CinC, Otargos, Putrid Offal - KaotoxinFest II - Jour 2

Nombreux sont les labels indépendants qui n’aspirent qu’à une seule chose: se développer un peu partout en France. Et il faut faire preuve d’ingéniosité afin de mettre en avant ses groupes. C’est ce qu’a fait le label indépendant Kaotoxin en organisant la deuxième édition du Kaotoxin Fest visant à promouvoir une partie de son écurie. Disposé sur deux jours, l’évènement avait permis le Samedi de découvrir à la Péniche des formations comme We All Die (Laughing), The Negation, ou même Savage Annihilation. La journée du Dimanche, elle, proposait également son petit package de groupes intéressants avec Putrid Offal, Otargos et CinC (ex-Carnival In Coal) ! 

Ça faisait longtemps que l'on attendait ce moment ! Étrangement, après leur réformation, Putrid Offal avait paradoxalement principalement tourné à l’étranger afin de vanter les mérites de son premier album, Mature Necropsy, véritable album-compilation de leurs premières années d’activisme. « On s’amuse comme on peut » ! Franck Peiffer et ses copains de tortures débarquent sur scène vêtus de la sorte afin de faire honneur aux putridités enfantés dans Mature Necropsy ! Blouses tachées de sang, perfusions et autres objets de torture étaient mis à disposition pour décapiter le peu de neurones qu’il restait aux Lillois. Dès les premiers accords de « Livor Mortis », Putrid Offal déchaine les passions. Les premiers mouvements, bien que timides, commencent à prendre de l’ampleur dans la salle. Il faut dire que Frédéric Houriez en tant que bourreau incontesté sait à qui il a affaire et n’hésite pas à encourager ses patients à s’entretuer dans le pit. 

Et la boucherie bat à son plein ! Il faut dire que ça fait « vingt putain d’années » que le combo attendait ça. Une nouvelle raison d’enchainer leurs éphémères classiques comme « Premature Necropsy », « Purulent Cold » et « Mortuary Garlands » afin de se remémorer les souffrances exquises engendrées dans les années 90. Et même si Putrid Offal peut parfois donner l’impression de surfer sur la nostalgie de ses fans en délivrant ce petit lot de gourmandises crues et crades à la fois, il faut avouer qu’ils le font bien. La batterie claque bien sur « From Plasma To Embalming » pendant que Phil Reinhalter exulte ses fantasmes morbides comme jamais sur la reprise « Freddy Krueger » de S.O.D.

Mais cette démonstration chirurgicale était également l’occasion d’expérimenter de nouveaux outils de stomalotogie. Ce soir, les Nordistes avaient le temps (ils disposaient de cinquante minutes de jeu). C’est la raison pour laquelle ils ont saisi l'opportunité qui s'est offerte pour présenter leurs dernières productions comme « Let There Be Rot » et « Necrotic Mutilation », des titres qui s’inscrivent dans une lignée tout en gardant un pied dans le passé. Pour faire court, avec une telle prestation, la scène Death/Grindcore du Nord/Pas-De-Calais n’a pas de soucis à se faire !   

Otargos est une machine à concerts. Toujours plus pertinente dans leur conception du Black/Death, la formation passe au niveau supérieur un an après s’être produite au Midland. Mais ce soir, les enjeux sont tout autres. Il s’agissait de promouvoir leur nouveau bijou, Xeno Kaos, sorti récemment chez Kaotoxin.  

Un concert d’Otargos, c’est un show visuel où la noirceur des morceaux est exploitée au maximum sur scène ! Et cette nouvelle prestation ne manquera pas d’insuffler la pénombre dans tout l’Aéronef grâce aux titres de leur nouvel album comme « Dominatrix », « Ruinous Power », « Infernal Legion Strike A. E. » et « Xeno Kaos ». Une fois les premières notes de « Dominatrix » insufflées, c’est un spectacle total qui se profile devant nos yeux ! Avec des musiciens grimés et des effets visuels, les tranches « Apex Terror », « Origin » ou bien « Fleshless-Deathless » ont pris une nouvelle tournure. En effet, les membres d'Otargos ne se sont pas seulement contentés de transposer l'ambiance mécanique de leurs morceaux mais ont bel et bien décidé de mettre en avant leurs multiples personnalités.

L’ambiance cataclysmique et froide installée par les chants profanes d'Ulrich s'associe bien à la besogne accomplie par la régie pendant « Human Terminate » où Otargos aura su se faire moderne en mêlant délicatesse et agressivité. Néanmoins si la prestation est carrée et propre, le public semble toutefois indifférent devant les incantations d’Ulrich, pourtant en voix ce soir. Il aura fallu attendre un certain moment avant que les Metalheads headbanguent devant la scène. C’est pourquoi l'ambiance pouvait sembler plate pendant sa première partie contrairement à la prestation du Midland où le groupe avait été accueilli et acclamé à sa juste valeur pendant tout le gig. Juste une collaboration public/groupe qui a échoué... À revoir au Hellfest

C’est sur « Nuit Magique » (Catherine Lara) que les membres de CinC (Ex Carnival In Coal) se sont emparés de leurs instruments afin d’honorer la dernière date de leur tournée « Anniversaire » de leur album Vivalavida. Une prestation importante qui n’était en aucun cas source de stress pour les acteurs. Il faut dire que le mot d’ordre du groupe est de se réunir pour passer un bon moment ! Bien sûr, à l’occasion de cette date anniversaire, l’album en question a été interprété dans son intégralité. Mais l’intérêt d’un tel concert était surtout de voir comment la nouvelle formation allait assurer le coup. Certes, l’absence d’Axel Wursthorn a pu décontenancer les fans les plus ardus. Mais la version 2.0 de Carnival In Coal a fait honneur au premier alias du groupe. CinC est tout simplement décadent, déconnant et inspire la joie de vivre à des kilomètres. La preuve avec ces petites vannes lancées par le maitre de cérémonie, Arno Strobl, à ses copains de jeu concernant un groupe de Grindcore parodique dont il est pourtant l’admirateur ! 

Comment ne pas être sensible à la communication sans faille qui a été mise en place entre le groupe et ses partisans ? Comme tout bon spectacle, les protagonistes ont été présentés de manière grandiloquente à leurs spectateurs. Mêlez donc un peu de burlesque à une musique Disco/Metal Avant-Gardiste et vous détiendrez ce groupe aux multi-facettes qu’est CinC ! Les tranches « Got Raped », « Narrow Minded Sexist Pig » et « A Swedish Winter Tale » marquées par une schizophrénie musicale ont même touché les moins sensibles. On aura vu certaines brutes se prendre dans les bras et se faire valser pendant que d’autres personnes, plus fragiles en apparence, se sont mises à headbanguer à tue-tête sur « Yeah, Oystaz ». Perturbant et agréable à la fois. 

Vous l’aurez donc compris, CinC a misé sur l’anti-confirmisme de sa musique pour purger une populace qui n’attendait qu’une seule chose, oublier les galères du quotidien. Il s’agissait donc d’un très bon concert qui a fait l’apologie de l’allégresse et de l’épanouissement, deux valeurs synthétisées pendant « Maniac » (Flashdance), l'ultime morceau de la soirée. Maintenant, nous n’attendons qu’une seule chose: que CinC refasse surface dans le cadre d’une autre tournée pendant laquelle leurs meilleurs moments seraient à nouveau exploités !

Bien qu'intimiste, cette soirée a comblé nos attentes. Car il ne faut pas oublier que le succès de ce type d'évènements découle de la qualité des relations humaines qui ont été entretenues. Et ce fut le cas ce soir.