JINJER - King Of Everything

 

Line-up :

 - Tatiana Shmailyuk (Chant)

 - Roman Ibramkhalilov (Guitares)

- Eugene Abdiukhanov (Basse)

- Vladislav Ulasevish (Batterie)

 Venant tout droit d’Europe de l’Est, JINJER s’autoproclame leader de la scène metal Ukrainienne. Il s’agit là d’un quatuor oscillant entre Metalcore, Djent et Groove metal mené par la charismatique Tatiana Shmailyuk. Après un EP en 2012 et un premier LP en 2014, le groupe a récemment sorti son deuxième album studio : King Of Everything, avec cette fois-ci la production de Napalm Records.

Après le départ du guitariste Dimitriy Oksen en 2015 remplacé par Roman Ibramkhalilov, les Ukrainiens se préparent encore une année, organisant leurs tournées et planifiant l’enregistrement de leur album avec leur nouveau label. C’est toujours avec un peu de stupéfaction que les non-initiés autant que les initiés au metal découvrent un groupe ou le frontman est en fait une frontwoman, ce qui a d’ailleurs valu l’appellation machiste de "female-fronted band" ou encore le classique "female metal". JINJER s’en réclame autrement : un groupe que l’on jugerait sur sa musique directement et non pas simplement sur  « (…) Une bande de meufs à poil sans aucun talent qui font un peep-show quand elles sont sur scène. » pour reprendre les propos d’Eugene Abdiukhanov, bassiste du groupe.

L’élément clé de King of Everything réside dans sa chanteuse Tatiana, c’est décidemment elle qui mène le groupe et lui donne son ampleur. Puissance et justesse sont au rendez-vous : la vocaliste maîtrise parfaitement ses screams, growls, scansions, mais également la tessiture de son chant clair parfaitement dosé avec un timbre éraillé qui rappelle un peu Alanis Morisette ou plus récemment Asaf Avidan, ce qui est assez rare chez ce genre de groupe. King of Everything s’amorce et se conclut par deux morceaux n’ayant strictement rien à voir avec le reste de l’album, respectivement « Prologue » et le spécial « Beggars’ Dance ».
Tandis que le premier morceau n’est qu’une introduction très classique, il y a vraiment quelque chose d’intéressant dans la chanson « Beggars’ Dance » : cette chanson n’ayant aucun rapport avec le metal, elle se rapproche plus du Jazz avec le scat de la chanteuse et sa basse, mais son interprétation est rudement groovy. C’est triste à avouer, mais c’est sûrement le titre le plus groovy de l’album d’ailleurs, même si JINJER se montre un peu fainéant en se contentant de reprendre les paroles de la chanson « Prologue » avec une interprétation différente.

Passons maintenant au cœur du sujet : King of Everything est un album riche en influences. On trouvera des inspirations très Djent dès le deuxième morceau de l’album « Captain Clock » ou encore « Words of Wisdom », morceau dans lequel on dénotera une inspiration de Textures avec ses riffs de guitare décalés criblés d’harmoniques. Par la suite arrive « Just Another », morceau avec une structure intéressante malgré un refrain mal goupillé, lent et mélodique, détruisant la dynamique du morceau. Le quatuor est techniquement très doué, les rythmes sont complexes et Roman nous fait part d’un jeu de guitare très polyvalent alternant Djent, Death Technique et Metalcore. C’est sans doute la chanson « I Speak Astronomy » qui dénote à la fois de sa polyvalence mais également du gros point faible du groupe : le désordre.

Bien que l’instrumental soit souvent très technique comme dans par exemple « Sit Stay Roll Over », JINJER ne laisse pas vraiment d’espace pour la virtuosité de ses musiciens qui se contentent de jouer l’un par dessus l’autre, donnant un rendu final plutôt brouillon. A force d’enchaîner riff sur riff très rapidement, le groupe semble tendre vers une sorte de Metalcore technique et n’a plus rien à voir avec son style Groove metal de départ. Le surplus de riffs, qu’on peut retrouver dans « Under the Dome » jusqu'en arriver à une outro digne d’Opeth, donne l’impression que le groupe se cherche musicalement à travers ses compositions, expérimentant beaucoup de rythmes différents pour au final stagner sans que l’auditeur puisse s’imprégner et profiter de ces riffs.

Malgré le talent de la chanteuse et des musiciens techniquement très doués, King of Everything donne l’impression d’un groupe n’ayant pas encore atteint sa maturité musicale. Bien que certains riffs demeurent excellents, et que la dynamique y est, l’ensemble ne colle pas. Par-delà ce défaut, JINJER reste une écoute intéressante et surprenante avec une production très propre. Rattraperont-ils leur groove au prochain album ? C’est à voir.

tod