Katatonia - The Fall Of Hearts

La présentation d’un nouvel album de Katatonia est toujours un moment d’une grande délicatesse. Le groupe n’ayant jamais déçu, c’est toujours avec enthousiasme que l’annonce et la sortie d’un nouvel opus nous plongent entre excitation et fébrilité. Le niveau de qualité, d’exigence et d’émotions qu’a placées le groupe, du Metal extrême des débuts jusqu’au changement d’optique vocale et musicale de Discouraged Ones (1998) n’a fait que renforcer d’album en album la notoriété et le respect voué au Suédois. Katatonia est incontournable dans le paysage Metal contemporain et The Fall Of Hearts va ajouter une pièce de choix à leur discographie... une pièce maîtresse...? Il se pourrait bien que oui.

Line up

Daniel Moilanen - Drums
Niklas Sandin - Bass
Jonas Renkse - Vocals
Roger Öjersson - Guitar
Anders Nyström - Guitar

Katatonia délivre avec The Fall Of Hearts un album de bout en bout doté d’une grande sensibilité, se révélant captivant et novateur. The Fall Of Hearts est un “Must have”, sa force première réside peut-être dans l’équilibre que le groupe a trouvé dans l’expression de la fragilité, de la mélancolie inhérente au Metal/Rock/Prog sombre, ambiant et ultra-mélodique que le groupe défends depuis quelques années. La prise de risque artistique que le groupe prend nous propose un album s’aventurant dans des terres et des sonorités dépouillées plus que jamais pour le groupe de tout carcan stylistique. Douze titres qui respirent l’authenticité, ou à l'instar d’Anathema, The Gathering ou Paradise Lost, Katatonia nous emmène dans leur intimité la plus profonde, nous révélant des compositions d’une richesse émotionnelle époustouflante.
Katatonia donne corps et le groupe vit sa musique le plus naturellement possible, passant avec The Fall Of Hearts par de riches montées progressives ou l’énorme travail effectué sur les apports harmoniques et les arrangements en font un album absolu, réussi de bout en bout. C’est autour du piano, des cordes, des nappes, des atmosphères que s’articulent les titres, s’associant parfaitement aux guitares et aux riffs lourds, rageurs et même vindicatif dans l’aspect tranchant et sans concessions de leurs apports. Riffs pouvant se faire l’instant d’après aériens, presque sibyllins, accentuant le relief des compositions et leur impact sur nos sens. Une trame parfaite pour que Jonas Renkse nous emporte encore et toujours dans ce mélange d’onirisme et de mélancolie.
« Take Over », « Sanction » , « Serac » en sont de parfaits exemples parmi tant d'autres car l’intégralité de l’album est élaboré sur la base même de cette mise en avant du travail sur le contraste, mêlant avec brio les instants d'accalmies et ceux plus fougueux et comme toujours avec Katatonia, inspirés et subtils. Katatonia exacerbe, sublime sa propre musique, bouleverse ses propres codes, afin que chaque composition rivalise de richesses musicales audacieuses.
A ce sujet, certaines sonorités peuvent rappeler le travail de Michiru Yamane sur le jeu Vidéo bien connu qu’est la saga Castlevania, en apportant une optique baroque très présente sur des titres comme « Last Song Before The shade » « The Night Subscriber » où la mélodie de piano, les nappes et une section de cuivre amènent à l’album une dimension artistique proche de la perfection tant chaque instant est une ode à ce style sombre et unique que katatonia affiche encore une fois avec grand talent. Chaque titre touche l’âme et nos sens dans ce qu’ils ont de plus précieux et de plus intime.
Une flûte et à nouveau des cuivres viennent ponctuer le précieux « Shifts », petite complainte néo-romantique tout en douceur, à l’ambiance rendue hypnotique par la présence du sample d’alarme qui nappe discrètement et efficacement le morceau. Un titre éthéré qui dans la carrière de Katatonia prend une place particulière tant il place le groupe à un niveau supérieur dans l’expression et la mise en oeuvre de leur univers, des ambiances uniques et addictives.
Autres joyaux, “Passer” qui explose de mille feux dès l’intro pour revenir vers des sphères introspectives et à ce fameux contraste de l’aspect sensoriel, viscéral de cet album. Il termine l’album et nous rappelle que le metal de Katatonia est une musique qui se conjugue au pluriel nous ouvrant une porte vers cette foule d’émotion dont nous regorgeons tous et que The Fall Of Hearts distille sans compter.

The Fall Of Heart est un album qui respire la confiance et la maitrise de son concept. Katatonia jouit d’un total libre arbitre artistique nous permettant d’écouter et de prendre part à des compositions libérées de tout carcan stylistique ou chaque titre représente un hymne à lui seul. Cet album est un vrai chef-d’oeuvre (oui encore un...) ou la qualité, la sincérité sont omniprésentes. Le groupe ne se réinvente pas totalement, mais se donne les moyens de renouveler sa musique, de perpétuer son univers, évoluant sereinement par le biais de sonorités neuves et audacieuses, nous rappelant que leur musique et leur univers se conjuguent au pluriel, nous ouvrant la porte vers toutes ces émotions dont nous sommes habitées et que The Fall Of Hearts distille sans compter pour nous emmener hors de nous-mêmes comme toujours à la frontière du rêve et de la réalité.