dans pas mal de formations plus branchées «  Metal  » pour commencer… Quand j’ai rencontré Robin dans les années 2000, nous nous sommes tout de suite bien entendus. Naturellement, on a répété, ça l’a vite fait… Puis, Radical Suckers est parti de là  !

Robin, tu me parlais de ta volonté de créer un power-trio. Pourquoi tenais-tu tant à former un power-trio  ? 

Robin  : On a beaucoup plus de place sur scène  ! Puis, un power-trio dégage beaucoup d’énergie… On ne se gène pas sur scène, on a un meilleur cachet (rire). C’est moins dur pour répéter. Quand on est à cinq dans un groupe, les membres peuvent rencontrer des problèmes de disponibilité… Par moment, quand les gens nous écoutent pour la première fois, ils pensent que nous sommes à cinq  !

Sur album, il n’y a qu’une seule piste de guitare  ? Comment faites-vous en sorte de transcrire autant d’énergie avec une seule guitare  ?

La guitare est doublée sur nos albums. En ce qui me concerne, je puise mon énergie dans la rage que j’ai enfouie depuis quelques années maintenant. J’ai une sorte de colère, une haine… Pour ne pas tomber dans les plans faciles de la haine, je joue fort. Ça fait vraiment du bien.

Ce soir, vous jouez à l’Aéronef. Ce n’est pas la première fois que vous vous y produisez. D’ailleurs, vous avez fait la «  release party  » de votre nouvel album, ici. Cette fois-ci, vous êtes sur la grande scène… Vous profitez du dispositif de soutien aux jeunes groupes proposés par l’Aéronef. Ça fait quoi d’ouvrir pour The Bronx et Against Me ?

C’est le kiff  ! Tous les groupes sur l’affiche sont particulièrement énergiques. Je suis super fan de The Bronx… J’ai écouté Against Me. C’est vraiment pas mal, même si notre musique est différente.

Clément : Je trouve qu’on est plus proche de The Bronx d’un point de vue stylistique en tout cas. Ce côté Rock d’énervés auquel nous sommes tant attachés, nous le retrouvons sur notre album. Bien qu’on ne sonne pas trop US et qu’on nous compare à un groupe de Punk, on reste très Rock ‘n’ Roll dans l’âme. On a assisté aux balances de The Bronx, ça claquait. Ils ont bien fait de nous mettre en première partie, les fans de The Bronx ne devraient pas être perdus devant notre show…

En mars dernier, vous avez publié votre troisième album. Il s’intitule V.I.T.R.I.O.L., ça veut dire quoi  ?

Robin  : Ça veut dire : «  vide toi toi-même  ». Fais le plein, ressource-toi. C’est une   philosophie qu’on applique à soi-même pour se ressourcer.

Quel rapport le titre entretient-il avec la pochette  ?

Nous voulions proposer quelque chose de plus coloré, de plus spirituel cette fois-ci. On voulait développer un concept autour de la science occulte. C’était un délire, ça fonctionne bien…

En général, les pochettes typées Rock ‘n’ Roll proposent très rarement ce genre d’illustrations. C’est une façon de vous démarquer, non  ?

Nous n’y avons pas vraiment pensé à vrai dire. On se moque un peu des codes… Mais c’est bien de se distinguer, c’est vrai  !

Clément  : On a ce côté un peu libertaire. On a nos délires, nos interprétations. C’est un moyen d’exprimer notre rage. Cette musique, qui passe également par la pochette, c’est une façon d’envoyer balader tout le monde. Nous sommes en quête de liberté… Cette pochette est pleine de symboles, ça nous ouvre des perspectives. On n’est pas là pour rigoler. On veut que ça bute. Point à la ligne.

Clément, tu nous apprenais en off que tu ne jouais pas sur V.I.T.R.I.O.L.. Tu n’avais pas encore rejoint le groupe quand l’album a été capté. Si tu pouvais changer quelque chose, tu changerais quoi  ?

Parmi les trois albums de Radical SuckersV.I.T.R.I.O.L. est celui que je préfère. J’aime beaucoup les deux premiers albums… Mais c’est celui qui a le plus capté l’énergie du live  ! Le propos était super bien amené, il envoie une bonne dose de fureur… J'aurais modifié les médiums de la basse pour répondre à ta question !

On dit souvent du troisième album que c’est celui qui consolide, voire même fige le style du groupe. Est-ce le cas chez vous  ?

Je suis d’accord. Néanmoins, le son de mes albums varie en fonction de ce que j’écoute au moment précis de composition. Après, la famille du Rock ‘n’ Roll est grande… On pose le noyau dur, et après, ça se resserre…

Parlons de votre style à présent. Vous vous inscrivez dans la suite logique de groupes tels que les MC5, les Stooges. C’est vraiment la première vague de Punk. C’est ce côté dégueulasse qui ressort à la première écoute qui nous met la puce à l’oreille. Que ces groupes représentent-ils pour vous  ?

Robin : L’espoir, et surtout une rage que n’avaient pas les hippies en 1967. Il n’y a que Jimi Hendrix qui a réussi à impliquer une once de rage dans la musique. Les Stooges, ce sont des anarchistes, ils sont «  rentre-dedans  »… au taquet, quoi  !

Les Stooges restent un groupe culte aujourd’hui. Un nouveau documentaire, Gimme Danger, est sorti dernièrement… Vous vous inscrivez dans une démarche qui est toujours d’actualité au final. Pourquoi les groupes ont-ils besoin de revenir aux fondamentaux au final  ?

Je ne l’ai pas encore vu ce documentaire ! Pourquoi les gens veulent-ils revenir au source ? Tout simplement parce que cette musique est naturelle et spontanée ! On a hérité de ce son… Tu sais le côté bien énervé ! Boum baby ! 

Energie, d’accord… Mais c’est quoi de ce morceau «  Astruc  » en plein milieu d’album ? 

C’est juste une pause pour les oreilles ! C’est vraiment une transition… D’ailleurs, si l’album avait été pressé en vinyle, ça aurait pu être le titre de transition entre la face A et la face B. C’est un peu l’oeil du cyclone ce morceau, le calme avant la tempête ! 

À la fin de l’album, il y a ce «  hidden track  ». En général, ce genre de morceaux cachés est ajouté à la fin de l’album un peu à l’arrache. C’est le cas, ici ? 

Totalement ! C’était après une soirée un peu épicée… Tonio a commencé à chanter quelques passages, on les a inclus au morceau comme ça. Ça n’a pas trop de sens, c’était vraiment pour finir l’album sur une touche de légèreté ! 

Vous vous êtes produits dernièrement dans le cadre du Zikenstock. Il faut savoir que vous avez été prévenu quelques jours avant pour remplacer un groupe… C’était comment !

Clément : C’était génial ! Il y avait The Casualties, The Exploited. On a fait un bon concert. Ce n’était pas forcément évident en ouverture. Je pense qu’on a bien chauffé le public. Il y a un mec qui a tout filmé. On était content… En plus, le Zickenstock, c’est un festival bien de chez nous ! L’ambiance est vraiment paisible, c’est comme les vacances quoi ! On connaît tout le monde !   

Vous êtes considérés comme un groupe de la région. En général, on n’aime bien faire jouer les groupes locaux en première partie, bien qu’ils rencontrent plus de succès. Est-ce normal à votre avis ? 

Oui… Plus ou moins. Par moments, les groupes qui finissent la soirée viennent de loin, donc il faut être «  fair-play  » avec eux… Après, ça dépend ! À Paris, nous avons joué en tête d’affiche au Glazart, et pourtant en Allemagne, on a ouvert. Ça ne veut pas trop dire grand chose dans la scène Rock ’n’ Roll/Hardcore. 

L’interview touche à sa fin. Un jour, Kant a dit : «  La musique, c’est le langage des émotions  ». J’aimerais savoir si vous partagez ce point de vue !

Robin : Carrément ! C’est soit ça ou soit je tape des gens ! C’est vraiment une catharsis, ça me fait énormément de bien… 

Crédit photos live :  Cédric Cambien