Marduk - Immolation - Origin - BioCancer - Lille

Alors que Marduk vient de terminer sa tournée en Europe de l’Est en compagnie de BioCancer, deux groupes américains, Origin et Immolation, viennent étoffer l’affiche de la tournée pour le mois de mai en Europe Centrale et de l’Ouest. La joyeuse troupe aura ainsi l’occasion de se produire en Angleterre, en Allemagne ou encore en Autriche. Petite déception pour les fans de l’hexagone, la date de Lille est la seule prévue pour tout le territoire français. Quoiqu’il en soit, c’est une très belle soirée metal extrême qui se profile à l’Aéronef, avec potentiellement cinq groupes présents en comptant le guest.


Oui mais voilà. Quelques jours avant le concert, la nouvelle est tombée, point de guest pour accompagner les quatre groupes déjà programmés. Et lorsque l’on analyse avec plus de profondeur le running order, il aurait été effectivement plutôt délicat de trouver un créneau pour faire jouer un cinquième groupe. Suppression somme toute compréhensible donc, même si une soirée telle que celle-ci n’est jamais trop longue, et que le groupe invité en question aurait malgré tout trouvé un public, même en jouant plus tôt.


Les portes s’ouvrent à 19h, comme prévu, et, rapidement, le temps de boire une ou deux bières, BioCancer se retrouve sur scène pour ouvrir les hostilités à l’aide de son thrash metal très énergique. Devant un public éparpillé, la majorité étant restée dehors à profiter du temps magnifique, les grecs interprètent naturellement en priorité des titres de leur dernier album, Tormenting The Innocent, sorti en février 2015. Grâce à sa musique rapide et entraînante, BioCancer est le groupe parfait pour démarrer la soirée sur de bonnes bases, même si la salle reste peu réceptive. La déception est infimement perceptible sur le visage de certains membres du groupe à l’approche de la fin de leur prestation. Cette dernière se termine sur un excellent "Spread The Cancer", tiré du premier album du groupe, Ear Piercing Thrash (2012).


Une fois le quintet athénien sorti de scène, c’est au tour du death américain d’entrer dans l’arène, avec son degré de brutalité naturellement supérieur à celui de BioCancer. Ainsi, nous comptons sur Origin et sur son brutal death d’école pour nous mettre une bonne fois pour toutes dans l’ambiance en attendant patiemment Immolation et Marduk. Comme à leur habitude ces derniers temps, les musiciens du Kansas nous ont gratifié de nombres de titres provenant d’albums tels que Entity et Antithesis, le dernier album Omnipresent ayant été plus que décevant.


Là encore, les américains se démènent pour réveiller un public encore trop timide et trop clairsemé. Les multiples tentatives de circle pit de Jason Keyser tombent dans l’oreille d’un sourd, et il était plutôt frustrant de voir que le public ne répondait pas présent malgré l’aspect autrement plus galvanisant et propice au mouvement de la musique d’Origin. Néanmoins, Jason a fini par réussir à soulever les foules – dans des proportions toute relatives – au moment de commander un Wall of Death entre adeptes de black et adeptes de death. Inutile de préciser que cette entreprise fut fatale aux premiers nommés, dont le rapport de force était d’au moins un contre trois. Cruel choix que celui de préférer le black metal au moment d’aller voir jouer deux groupes de death.


La moitié des groupes à l’affiche sont désormais passés, et force est de constater que l’on attend toujours le petit ingrédient qui fera chavirer la masse chevelue venue assister à la représentation de cette belle affiche. Ainsi, c’est - sans surprise et sans mauvais jeu de mots - Immolation qui, dès son premier titre, mit le feu à la salle. En démarrant avec son détonnant "All That Awaits Us", les américains savent comment nous satisfaire d’entrée. Les titres s’enchaînent à un rythme soutenu et le public obtient visiblement ce qu’il attendait depuis le début de la soirée, une musique très brutale et un spectacle fascinant, comme en témoigne le jeu de scène toujours aussi expressif de Robert Vigna.


La musique et l’ambiance sont enfin au rendez-vous, les fans sont comblés et les musiciens semblent prendre énormément de plaisir. Tout est réuni pour passer un fantastique moment chargé d’adrénaline. Et pourtant. La tendance ressentie durant le show d’Origin se confirme alors que les titres défilent pour Immolation, la qualité du son laisse à désirer. Évidemment, qui dit concert de metal dit naturellement un son saturé et généralement pénible aux oreilles de ceux qui n’y sont pas habitués. Mais il n’empêche que le son crache davantage qu’à l’accoutumée, et cela est d’autant plus perceptible dans une salle généralement irréprochable en termes de qualité sonore. Mais peu importe, cela n’altère en rien la prestation de haute volée du groupe new-yorkais, et les spectateurs ne semblent pas en tenir compte au moment de se secouer joyeusement les uns contre les autres.


Dans la foulée d’une excellente prestation marquée, entre autres, par les interprétations de "Burn With Jesus" ou encore "Kingdom of Conspiracy", les techniciens s’affairent déjà pour préparer la scène en vue de l’arrivée des suédois de Marduk. Déjà, le changement d’atmosphère est palpable. L’ambiance virile laisse place à un climat froid et guerrier, si caractéristique de la musique de Marduk, et on peut déjà voir les fans les plus fervents s’amasser aux abords des grilles pour obtenir la meilleure place possible en vue de la prestation du groupe de black metal de Norrköping. Rapidement, la fumée s’installe sur scène et les lumières perdent de leur éclat au profit d’une obscurité inquiétante, annonçant l’imminence d’un show très spectaculaire.


Les suédois émergent d’une épaisse brume et ouvrent donc leur prestation à l’aide de "Frontschwein" et "The Blond Beast", comme pour mettre toute la salle dans le bain d’emblée. Première satisfaction sur le plan auditif, le son semble de meilleure qualité que pour les deux groupes précédents. Ce constat est bien entendu tout relatif, le black metal de Marduk n’étant pas nécessairement plus pur que le death proposé par les deux groupes américains, mais il le convient de le signaler malgré tout. La communion avec le public n’est pas le fort du groupe suédois, et cela se confirme à nouveau ce soir. Mortuus s’est négligemment contenté d’annoncer le titre des chansons à venir sans vraiment communiquer avec les spectateurs, mais cela ne représente en rien une surprise, l’important résidant dans la bonne tenue du concert, et pour le coup nous sommes très bien servis.


Si Origin et Immolation avaient assuré un show de très bonne facture, Marduk en a remis une couche en mettant en place une atmosphère extrêmement noire, comme si des ondes guerrières s’étaient emparés de l’Aéronef au moment où les musiciens ont investi la scène. Pour le coup, il y en a pour tous les goûts, les suédois doivent satisfaire bon nombre de fans en jouant des titres de nombreux albums différents tels que "Panzer Division Marduk", "Wolves" ou encore "Materialized in Stone". La prestation s’achève dans une glaciale euphorie, et le retour à la réalité semble dur. Voilà cette soirée terminée.


Avec pas moins de quatre groupes à l’affiche, le concert promettait d’être corsé et de satisfaire tout le monde, avec trois genres représentés. La salle n’était pas pleine mais le public a globalement répondu présent, et les musiciens se sont tous démenés pour offrir aux spectateurs une excellente soirée metal. C’est le pas lourd et les semelles collant au sol jonché de bière séchée que tout le monde s’est dirigée vers la sortie, la tête encore pleine de joyeusetés guerrières et de badineries sataniques.