Live Report - Backyard Babies - Sjock Festival (12/07/2015)

Cinq ans… Cela fait cinq ans que Backyard Babies avait décidé de prendre une pause à durée indéterminée. Tout le monde (et les membres du groupe y compris) pensait que cela n’allait durer que deux ans, le temps de recharger les batteries mais les projets personnels se sont développés et ce hiatus aura donc duré cinq ans. A tel point qu’on a cru que nos Suédois préférés ne reviendraient jamais… Pour fêter ce retour, le quartet se lance dans une tournée des festivals auréolée de la sortie d’un nouveau single, Th1rte3n or Nothing,  annonçant lui-même la venue du nouvel album Four By Four (à paraître au mois d’Août).

Backyard étant à la croisée des chemins entre plusieurs styles (Punk Rock, Hard Rock et Glam/Sleaze grosso modo), il lui arrive de se produire dans des festivals différents les uns des autres. Si mes collègues ont eu l’occasion de les voir dans la fournaise de Clisson, Dregen et les siens se produisent ici dans un festival purement rock n’roll mais où l’ambiance Rockabilly/Psychobilly est bel et bien dominante. Le cadre est convivial et même familial, les amateurs peuvent même aller admirer des motos ou voitures et même rafraîchir leur barbe ou leur coupe de cheveux pour la somme de 15 euros (je sais, je sais… Les ciseaux sont l’ennemi du métalleux).

L’affiche est donc forcément fort différente de ce qu’on trouve habituellement sur les festivals Metal. Les plus avertis noteront tout de même la présence de OFF!, combo de Punk/Hardcore californien mené par Keith Morris qui a officié au sein de Black Flag dont il est l’un des membres fondateurs. Le groupe est encore en promotion de son dernier album Wasted Years, paru l’année dernière et compte bien réveiller une foule qui était jusque-là encore bien timide. OFF! n’est pas venu là pour faire de quartier mais pour balancer ses cartouches incendiaires (qui dépassent peu souvent les deux minutes vingt) sans temps mort et avec une intensité jamais remise en question. Keith profite tout de même de certains moments entre les morceaux pour parler de ses paroles plutôt engagées, à tel point que le frontman s’excuse presque de devoir faire de la pub pour son stand de merch (qui sera absolument dévalisé à la fin du concert). Dans le pit, ça s’active au point de faire voler la poussière ! Il faut dire que des « Panick Attack », « Legion Of Evil », « Over Our Heads » ou encore « Time’s Not On My Side » ont de quoi faire le bonheur des mosheurs. Aux côtés de Keith, les musiciens ne sont pas en reste et se donne comme des beaux diables au son de ce déluge de riffs lourds et gras et de rythmiques effrénées. En 45 minutes, l’affaire est entendue et OFF! vient de frapper un grand coup auprès de l’assistance avec une débauche d’énergie telle qu’il est presque impossible d’imaginer que Keith Morris a déjà 60 ans. 

Le concert des Américains de The Fleshtones marque le retour du groupe en Belgique après 39 ans d’absence. Pour l’occasion, le quartet nous délivre un set aussi farfelu qu’efficace. L’attitude de ces vétérans se veut assez provocante puisque le frontman, Peter Zaremba, corrige d’entrée le speaker du festival en lui disant : « on ne vient pas de New York, on vient de Brooklyn ! » Mais les Ricains ne se contentent pas de ça, ils arrivent sur scène comme si ils étaient tête d’affiche du festival et se moquent gentiment de la Belgique avec quelques blagues sur les frites, quand ils ne tournent pas sur eux-mêmes car « il y a vraiment trop de talent sur cette scène ». Au bout de quatre morceaux, tout le groupe quitte la scène et c’est Johan Blomquist (bassiste de Backyard Babies) qui vient sur scène pour hurler : « vous en voulez une autre ?! » Une fois que l’on a compris que l’attitude de The Fleshtones est à prendre au second degré, on se laisse prendre dans la danse de ce Rock somme toute assez dur où tous les membres du groupe se succèdent au chant selon les morceaux. On notera même un hommage aux légendaires Ramones avec « Remember The Ramones ». Un hommage légitime de la part d’un groupe qui a eu l’honneur de fouler les planches du CBGB ! Au terme du concert, Zaremba se paye un crowdsurfing et finit complètement au milieu de la fosse en levant les bras en héros. Il faut dire que la foule aura fini par bien embarquer… Une prestation décoiffante !

Nous passerons plus rapidement sur le concert de La Muerte, combo bruxellois qui fait son retour après 19 ans d’absence (avec notamment un DVD filmé à l’Ancienne Belgique en mars dernier). Si le groupe est bien le plus Metal de la journée, nous avons tout de même du mal à comprendre sa présence sur une telle affiche tant le décalage est important. Le combo est composé de très bons musiciens avec des membres de Length Of Time ou Channel Zero mais l’imagerie occulte et mortuaire affichée détonne trop avec l’ambiance du Sjock. Le chant guttural et torturé n’arrange rien, pourtant certaines parties de guitares se veulent vraiment prenantes. Une bonne partie de l’assistance en profite pour aller faire un tour ailleurs ou boire des coups (une constante tout au long de la journée me direz-vous !) même si une frange du public semble tout de même apprécier puisque le stand de merchandising aura connu son petit succès.

Le moment tant attendu est enfin arrivé puisque Backyard Babies s’apprête à monter sur la scène du Sjock. On craint le pire quand on voit que le groupe a environ 10/15 minutes de retard sur l’horaire prévu. C’est évidemment « Th1rte3n or Nothing », le nouveau single, qui démarre les hostilités comme pour mieux signifier que les Suédois sont de retour et tournés vers l’avenir. Les fans qui garnissent les premiers rangs ont déjà bien assimilé ce nouveau morceau, très catchy il faut le dire. Avec « Highlights », le tour d’observation est terminé et à partir de là, il n’y aura plus que des classiques ! On craignait le pire avec ce soundcheck s’éternisant quelque peu mais le son est de très bonne facture et Nicke Borg est en voix comme jamais, de plus il remplit son rôle de frontman à la perfection, avec classe et sans en faire trop. Dregen à côté de lui n’a pas changé d’un pouce si ce n’est ses cheveux qui se sont fait la malle… Mais sinon, le guitariste est resté égal à lui-même, il est à fond dans son concert et enchaîne les grimaces, les duckwalks et autres sauts de cabri quand il ne vient pas taper ses solos sous le nez des premiers rangs. On notera également avec plaisir la complicité (retrouvée ?) entre Nicke et Dregen qui renforce la solidité de ce show. Le début du set est tout en intensité et sans temps mort et le public commence à donner vraiment de la voix sur le classique « Brand New Hate », il faut dire qu’il est dur de résister aux morceaux des Backyard Babies, qui est une véritable machine à tubes et qui (à mon sens), devrait être beaucoup plus populaire qu’il ne l’est. La première accalmie arrive avec « Abandon » où Nicke demande au public de l’aider à chanter. Petite ombre noire au tableau, on se demande tout de même pourquoi Dregen cherche à assurer les chœurs en chantant beaucoup plus haut que son chanteur, cela brise parfois la sensibilité de certaines lignes de chant. Nicke Borg nous rappelle la sortie imminente du nouvel album Four By Four (« un album à ne pas manquer ») et alors qu’on s’attend à ce que le groupe en propose un autre extrait, les Suédois prennent leur monde à contrepied en nous balançant une vieillerie tirée de Total 13, « Ghetto You », nous rappelant l’incroyable intensité dont fait preuve cet album. Seul petit regret, ce morceau a sûrement remplacé le non moins incroyable « Look At You » qui est la meilleure chanson du combo selon votre serviteur. On est heureux de voir le retour dans la setlist de « A Song For The Outcast », un morceau qu’on pourrait faire écouter pour donner une définition sonore au mot « catchy » ! Dregen passe au chant le temps d’un « Star War » ultra efficace et qui fait donc de Making Enemies Is Good l’album le plus représenté ce soir (trois extraits joués, contre deux pour les autres albums). La sublime power ballade « Roads » (qu’on espérait à peine) voit le Sjock se lancer dans une longue série de crowdsurfing à tel point qu’on a presque l’impression de revoir les images du clip de la chanson ! L’accueil réservé au groupe est donc des plus sympathiques surtout dans un festival où la plupart des gens préfèrent danser et taper du pied plutôt que de headbanguer et se péter les cordes vocales. Nicke n’oublie donc pas de remercier chaleureusement le public et de glisser un mot sympathique pour ses compatriotes de The Hives. On croit un instant que « Nomadic » sera le dernier morceau de la soirée vu le retard engendré pendant le soundcheck mais le combo aura tout de même le temps de nous asséner un « Minus Celsius » définitif et sans lequel la fête n’aurait pas été aussi belle. Dregen, toujours aussi déchaîné, lance sa guitare en l’air qui atterrit presque dans la tronche de son roadie avant de distribuer des médiators aux premiers rangs. Cette fois-ci, c’est bel et bien fini même si l’on en aurait bien repris une louche (« Look At You » et « Heaven 2.9 » au hasard). Pour cela, il faudra se rendre sur la tournée des clubs au mois de Novembre. Une date à Paris a d’ores et déjà été annoncée (le 17 novembre à la Maroquinerie).

Setlist Backyard Babies :

Th1rte3n or Nothing

Highlights

The Clash

U.F.O. Romeo

Brand New Hate

Dysfunctional Professional

Abandon

Ghetto You

A Song For The Outcast

Star War

Roads

Nomadic

Minus Celsius

 

Pas de doute, Backyard est bien de retour et a livré une prestation pleine de classe, de folie et d’intensité. Il nous faudra attendre l’écoute du nouvel album Four By Four (qui sera très bientôt chroniqué sur Metal Cunt) pour dire si ce retour est réussi à 100% et si la pause aura, au final, été bénéfique. Pour nous, la messe est dite et nous repartons avant The Hives (avec lesquels Dregen montera sur scène le temps d’un morceau) car nous remettons ça le lendemain avec les Californiens de Get Dead !