Lindemann - Skills In Pills

Depuis le temps qu’on l’attendait, le premier album solo de Till Lindemann et du suédois Peter Tägtgren (Hypocrisy, PAIN) est enfin sorti le 22 juin 2015. Baptisé Skills In Pills et sous le label Warner Music, cet opus comporte pas moins de dix titres pour une durée de quarante minutes. Il est important de noter la participation de Clemens « Ardek » Wijers (Carach Angren) qui a composé certains arrangements de cette production. Frontman de Rammstein et auteur de deux recueils de poèmes, Till Lindemann vient-il d’amorcer son ascension en solo ?

 Dès les premières secondes d’écoute, on note que le chant n’est pas en allemand mais en anglais, ce qui pourra surprendre les fans de Rammstein, voire leur déplaire. Pour le reste, aucun doute cependant : on reste sur du metal industriel aux riffs gras et lourds, avec une ambiance électronique, qui, combinée à la voix grave et profonde de Till, confère tout son charme à cette production.

 On sent tout de suite les gros moyens injectés dans la production : en effet le mixage est propre, avec un chant clairement en avant, mais pas écrasant. On peut donc facilement se concentrer sur chacun des instruments et apprécier l’équilibre habile entre eux.

 Les influences death de Tägtgren sont inexistantes et sont totalement occultées par la teneur metal industriel de la production. En effet, tout le long de l’album, on ressent la patte de Rammstein tant musicalement qu’au niveau des paroles. En effet, Till confirme son talent de provocateur : sept des dix titres sont sexuellement explicites, parfois de façon gore et/ou glauque comme sur « Fat », « Ladyboy » ou « Golden Shower ». Outre l’omniprésence de la luxure et de la débauche, on note l’apologie de la drogue sur le titre éponyme, et de l’avortement sur « Praise Abort », single sorti le 28 mai dernier. Des dents risquent donc de grincer à nouveau, puisque ce prince de la provocation persiste et signe, ajoutant une couche de polémique en plus de celles déjà existantes autour de Rammstein.

 En décalage total avec ces titres aux paroles explicites, on trouve par ailleurs trois perles de l’écriture dans cet album : « Children Of The Sun » et « Home Sweet Home », deux complaintes qui s’enchaînent, ainsi que « Yukon ». Cette dernière parle de la ruée vers l’or en Alaska des années 1890, et n’est rédigée qu’avec une suite de métaphores plus poétiques les unes que les autres.

 Au final, cet album n’est pas une grosse surprise : on imaginait déjà un genre de Rammstein, à juste titre. Hormis le tempo globalement plus lent et des effets électroniques plus présents, « Skills In Pills » assume tout à fait ses origines tout en présentant des différences notables et une certaine modernité.