Junior Rodriguez & The Evil Things - Interview

Au Hellfest, il n’y avait pas que les groupes présents sur l’affiche qui assuraient leur promotion… Non, il y en avait bien d’autres et Junior Rodriguez, ce multi-instrumentiste a bien voulu nous céder quelque peu de son temps pour répondre à nos questions et nous parler plus amplement de son projet solo, The Evil Things !

Entrevue passée le 19/06/16 au Hellfest

Salut ! Une question simple pour commencer… Je vais te demander de te présenter, toi, et ton acolyte ! 

Junior: Salut ! Je m’appelle Junior Rodriguez, je suis artiste multi-instrumentistes ! J’ai commencé la musique il y a bien longtemps, j’étais encore très jeune à l’époque… J’ai joué dans pas mal de projets, pas essentiellement dans le Metal ! Je navigue vraiment dans différents univers musicaux… Ça va du Rock, Hard Rock, à la Pop, au Metal, au Grindcore… Il n’y a pas vraiment de limites. En ce moment, je me concentre essentiellement sur mon projet solo… C’est une nouvelle aventure qui démarre fort bien ! Et ici, à ma gauche, tu as Fred, mon batteur ! 

Fred: Salut, je m’appelle Fred Quota, je suis batteur de Rock/Metal. Ça fait maintenant presque vingt ans que je connais Junior… Je répétais à côté du studio de son frère. Ensuite, avec Junior, nous sommes devenus de très bons potes. Je suis également multi-instrumentistes, j’ai également d’autres projets à côté. Mais je suis essentiellement au poste de batteur ! 

Junior, en tant que musicien, j’aimerais savoir comment tu arrives à faire la part des choses entre tous les différents styles que tu exploites… 

Junior: Ça se fait assez naturellement en fait. Je n’y réfléchis même pas en fait… Les choses viennent, on me propose des choses. Si j’aime bien, j’y vais. Si ça ne me plait pas, je n’y vais pas. C’est aussi simple que ça ! Quand je joue, je ne me dis pas « bon, aujourd’hui, je vais faire un groupe de pop » ! Je n’ai pas de limites, et je pense tout simplement que lorsque tu es musicien, il ne faut pas s’imposer de limites sinon tu n’arrives pas à te renouveler, et à renouveler ton jeu ! Je trouve ça dommage de devoir se cantonner dans un seul style… Donc je ne le fais pas ! Après, je comprends très bien que certaines personnes veuillent jouer du Metal toute leur vie. Mais ce n’est pas ma façon de procéder ! La part des choses pour moi, c’est plus une question de planning en fait, je suis vraiment quelqu’un de très occupé. Tant que j’ai le temps, je le fais tout simplement… Un moment, je tournais en même temps avec Betraying The Martyrs, puis direct après, je prenais l’avion et je rejoignais Dick Rivers après j’enchainais avec Sublime Cadaveric Decomposition… En final, ce n’est pas plus mal car je ne m’ennuie pas ! Mais ça me va, j’ai toujours été assez actif ! 

Oui, tu es très occupé avec tous ces groupes… Mais pourquoi as-tu décidé d’entamer cette carrière solo ? Quand as-tu pris cette fameuse décision ? 

J’ai toujours voulu faire une carrière solo dès que j’ai eu un instrument entre mes mains ! Tu sais, à 16-17 ans, j’ai eu mon premier ordinateur, ma première carte-son ! Ensuite, j’ai commencé à bidouiller, à composer des morceaux… Et vu qu’on n’avait pas forcément d’argent, j’ai commencé à chanter tout seul… Le projet est arrivé à maturation quand j’avais 17-18 ans, mais je n’avais jamais trouvé le temps… J’ai enchaîné les dates avec Darkness Dynamite… J’avais donc un peu mis ce projet de côté, mais je continuais toujours à composer et à enregistrer un peu dans mon coin ! Je dois avoir au moins cent cinquante morceaux sur mon ordinateur… 

Comment as-tu procédé pour choisir tes musiciens ? 

Je fonctionne à l’affinité. Mes musiciens sont des amis avant tout ! Je pense tout simplement que quand tu passes beaucoup de temps en tournée, en studio avec des gens, c’est tout simplement primordial que ces gens en question soient tes amis ! Quand j’ai commencé à travailler sur mon disque, j’ai tout de suite pensé au live ! J’ai fait le tour des gens que je connaissais dans ma tête, et je me suis focalisé sur les batteurs que je connaissais… Étant donné que je suis batteur, c’est un instrument auquel je fais très attention. Mais j’ai tout de suite pensé à Fred. J’adore son jeu, il a vraiment un jeu vraiment parfait ! Il a vraiment une sensibilité propre, un jeu très personnel, une façon de jouer très intéressant. C’est très fin, et ça groove à mort ! À la deuxième guitare, j’ai Nelson qui joue avec moi avec Darkness Dynamite, c’est un de mes meilleurs amis et mon bassiste c’est Yani, on partage beaucoup de choses ensemble, on s’en rencontré durant une tournée au Canada… À l’époque, je lui faisais écouter mes premières pré-productions quand on était à l’hôtel à Montreal… Il avait bien aimé ! On s’est retrouvé à Paris, et ensuite ma manageuse m’a averti qu’elle avait programmé une date au Sentier des Halles à Paris. On a donc dû se dépêcher de former à la basse (Yanni) un de nos amis, et c’était parti ! 

Dernièrement, tu as entrepris un concept assez spécial… Tu as décidé de sortir trois E.P. différents, sous forme de triptyque ! Ça a pour nom Welcome Home: Tryptyk Album. Ça se décline donc sous trois différents volumes…

Oui, voilà, c’est trois E.P. différents qui forment un même album. Quand les trois seront finis, il y aura une édition spéciale contenant les trois E.P. différents, et ça aura vraiment la forme d’un triptyque, je le ferai à la main et ça aura de la gueule ! Quand j’avais commencé à travailler sur ce projet, je voulais que ces objets représentent bien mes différents univers musicaux ! C’est pour que cette raison que j’ai décidé de faire quelque chose qui fasse crescendo, qui s’inscrivent dans une suite logique ! Y’a vraiment une continuité dans ces trois disques, une évolution de style qui se fait en permanence ! Le premier, il est plus acoustique, après ça évolue, c’est de plus en plus électrique. Le dernier morceau du premier volume se coupe en plein milieu, si tu veux écouter la suite, il faut mettre le deuxième volume ! 

Tu fais un Rock très vintage, fortement axé sur les années 70… On pense souvent à Black Angels, Hawkwind, et même Black Sabbath par moment… Comment faites-vous en 2016 pour sonner de la même manière que ces groupes cultes ? 

Tout simplement, on fonctionne comme ils faisaient à l’époque ! Je ne voulais pas que mes morceaux soient retouchés mais qu’ils soient joués en une prise également ! En fait, je joue la piste en une traite, et même si il y a quelques défauts, je garde. Je tiens vraiment à ce que mon résultat soit humain. Je veux que ça vive, et surtout, je ne veux pas surproduire ! On enregistre vraiment à l’ancienne, la batterie est enregistrée avec quatre micros… Pour les guitares, c’est assez simple également… On met une guitare à gauche, une guitare à droite ! Pas de surplus, on ne veut pas trop abuser sur les plugs in après… Après, ça reste relativement moderne ! Mon but n’est pas de faire du vintage à tout prix… Mon but est de remettre à jour les manières de procéder de l’époque, et l’adapter à notre époque ! Pour moi, cette méthode de captation, c’est l’essence-même du Rock ! 

Fred: J’ai également mon avis là-dessus… De nos jours, il y a des groupes qui sont tellement post-produits qu’il n’y a plus rien d’humain… Il n’y a plus un défaut, tout est hyper bien aligné car tous les défauts ont été corrigés, du coup, il ne reste plus rien de ce que le musicien apporte… 

C’est vrai… Maintenant, un musicien qui n’est pas satisfait de sa prise peut totalement la modifier, et tout corriger… 

Junior: Carrément… Demain, je peux t’enregistrer quelque chose de correct même si je ne sais pas jouer la piste en question ! Si j’édite tout, il n’y a pas de problèmes… Malheureusement, ça a un impact sur le live… Souvent,  ces musiciens qui ont recours à ce genre de subterfuges rencontrent des problèmes sur scène. Et en effet, souvent, c’est moins bien car les musiciens sont trop concentrés à tout retoucher leur morceaux avec vingt-huit guitares… Au final, le groupe en question se retrouve avec deux guitares, une batterie et une basse ! Ça change tout ! Comment veux-tu reproduire ces vingt-huit guitares ? C’est pour cette raison que l’on a comme objectif de reproduire le plus fidèlement possible ce que l’on fait en live ! Mais ce n’est pas pour autant que notre show sur scène est figé… Au contraire, cela nous permet d’exploiter une marge d’expressivité. 

Fred: De toute manière, on n’a jamais fait deux fois le même concert ! À chaque fois, le public n’est pas le même, la salle est différente…

Junior: Oui, ça nous arrive de rallonger les riffs… 

Comme beaucoup de groupes aujourd’hui, vous êtes totalement indépendants… Vous fonctionnez seuls, grâce vos propres moyens… Est-ce que vous pensez que cette manière de procéder va encore plus se globaliser ? 

Je ne sais pas, c’est tellement compliqué ! Tu sais, nous sommes dans une périodes où c’est tellement flou ! Tu peux très bien avoir les meilleurs attachés de presse au monde, avoir signé tels ou tels contrats sans pour autant voir ta carrière décoller… Ou bien, tu peux juste poster une video qui fait le buzz sur youtube et devenir très riche par la suite. Pour ce projet, je voulais savoir où j’étais capable d’aller de A à Z… C’est pour ça que j’ai créé mon propre label de musique et de distribution… Après, c’est vrai que je suis pas mal aidé par Dooweet, notre agence de promotion… Mais mon projet, c’était bien de voir où j’étais capable d’aller de A à Z en formant mon propre groupe et voir où je pourrais l’amener sur scène ! En ce moment, je suis très satisfait du chemin qui a été parcouru par le groupe ! Ça ne fait même pas deux ans que nous sommes lancés qu’on nous propose déjà énormément de concerts… 

Vous disiez à l’instant que vos gigs n’étaient pas identiques… Je me suis renseigné à ce sujet, et j’ai remarqué qu’il y avait toutefois une véritable mise en scène avec des vidéos dignes de l'univers psychédélique…

En fait, les Evil Things ne sont pas seulement composés de musiciens. Il y a également mon meilleur ami éclairagiste, Stéphane, qui fait la lumière et qui réalise nos vidéos projetés sur scène… C’est mon colocataire, on vit ensemble, et on travaille ensemble. C’est pareil en live, on travaille les lumières, les vidéos… Pour moi, c’est vraiment un tout, surtout dans l’univers psychédélique ! Il faut que le spectateur se rende compte du travail qui a été fourni par l’équipe, qu’il soit transporté par l’univers du groupe. On veut également créer la surprise et amener nos spectateurs là où ils ne sont jamais allés ! 

Nous sommes actuellement au Hellfest… Est-ce qu’il y a des plans pour que vous vous y produisiez un jour… Sous la Valley, ça serait bien !

Oui… Je connais pas mal l’équipe organisatrice, et elle nous suit depuis le début… On en parle, j’espère vraiment que ça se fera… Peut-être l’année prochaine, ou dans cinq ans, on verra !

Ma dernière question, c’est de la philosophie… Il ya un philosophe qui s’appelle Kant… Il a dit que la musique était la langue des émotions. Qu’en dites-vous ? 

Je suis totalement d’accord… La musique est une forme d’expression et à partir du moment où y’a de l’expression, il y a des émotions ! Quand je fais de la musique, je pense être sincère, et j’essaie de créer une réaction chez l’auditeur ! Même quand tu fais du Grindcore, tu t’exprimes… 

Fred: Elle est marrante ta question… Car Nietzsche, si tu nous regardes, était très pote avec Richard Wagner. Et Nietzsche a dit: « Sans la musique, la vie serait une erreur » !