Korn - The Serenity Of Suffering

A la mention du phénomène Korn s'opposent bien souvent deux catégories de personnes: celles qui grincent des dents et les aficionados. Il est pourtant indéniable que le début des années 90's a vu l'horizon de sa musique métal se modifier diamétralement avec l'avénèment de l'ère " -metal ". Le combo californien a contribué à ce mouvement fascinant et hybride aux côtés d'autres pionniers du genre tels que Coal Chamber, Limp Bizkit ou encore Slipknot. The Serenity Of Suffering (Roadrunner Records) dévoile le retour aux origines d'un groupe très prolixe qui signe son douzième album cette année. 

Line-up: 

Jonathan Davies (chant)

James "Munky" Schaffer (guitare)

Brian "Head" Welch (guitare)

Reginald "Fieldy" Arvizu (basse)

Ray Luzier (batterie) 

Les deux précédents albums du quintette The Path Of Totality en 2011 ainsi que The Paradigm Shift n'avaient pas atteint le succès auprès du plus grand nombre, notamment en raison de l'affiliation à une ambiance électronique très axée dubstep. Beaucoup d'amateurs nostalgiques des sonorités dissonantes et graves des débuts attendaient avec impatience un opus à la hauteur de ces souvenirs bruts. Avec The Serenity Of Suffering, cet espoir s'illustre enfin sous la houlette de Nick Raskulinecz ( Deftones, Foo Fighters) qui vous conseille d'écouter l'opus au casque afin d'en saisir toutes les aspérités. 

Pour faire la promotion de son nouvel album, Korn a dévoilé quelques-uns de ses titres en avant première sous forme de clips. Ainsi avons-nous pu découvrir successivement "Insane" et "Rotting In Vain", les titres d"ouvertures de leur nouvelle oeuvre. L'imagerie de ces vidéos, tout comme l'atwork de la pochette sont fidèles à l'imagerie incontournablement associée au groupe, quelque part entre les corps glauques à souhait et les tourments de l'âme. Mais revenons-en à la musique électrique et directe. Ces deux premiers morceaux s'impriment au sein d'une traversée chaotique aux gimmicks accrocheurs surplombés d'une atmosphère planante où perlent quelques discrets synthétiseurs. "Black Is The Soul" et "The Hating" sont des morceaux indéfectibles à l'état d'esprit permanent de Jonathan Davies, où sa voix s'épure avec fluidité et est empreinte d'une colère à la décharge acérée. Le trio à cordes implacables que forment Munky, Head et Fieldy est toujours au rendez-vous pour un résultat mélodique des plus grisants, au coeur d'une débâcle immédiate. 

Un invité de marque est convoqué en duo sur " A Different World", et ce n'est autre que Corey Taylor, le gourou de Slipknot et Stone Sour. Les timbres si spéciaux de ces deux chanteurs qui se côtoient souvent pour les têtes d'affiches des festivals maîtrisent une tempête noire où se côtoie le coton de leur cordes vocales. On se délecte d'un des morceaux qui aurait pu être produit en début de carrière des groupes, le frontman de l'Iowa étant le partenaire idéal avec qui partager sa souffrance. Les guitares à sept cordes de "Take Me" sont saccadées avec hypersensibilité, insufflant une emprise rythmique prégnante. Les doutes les plus obscurs se dénudent en musique, non sans une certaine sensualité à la clef. En ce qui concerne "Everything Falls Apart" et "Die Yet Another Night", les atmosphères sont progressives et les riffs atteignent leur climax peu à peu. "Next In Line" impose ses guitares plantureuses et les scratch très old-school nous replongnent en pleine épopée néo-metal. Davies déploie une de ses logorhées insoumises dont il a le secret et dont on raffole en live. "Please Come For Me" et "Baby" en bonus sur l'édition deluxe sont également d'agréables surprises. On ne reste pas indifférent face au groove sans vergogne de Fieldy et le mur du son intense produit par l'union de chaque instrument fait graviter l'auditeur autour d'une nébuleuse d'acier dont il a du mal à se défaire. 

Comme promis, The Serenity Of Suffering signe l'empreinte d'une grâce sombre que l'on n'attendait plus. Avec un contenu dont l'ensemble est très homogène, Korn produit ce qu'il sait faire de mieux en restant fidèle à la rage destructrice qui fait office de catharsis sur chaque album. Les thèmes de la lutte à l'entrave et au désespoir semblent ne jamais s'épuiser et se nuancent en dérivations jubilatoires pour notre plus grand plaisir.