Klone - Here Comes The Sun

Avec The Dreamer's Hideaway Klone a définitivement passé un cap et s'est bougé comme jamais pour sortir de nos frontières (et pour s'y imposer aussi). Une première tournée française avec leurs potes de Trepalium et Hacride, une autre avec les premiers et Gojira en Europe et une dernière avec Orphaned Land en fin d'année dernière... Non on ne peut pas dire que les poitevins se soient reposés sur leurs lauriers. Alors est ce que Here Comes The Sun va leur permettre enfin de s'imposer comme un fleuron du metal mélodique en Europe ? Malgré leur signature sur Verycords/Pelagic Records, il est encore trop tôt pour le dire mais le groupe va quitter le continent pour la première fois en mai et vu la qualité de ce cinquième album il serait fort dommage que ce ne soit pas le cas.

 Here Comes The Sun fait partie de ces albums à l'écriture simple mais qui nécessite pourtant de nombreuses écoutes pour être pleinement assimilés. Qu'on aime ou pas ce sixième opus des poitevins, force est de reconnaître qu'il est audacieux et fouillé. Certains regretteront le fait que Klone abandonne la distortion et le metal, d'autres qu'il n'y ait pas de tube en puissance comme « Rocket Smoke » ou « Give Up The Rest », d'autres que le Front National n'ait pas un seul député. Reste que le groupe a eu le courage d'assumer sa nouvelle direction à fond et qu'il le fait foutrement bien.

Yann Ligner chante mieux que jamais sur ces chansons aériennes et éthérées qui rappelle la pop et le post-rock. Le frontman délivre des mélodies entêtantes qui vous feront de plus en plus planer au fil des écoutes et c'est bien lui qui sort grand vainqueur de cette nouvelle galette. Quelque part entre The Police et des titres comme « Call Me A Dog » ou « Hunger Strike » de Temple Of The Dog (musicalement seulement pour cette deuxième référence). Un peu de metal et de disto reviennent dans « Immersion », « Grim Dance » et « The Final Experience » mais à des milles de la lourdeur écrasante d'un « Immaculate Desire » (Black Days, 2010).

 Le skeud regorge d'arrangements (piano, saxophone, sons electros, tambourin, guitares acoustiques), simples, mais d'une finesse classieuse qui se révèlent au fur et à mesure des écoutes, magnifiés par une production aux petits oignons. Mathieu Metzger (saxophone) reste l'arme secrète de Klone, toujours aussi discret mais toujours aussi indispensable à la personnalité du combo. Comme le veut la tradition depuis Black Days on trouve un interlude instrumental (« Gleaming ») sur lequel le groupe se lâche un peu plus techniquement et dévoile une approche un peu plus ambiante.

Et comme sur Dreamer's, l'album se termine avec un titre plus progressif qui rappelle ici Steven Wilson, « The Last Experience », qui se termine de manière très bruitiste. En guise de bonus le groupe a ajouté sa superbe reprise de « Summertime » (George Gershwin), disponible depuis un an sur le net, qu'il avait offert à ses contributeurs Ulule.

Le quintet a-t-il trouvé son son définitif ou bien va-t-il continuer à évoluer avec les années ? Rien n'est moins sûr, mais lorsque l'on réécoute « Siren's Song », « Into The Void » ou « The Dreamer's Hideaway » on ne peut que sentir les prémices d'un envol plus léger.

 Dans Rock Hard Vincent Cavanagh (Anathema) décrivait la musique de son groupe comme de la pop atmosphérique. Ce « style » a aujourd'hui trouvé son représentant français en la personne de Klone. Here Comes The Sun dégage une finesse et une grâce déroutante qui laissera les magnats de la violence sur la terre ferme. Les autres apprécieront cette bouffée d'air frais et se laisseront porter doucement par des auspices plus qu'accueillants.